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Actualité

26/06/2008

Quelque chose de cassé au pays de l'Oncle Sam ?

Voici maintenant trois jours que je suis dans un hôtel de la zone aéroportuaire de Chicago, Illinois. Chaque matin, en ouvrant la porte de ma chambre, je ramasse l'exemplaire de USA Today qu'un employé de l'hôtel aura déposé au petit matin. Et voilà qu'en lisant les headlines, les gros titres, se dessine devant moi l'image d'un pays à la dérive. Jugez plutôt :

  • Mardi 24 juin - "Utilities cut off more homes" . En raison de l'augmentation du nombre de personnes en incapacité de payer leurs factures de gaz ou d'électricité, les compagnies d'énergie coupent le courant dans de plus en plus d'habitations. A ce jour, le pays compte 15,6 millions de foyers avec des impayés et ces derniers se montent désormais à 5 milliards de dollars, soit près de 20% d'augmentation par rapport à il y a... 1 an.


  • Mercredi 25 juin toujours - "Home prices down 15.3%" . La baisse des prix de l'immobilier continue. Ce pourcentage de 15,3% de baisse traduit l'évolution moyenne de la valeur du patrimoine immobilier des ménages américains entre avril 2007 et avril 2008. Les experts du domaine considèrent que la chute des prix n'est pas terminée.

  • Jeudi 26 juin - "Homeowners fight for their mortgage rights" . Face aux phénomènes conjugués de baisse du partimoine immobilier, d'augmentation du coût de la vie en raison de la flambée du prix d'articles de consommation courante et d'accroissement des taux d'intérêt, de plus en plus de ménages sont contraints de se déclarer en faillite. Si le phénomène ne touchait jusque là que des pauvres, il s'étend maintenant à nombre de foyers de la classe moyenne avec des revenus annuels excédant parfois les 50 mille dollars annuels (35 mille euros). Dans cette situation, les créanciers (banques et organismes de crédit) se montrent de plus en plus durs ; les expulsions deviennent monnaie courante et ce parfois en violation des droits du particulier. Des sagas judiciaires aussi dramatiques que scandaleuses s'ensuivent.

L'impression d'ensemble est d'autant plus saisissante que, contrairement à leurs homologues français, les journalistes américains font la partie belle à la description des faits et répugnent à leur interprétation. Il en résulte un décor étrangement délétère.

C'est dans la presse financière française que je suis allé chercher l'analyse :

" Aujourd'hui, les Etats-Unis n'ont plus qu'un vague souvenir de ce qu'est une économie dans laquelle un outil industriel enrichit patrons et ouvriers ; quand un secteur d'activité, quel qu'il soit, génère du profit, celui-ci est partagé entre le management et les actionnaires. Le salarié/consommateur ne ramasse que des miettes. S'il lui prend l'envie d'acheter des biens et services au-dessus de ses moyens, il doit passer par le recours à l'emprunt. Celui-ci est devenu -- et de très loin -- la principale industrie aux Etats-Unis. "

Ayant longtemps baigné dans l'univers des hautes technologies, les USA ont été pour moi le pays symbolisant le mieux l'innovation, le creuset dans lequel se fabriquait un monde exaltant. C'était l'ère du For The Win, ou de façon plus sibylline, FTW comme l'écriraient les habitués du SMS. Ce que j'ai entr'aperçu ces derniers jours s'apparenterait plutôt à un sinistre WTF ou What's The F***, pour celles et ceux d'entre vous qui ne seraient pas encore familiers avec cet acronyme.

03/06/2008

Familles en perdition

Valério Mastandrea
© Pyramide Distribution Galerie complète sur AlloCiné

Le week-end dernier, j'ai vu deux films au cinéma. Le premier - Ciao Stefano (Non pensarci) de Gianni Zanasi - m'avait été inspiré par la lecture d'un billet dithyrambique sur le blog d'Elseneur. Le deuxième - my father, my Lord de David Volach - s'était imposé à moi quand, sur le chemin que j'ai coutume de faire à pied entre les grands boulevards et Saint-Lazare, j'ai découvert son affiche à la devanture du cinéma Les Cinq Caumartin.



Comme je m'étais très peu renseigné sur ces deux films, je ne me rendais pas compte que j'allais voir deux variations sur le thème de familles à la dérive. Si je l'avais su au préalable, j'aurais sans doute fait un arbitrage entre les deux. Bien mal m'en aurait pris !

Car si le thème est le même - la décomposition d'une famille sous les yeux du fils - la façon de le traiter est diamétralement opposée. Côté décor, d'abord. Dans Ciao Sefano, le fils est une star du rock 'n roll à Rome, qui, après une série d'avanies, décide de rentrer au pays, près des siens restés à Rimini. Dans my father, my Lord, le fils (unique cette fois) est un petit garçon rêveur d'une dizaine d'années. Il s'appelle Menahem et vit à Jérusalem. Son père, Rabbi Abraham, lui inculque avec fermeté les règles (mitzvot) de la Torah.

