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septembre 2007

29/09/2007

Le corps des chimères

Les_chimres_de_gaudiA chaque fois que je me rends à Rome, je me réserve un moment pour faire un tour au carrefour des 4 fontaines. Je me souviens encore de la première fois où j'y suis passé. C'était la nuit, il y a précisément 13 ans. J'étais assis à l'arrière d'une voiture. Nous étions passés vite. J'avais à peine eu le temps de me dire qu'il y avait quelque chose d'étrange, d'inhabituel à ce croisement. Je m'étais retourné. L'éclairage blafard de la nuit romaine ne me permettait pas de distinguer les contours des habitations alentour. Et puis nous nous engagions très rapidement vers le sud, en direction du Quirinal. Je pensais bien que ce sentiment d'étrangeté n'entretenait qu'un rapport lointain avec la présence des fontaines taillées dans le roc à chacun des 4 coins du croisement. Bien plus tard, quand je revins sur ce lieu, mais à pied et en plein jour cette fois, je compris ce qui avait été à l'origine de mon trouble passé. C'était la présence de cette vague de pierre que constitue la façade de San Carlino édifiée par Borromini. Tout le génie du baroque était là, étalé devant moi dans les volutes de cette façade. A travers une débauche d'ellipses, d'ovales, de formes concaves et convexes crochetées en alternance, le minéral s'éveillait à la vie ; la pierre ondoyait littéralement.

Depuis cette date, je ne manque jamais, à chacun de mes sauts de puce romains, de venir admirer la façade de San Carlino. Je laisse mon regard s'égarer dans le trémoussement de la pierre, je goûte au vertige de la plongée en apnée. Je résiste un peu, certes. Je tente quelques remontées vers la raison triomphante. Mais la tentation est trop forte de sombrer. Je me laisse alors submerger par l'épaisseur liquide du mouvement.

Lors de mon dernier passage à Rome, à la mi-septembre, j'eus aussi la chance de rentrer dans le sanctuaire de l'église Sant'Ivo alla Sapienza, du même Borromini. Saisissant de beauté ; là encore ce ne fut que pur ravissement des sens. Cette fois-ci, je fus ébloui par l'audace des projections géométriques, par l'harmonie étonnante des dialogues entre les cercles et les triangles, par la farandole des illusions, l'improbable équilibre né d'une structure que tout semble prédestiner à l'élévation.

En sortant de cette visite, encore tout à la griserie de ce que j'avais vu, je marchai en cercles concentriques autour de Sant'Ivo. Comme hypnotisé, mon regard cherchait sans cesse la lanterne en forme de flèche spiralée, avec ses flammes pétrifiées, ses piques en fer forgé. Une Pentecôte inversée, où le génie muet de l'homme s'élèverait en réponse au don des langues. Deux mouvements ignés en sens contraire pour renouer l'alliance avec le divin. Proprement hallucinant.

Lorsque progressivement je revins à un état de conscience normal, je me rendis compte que mon esprit avait établi une connexion inattendue avec un autre bâtiment, laïque celui-là, conçu et réalisé par un autre architecte de génie : la Casa Milà aussi dénommée "La Pedrera" d'Antoni Gaudi à Barcelone.

Borromini_gaudi_au_fatQu'en dites-vous ? La ressemblance est frappante, non ?

Je me suis alors souvenu de San Carlino. Et là encore, je n'ai pu m'empêcher de tracer une flèche d'une portée de plus de 300 ans et d'un millier de kilomètres à travers la Méditerranée pour relier la façade de l'église baroque à celle de la Pedrera.

Borromini_gaudi_faadesA déconseiller formellement à ceux qui seraient sujets au mal de pierre !

 

28/09/2007

Au-dessus des tilleuls de Berlin, chantent les anges...

Botticelli_madone_avec_enfant_et__2Dans ses mémoires, le théologien allemand Paul Tillich raconte qu'il eut une "révélation extatique" en découvrant, dans une arrière-salle du musée de Berlin, ce tondo de Botticelli. Une madone, un enfant et 8 anges chantants. Qui osera prétendre après que les anges n'ont pas élu domicile dans le ciel de Berlin ?

