
Le week-end dernier, j'étais à Key West. C'était fabuleux. La lumière en particulier avait ce grain léger que je croyais appartenir exclusivement aux ciels de Méditerranée, en hiver, après le passage du mistral.

Key West, c'est une 'île, une toute petite île peuplée d'une ville éponyme. Et dans la cité du "mile 0" de l'US1, vous ne faites pas 100 mètres sans tomber sur un écriteau, une maison, un bar, une enseigne en hommage à Ernest Hemingway.
Parmi tous les lieux hantés par le souvenir du grand écrivain, il en est un surprenant sur Wall Street, en face du restaurant cubain, chez Pepito. C'est un petit parc où chaque grand personnage ayant marqué la vie de l'île a sa statue en bronze au dessus d'une stèle relatant les principaux épisodes de sa vie et ce qui le lie à Key West.
Naturellement, Ernest Hemingway est en bonne place dans ce statuaire, aux côtés du président Harry Truman ou du très controversé commodore David Porter, responsable de la première expédition d'expansion colonialiste des U.S.A en Tripolitaine moins de 30 ans après la naissance de "l'indispensable nation" chère à Madeleine Albright.

En lisant la stèle consacrée à Hemingway, je décrouvris que l'écrivain était arrivé sur l'île en 1928 après avoir obtenu une première reconnaissance internationale pour "Le soleil se lève aussi". Alors qu'il devait toucher une nouvelle Ford en accostant à Key West, il fut avisé que le constructeur aurait du retard dans sa livraison. Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, Hemingway prit ses quartiers sur l'île. Comme le climat était plaisant et que la pêche au gros était de bon rapport, il décida de s'y installer. Voilà une historiette qui me séduisit, dans ce qu'elle véhiculait de contingence. Et puis, c'était quelque chose que j'avais lu nulle part ailleurs ; une information nouvelle venant enrichir la biographie pourtant riche de l'écrivain...
Sur la stèle, il y avait aussi toutes sortes d'informations additionnelles. Elles m'étaient plus ou moins connues : son départ en 1939 pour La Havane, ses oeuvres majeures, ses prix... Pourtant, pas un mot sur sa mort, en 1961, par suicide, apparemment par désespoir devant l'impuissance causée par la maladie.
Un surcroît d'information d'un côté - le retard de livraison de la Ford à l'origine de l'installation sur Key West - un silence de l'autre. Une révélation inattendue contre un oubli délibéré ?
Une fois de plus, je me fis le raisonnement que le petit quelque chose en plus et le petit quelque chose en moins en disaient long sur la société américaine, notamment sur sa surprenante difficulté à faire son anamnèse, c'est-à-dire à se penser de façon transparente et apaisée dans l'écoulement du temps.
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