17/09/2007

Cherchez la femme (suite)

Raphael_dame_la_licorneBeaucoup s'accordent à dire que Giulia Farnese était la plus belle femme de la Renaissance italienne. Hélas, nous ne disposons aujourd'hui d'aucune trace visuelle de sa physionomie. Certains estiment qu'elle est la Dame à la licorne (ci-dessus) ou qu'elle est cette belle femme représentée au premier plan de la Transfiguration, deux tableaux signés Raphaël. Pourtant, rien ne l'atteste formellement.

On sait par ailleurs de source sûre que Giulia Farnese a servi de modèle à des peintres. Les preuves abondent. Que ce soit dans Vite de Giorgio Vasari, les chroniques de Stefano Infessura ou des lettres de François Rabelais, dans les trois cas est évoquée l'existence d'un tableau de Pinturicchio mettant en scène la belle Giulia en madone tenant dans ses bras un enfant Jésus. Là où les choses se corsent, c'est qu'il y a aussi un homme représenté dans cette oeuvre. Et pas n'importe quel homme, puisqu'il s'agit de Rodrigo Borgia, le trop célèbre pape Alexandre VI. A l'époque (nous sommes à la fin du XVème siècle), il est clair pour tout le monde que Giulia Farnese, épouse Orsini côté cour, est aussi, côté jardin, la maîtresse d'Alexandre VI, le pape. Un parfum de scandale imprègne le plus haut lieu de l'Eglise. Mais ça, Rodrigo Borgia n'en a cure. C'est lui qui a commandé l'oeuvre au Pinturicchio. Ce tableau, il le veut. Il le revendique comme un talisman et le fait exposer dans sa chambre au mépris des jaseurs. Imaginez un peu. Certes, les moeurs de l'époque sont détendues et l'heure est à la plus grande libéralité. Mais quand même. Exposer sur les murs du Vatican une scène d'adoration de l'enfant Jésus masquant en réalité les amours adultérines d'une femme de la haute société romaine avec le pape, cela fait franchement désordre. Les mauvaises langues de l'époque ajoutent même que les traits de l'enfant Jésus sont ceux de... Laura, la fille née Orsini de Giulia, mais censément conçue Borgia. Cela fait vraiment beaucoup.

Lorsque plus d'un siècle plus tard et alors que la pudibonderie a repris sérieusement le devant de la scène, un Chigi est nommé pape sous le nom de... Alexandre VII, l'une des premières choses qu'il fera sera de faire disaparaître l'oeuvre infâmante. Mais plutôt que de détruire la toile, Alexandre VII la fera démembrer en 3 fragments distincts, chacun représentant l'un des personnages de cette bien étrange trinité. Afin d'éviter que vienne l'idée à un esprit malin ou observateur de restaurer l'unité perdue, le sourverain pontife s'assure que les 3 toiles échoient entre des mains différentes ayant peu de chances de se croiser.

Une chape de silence tombe alors sur l'histoire du tableau de Pinturicchio. Désormais, tout le monde s'accorde à dire que Vasari, Infessura et Rabelais se sont trompés, que le tableau regoupant la belle Giulia et son amant de pape n'a jamais existé. Le temps fait son ouvrage ; l'oubli s'installe et avec lui la résignation de ne jamais savoir à quoi ressemblait le visage de la belle Giulia Farnese.

Mais voilà. En 1940, coup de théâtre. En visite à Mantoue, un collectionneur d'art romain tombe en arrêt devant une toile décrivant un pape en adoration devant une madone voilée tenant l'Enfant sur son giron. Aucun doute n'est possible quant à son identité : il s'git d'Alexandre VI, Borgia. Agenouillé, Il tend sa main pour soutenir le pied de Jésus délicatement tenu à la taille par une madone voilée. Il fait immédiatement le lien avec un tableau étrange, de petite taille, qu'il lui a été donné de voir dans le circuit des antiquaires et mettant en scène un enfant Jésus seul, entouré de 3 mains sans visage - ce qui fait 5 mains au total. Les mêmes traits, la même attitude. Aucun doute n'est permis. Nous sommes en présence d'une seule et même oeuvre. Le fragment ( il Bambin Gesù delle mani ) en est l'original ; le portrait à 3 en est la copie.

De proche en proche, le mystère se dévoile. Au milieu du XVIème siècle, après avoir obtenu confirmation de l'existence de la toile, tenue cachée au Vatican, le duc de Mantoue, de la famille Gonzague, aura fait réaliser une copie de cette dernière. Son but était clair : disposer d'une preuve irréfutable du lien de chair entre la belle Giulia et Alexandre VI, étaler le scandale sur la place publique et compromettre ainsi définitivement les Farnese, ses rivaux. Il obtint bien une copie de la toile mais les soubressauts de l'histoire ne lui permettront pas de mettre son plan à exécution.

Alors, de quoi disposons-nous aujourd'hui après toutes ses tribulations plus rocambolesques les unes que les autres ? D'une preuve additionnelle de la relation amoureuse entre le pape Alexandre VI et Guilia Farnese. Du tableau magnifique d'un enfant Jésus dont le mystère tient à la propriété des mains qui l'enserrent. D'une histoire picaresque qui traverse les siècles. Une ombre de tristesse cependant demeure. L'enfant et l'homme ont été retrouvés ; mais pas la femme. La beauté de Giulia Farnese est-elle condamnée à rester une légende ad vitam aeternam ?

   

13/09/2007

Cherchez la femme

Ombre_sensuelleJe viens de passer le week-end à Rome. Comme à l'accoutumée, j'ai goûté au plaisir de me perdre dans le dédale des rues du centre historique, je me suis abandonné à la joie toute simple de marcher sans but précis et d'entrer dans une église prise au hasard pour y découvrir incontinent un chef d'oeuvre du Caravage ou de Raphaël. Plus ça va, plus je suis enclin à fondre devant le regard délicatement penché d'une madone, le sourire absent d'un ange ou le regard facétieux d'un putto. C'est peut-être cela vieillir : être ému devant des êtres de pierre ou de stuc, s'amouracher d'une toile, pour une expression inattendue mais ô combien humaine -trop humaine. Tomber en amour en savourant un tartufo affogato al caffè, suivre le vol chaotique d'une escdrille d'étourneaux sur les ruines des forums impériaux ou échanger via del Babuino une oeillade admirative avec une fille dont la démarche de rêve vous fait chavirer les sens. A Rome, il me semble que le bonheur est à portée de la main, qu'il se manifeste dans les gestes les plus simples.

Comme tant d'autres, je crois être tout simplement subjugué par l'Italie, cette école à ciel ouvert d'humanisme et de grâce. Il faut dire qu'il y a une manière bien italienne d'être au monde, qui ne trouve pas son équivalent ailleurs. Tenez. Un exemple parmi mille. Celui de la formule de politesse, c'est-à-dire l'équivalent de notre vouvoiement. Chez nous, l'expression de la plus élémentaire courtoisie passe par l'emploi du vous, deuxième personne du pluriel. En passant du singulier au pluriel, nous exprimons de manière explicite notre souhait de grandir notre interlocuteur, nous lui offrons de l'importance en le multipliant. Le même phénomène existe en allemand, avec un degré de compléxité supplémentaire puisque non seulement vous passez du singulier au pluriel, mais en plus vous changez de personne, de la deuxième à la troisième. Les Anglais, eux, ont une façon très British de traiter la question. En rendant le vouvoiement non explicite, ils laissent à l'auditeur le soin d'évaluer par d'autres signes (inflexion de la voix, regard, etc.) le degré de courtoisie affiché par le locuteur à son endroit. Les Espagnols et les Portugais changent de personne (de la deuxième à la troisième) mais pas de genre. Dans ces pays-là où le respect de l'étiquette est d'une importance cruciale, être courtois signifie reconnaître l'individu dans sa singularité ; le noyer dans le collectif - si ronflant fût-il - friserait l'offense. Dans toutes les langues évoquées ci-dessus, donc, la marque de politesse s'exprime soit par un changement de personne, soit par un changement de nombre, soit par une combinaison de l'un et de l'autre. En Italie, non. Certes, la formule de politesse s'appuie aussi sur un passage de la 2ème à la 3ème personne du singulier, mais avec un raffinement supplémentaire qui consiste mettre tout le monde au féminin. Le "tu" (prononcer "tou") de la deuxième personne du singulier devient "lei" (prononcer "leille"), qui n'est autre que l'équivalent de notre "elle". Alors en Italie, même si vous vous adressez à un fier-à-bras portant débardeur et clope au bec, la courtoisie la plus élémentaire vous amènera à demander : " Peut-elle m'indiquer la route de Sienne ? "

C'est un peu comme si, de l'autre côté des Alpes, l'expression du respect empruntait les chemins de l'élévation allant, en partant du bas, de la division sexuée homme/femme pour évoluer, un degré plus haut, vers le tout féminin, avant d'atteindre, dans des moments de grâce exceptionnels, la figure, certes asexuée, mais si fascinante et désirable de l'ange.

Dire qu'il y a encore des gens qui pensent que l'Italie est le sanctuaire du machisme. J'ose espérer qu'après cette petite escapade par les détours de la formule de politesse, ils réviseront leur croyance.

02/09/2007

Sous les tilleuls

Berlin_by_night_2 Quand, il y a précisément 20 ans, j'étais allé voir "Les Ailes du Désir" (Das Himmel über Berlin) de Wim Wenders, je n'avais pas aimé ce film. Je me souviens avoir eu du mal à entrer dans cette histoire étrange d'anges dans le ciel d'une Berlin encore divisée. Je n'avais pas apprécié alors la poésie de ce conte métaphysique où un Bruno Ganz ailé sacrifiait une éternité éthérée et bienveillante pour vivre un amour aussi passionné que mortel avec la ravissante trapéziste Solveig Dommartin.

Or il se trouve que je viens juste de me rendre pour la première fois de ma vie à Berlin. Et après une petite semaine passée dans cette ville, je dois me ranger à une évidence qui m'avait alors echappé : les anges y sont omniprésents. La cathédrale (Dom) en est sertie ; le ciel en regorge. Ils vous accompagnent lorsque vous traversez la Spree avant de vous engager sous les tilleuls d'Unter den Linden. C'est encore un ange d'or qui vous surplombe du haut de la colonne de la victoire, en plein milieu du Tiergarten, au centre de la ville.

Ange_berlin Mais de quel message ces anges sont-ils porteurs ? C'est là que tout se brouille dans ma tête. Car à l'image de ce qui se passe dans le film de Wim Wenders, les anges ont beau être tout proches, nous autres humains ne pouvons les voir, les toucher et encore moins les entendre. Nous nous contentons juste de sentir leur présence impalpable, d'en apprécier le caractère ouaté, caressant.

Cette présence invisible devint obsession et tous les soirs, après la tombée de la nuit, je m'engageais dans une longue balade en me berçant de l'illusion de trouver un signe, une énigme à déchiffrer. Parfois, je croyais toucher au but. Ainsi de cet instant où, sur les bords de la Spree, aux pieds d'un Reichstag dont la nouvelle coupole de verre et de lumière traduit l'obsession de la transparence, mon regard s'est longuement arrêté sur la photographie d'Udo Düllick. Udo trouva la mort le 5 octobre 1961 après avoir tenté vainement de passer d'est en ouest. Il avait choisi la voie de l'eau ; il mourut d'un coup de feu. Il voulut embrasser la fille de l'air ; il fut aspiré par les flots. Sur son visage de jeune homme repêché des profondeurs flottait l'esquisse d'un sourire.

Dans la plupart des grandes villes, les histoires se tissent à la surface et selon des jeux de perspective rassurants pour l'oeil et pour l'esprit. On y sent le temps qui s'écoule, sage et régulier. On peut aisément le meubler de la trame de nos insouciances. A Berlin, cependant, j'ai eu la sensation que le temps était saturé et que les messages ne pouvaient circuler que sur un axe vertical dont l'origine était à rechercher sous terre, dans les ténèbres de pierre, de glaise et de cendre.

Ainsi, au centre de la Bebelplatz ceinte par la magnifique façace de l'université Humboldt, il y a, perdue au milieu d'un immense parterre de pavés aux bords émoussés, une petite plaque de verre salie par la poussière des travaux alentour. En plongeant votre regard au travers de la plaque, vers le bas, vous distinguez un empilement d'étagères. Elles sont vides. Vides des livres qui se consumèrent dans les flammes le 10 mai 1933. Un peu plus loin, à même le sol cette fois, il y a cette citation d'Heinrich Heine, qui écrivait déjà en 1820 : "Das war nur ein Vorspiel. Dort, wo man Bücher verbrennt, verbrennt man am Ende auch Menschen." ( "Ce n'était qu'un prélude. Là où on brûle des livres, on finit par brûler aussi des hommes" - traduction de votre serviteur ).

Et puis, il y eut cette rencontre aussi étrange qu'inattendue au mitan de la nuit. Une pluie fine commençait à éreinter mes nerfs. Je venais de passer au large de la Porte de Brandebourg et me dirigeais plein sud vers la Potsdamer Platz. Je me retrouvai soudain devant un vaste champ de lourds parallélépipèdes rectangles couleur d'ébonite. De hauteur différente les uns des autres, ils formaient une immense vague roulant sur vous et prête à s'abattre sur la grève de votre corps. Je m'engageai dans une travée. Le chemin descendait en pente douce. De façon concomitante, la hauteur des briques noires augmentait. Au bout d'un moment, je me rendis compte que je m'enfonçais dans les profondeurs : j'étais désormais à 2 mètres au-dessous du niveau de la vague. Je paniquai. Mon coeur se mit à battre la chamade ; je m'élançai dans une course aussi précipitée qu'erratique. Je tournai plusieurs fois entre les couloirs à angle droit. A un certain moment, tout empli de moi-même et de ma peur, je passai à côté d'une forme humaine accroupie entre deux travées. Je ne m'arrêtai pas. Je continuai ma course jusqu'à regagner la surface. Là, tout haletant, je marquai une pause. Je pus enfin embrasser un horizon familier à la vue. Une pancarte m'indiquait que j'étais rue Hannah Arendt et une autre, que cette étrange mer de stèles immobiles dont je venais d'effectuer la traversée était le Mémorial de l'Holocauste. Quant à la forme humaine rencontrée durant ma course, je ne savais plus dire si je l'avais vue réellement ou si elle était le fruit d'une hallucination.

Alors quel est-il ce message des anges de Berlin ? Nous suggèrent-ils de plonger dans les tréfonds de la matrice terrienne pour nous confronter à la tourbe de nos noirceurs ? Nous incitent-ils au contraire à échapper à la pesanteur et à élever notre regard vers les cieux ? Je ne sais pas. Je ne suis pas sûr que les hommes aient leur mot à dire dans ce dialogue entre terre et ciel. Ce n'est peut-être après tout qu'une lubie d'anges métaphysiciens. De mon côté, je ne me sens pas prêt pour ces échanges. Je préfère, ô combien, la figure de cet autre ange berlinois que vous pouvez admirez dans un musée cette fois : l'Amour Victorieux de Caravaggio.

C'est un chérubin au sourire mutin. Et pour notre plus grand bonheur, son regard facétieux nous rappelle qu'il existe d'autres conversations en ce bas-monde qui peuvent avoir la légèreté d'une plume d'ange posée négligemment sur la cuisse d'un enfant.

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    A la table d'Anaik, aussi appelée "le confit c'est pas gras"... Quand la gastronomie s'allie à une écriture fine, c'est le plaisir qui est décuplé. A déguster sans modération, l'oeil pétillant et la papille en émoi.
  • Terres de femmes
    Le monde d'Angèle Paoli : vu à partir de l'île de Beauté, le monde n'en est que plus merveilleux.

Diapo-Roma

Sur ma table de chevet

  • Mario Vargas Llosa: Tours et détours de la vilaine fille (ISBN 2-07-078083-X)
    Elle est l'archétype de la garce ; il est l'emblème du ballot. Pourtant, à eux deux, ils tissent une admirable histoire d'amour, sans la moindre mièvrerie ("huachaferia" en limésien, traduit en "cucuterie" dans le livre). (****)
  • W. Wilkie Collins: Quand la nuit tombe (ISBN 2-7529-0220-4)
    Anecdotes et expériences curieuses de la vie d'un artiste itinérant. 6 superbes nouvelles un rien empreintes de mystère écrites dans un style très pur par un contemporain de Charles Dickens. (***)
  • Javier Cercas: A la vitesse de la lumière (ISBN 2-7427-6276-0)
    Deux destins se croisent : un ancien du Vietnâm et un jeune maître-assistant espagnol partagent le même bureau au département de langues d'une université du mid-west. Le premier paraît terne. Pourtant, il a connu l'ivresse de la guerre façon Apocalyse Now. Le deuxième découvre la réussite à la sortie de son quatrième roman, avant de déchoir brutalement. A la croisée de leurs chemins, une rencontre improbable et un petit chef d'oeuvre. (****)
  • Andrea Camilleri: Le Roi Zosimo (ISBN 2-253-10911-8)

    Andrea Camilleri: Le Roi Zosimo (ISBN 2-253-10911-8)
    Avant de lire cet ouvrage truculent, baroque et un rien déjanté, je croyais que seule Barcelone en 1936 avait vécu un intermède d'an-archie. Agrigente aussi. C'était en 1718. (*****)

  • Nicole Krauss: L'histoire de l'amour (ISBN 2-07-077308-6)
    A New York, une jeune fille et un vieillard donnent un visage à une histoire d'amour, sur fond de diaspora. Entre eux : un prénom magique, Alma, et un livre prophétiquement appelé 'histoire de l'amour'. Superbe ! (*****)
  • Ryszard Kapuscinski: Mes Voyages avec Hérodote (ISBN 2-259-20252-7)
    Le grand reporter polonais nous fait découvrir la diversité du monde au travers de ses pérégrinations dans l'espace : Chine, Inde, Ethiopie, Algérie... Chemin faisant, il nous livre son expérience à la lueur du grand conflit Europe / Asie tel que relaté par Hérodote dans son "Enquête" monumentale. Voyage dans le temps et dans l'espace à la fois, avec moult mises en parallèle, anecdotes et digressions sur la diversité et la richesse du monde. Enthousiasmant ! (*****)
  • Michel Butor: La Modification (ISBN 2-7073-0312-7)
    L'ouvrage de référence du Nouveau Roman. Paris - Rome en train. Départ de Paris avec la ferme assurance de quitter femme & enfants pour refaire votre vie avec Cécile, votre maîtresse romaine ; arrivée à Roma Termini avec la certitude désespérée que rien ne changera. La modification : ce sont les tours & détours, les cheminements tortueux de votre esprit durant ce périple ferré, l'abandon final de votre projet d'origine. (***)
  • Erik Orsenna: Voyage aux pays du coton - Petit précis de mondialisation (ISBN 2-213-62527-1)
    Parcours aux 4 coins du monde (Mauritanie, Etats-Unis, Egypte, Ouzbekistan, Chine, France) autour d'une matière première -- le coton -- pour comprendre les mécaniques en oeuvre dans un processus "mondialisé" de longue date. Entre les tenants de la modification génétique (les brésiliens), les gardiens de la tradition (les égyptiens), les productivistes (ouzbeks), les protectionistes tournés vers le client(américains), les laissés-pour-compte (mauritaniens), les capitalistes anti-démocratiques (chinois), ce ne sont que fleurets mouchetés, trahisons & perfidies subtiles dans un climat d'interdépendance souriante. Une pérégrination admirablement racontée par Erik Orsenna. (*****)
  • Anne Nivat: Islamistes - Comment ils nous voient (ISBN 2-213-62862-9)
    Précieux : l'auteur se contente de relater ce qu'elle entend au fil de ses pérégrinations en Afghanistan, au Pakistan et en Iraq, de la bouche d'islamistes, c'est-à-dire de personnes obéissant aux préceptes du Coran. En s'éloignant délibérément du jugement et en accomplissant de la plus belle des manières son métier de grand reporter, Anne Nivat rend justice à la vérité. (****)

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