Ciao Stefano est une bouffonnade truculente. J'y ai beaucoup rigolé, car les secrets les plus sordides de cette famille sont traités comme des moments de franche comédie. Le jeu d'acteur est vif et enlevé, les femmes - Caterina Murino et Anita Caprioli - y sont belles à tomber par terre et le héros - Valerio Mastandrea - habite à merveille son rôle de rock star minable au grand coeur.

Dans My father, my Lord, c'est tout l'opposé. L'ambiance y est lourde. Dès les premiers plans, on sent qu'on assiste à la genèse d'un drame. Ce sera la disparition de l'enfant unique dans le silence assourdissant de l'Eternel. Dans un remake moderne et détourné du sacrifice d'Isaac, au moment de l'appel à la prière du soir, sur une plage de la Mer Morte, Menahem s'emmêle les pinceaux avec ses sandales de plage. Ses gestes sont désordonnés. Par inadvertance, il renverse le sac en plastique où il vient de recueillir un tout petit poisson dans les sources d'eau claire toutes proches. Ce poisson, il entendait le sauver d'une mort certaine. Car à peine aurait-il rejoint la mer que son sa forte salinité l'aurait empoisonné. La scène rappelle alors la découverte par Abraham du bélier aux cornes entravées dans le buisson épineux, à quelques pas de l'autel dressé pour sacrifier son fils Isaac. Quand Menahem se rend compte de la disparition du petit poisson et qu'il arrivera désormais trop tard pour la prière, il remonte à la source puis suit en courant le parcours jusqu'à la Mer Morte. Dans ses flots, il se laissera engloutir.

Dans un cas comme dans l'autre, les secrets ou le drame sont trop lourds à porter. Après avoir appris qu'il était en réalité le fils d'un inconnu dont il venait d'assister aux obsèques, Stefano retourne à Rome. Il se remet à jouer de la guitare, mais un jour de concert, il pète les plombs. Il lâche son instrument, le pose sur scène, puis se jette incontinent dans la fosse. Quant aux parents de Menahem, ils vivent le calvaire absolu. Après le moment du drame viendra celui des reproches. Esther, la mère, ne conçoit pas qu'un appel à la prière ait pu amener le père à abandonner son fils, seul, sur la grève. Les reproches naissent toujours d'une trop grande distance laissée entre deux êtres, doublée d'un trop peu d'attention.

La foi vacille alors. Le doute s'installe. Le silence, aussi.

Chute des idoles.

Arrêt sur image.

Deuxième commandement.

08/05/2008

Goya. Encore !

Hier, je profitai de la langueur estivale qui s'est gentiment abattue depuis quelques jours sur Paris pour me rendre à Beaubourg et visiter l'exposition "Traces du Sacré". J'ai adoré l'exposition. Je l'ai trouvée superbe grâce au choix des oeuvres, intelligente dans le tracé du chemin proposé et la qualité des notices explicatives, délicieusement polyphonique enfin par le jeu subtil des correspondances entre oeuvres picturales, sculpturales, sonores et cinématographiques. J'y reviendrai sans doute bientôt sur cette tribune.

Pourtant, c'est de la première image dont je voudrais vous parler. Rappelez-vous : il y a une semaine, jour pour jour, je quittais l'exposition "Goya Graveur" au Petit Palais. Je m'en faisais l'écho sur ce blog. Et là, à peine franchi le seuil de l'exposition, après avoir subi, incrédule, la voix d'une horloge parlante débitant le temps qui s'écoule d'un ton monocorde, je tombe sur une gravure de Goya, justement. Et pas la moins troublante, puisqu'il s'agit de "Nada. Ello dirá" extraite de la collection des Désastres de la Guerre.

Goya_nada_ello_dira

L'estampe dépeint un cadavre en décomposition s'extrayant péniblement de son caveau et traînant derrière lui une pancarte où est inscrit le mot nada, rien. Dans l'assistance de silhouettes incertaines, on distingue avec difficulté une balance en déséquilibre : le combat entre le bien et le mal, sans doute. Mais cette gravure, ici, est avant tout un prélude. Et quel jeu ! Celui où l'homme se retrouve seul, sans Dieu. Dans la même salle, que j'appellerais volontiers un pré-ambule, tant elle est séparée du reste du parcours de l'exposition tout en offrant des clefs d'interprétation à profusion, vous trouverez des tableaux d'églises en ruine et surtout, en surplomb avant de pénétrer dans un tunnel sombre et un rien inquiétant, le tableau de Nietzsche réalisé par Edvard Munch.

Dans le lointain, vous entendez les saccades du rire de Zarathoustra. Le ton est donné. La pitolade métaphysique peut commencer...

Mais je m'égare déjà. Revenons à ce cher Goya et à son estampe. Nada. Ello dirá est traduit en français par Rien. On verra bien. Pas sûr que ce soit un bon présage. Et dans l'expo, du reste, vous pouvez être assuré(e) qu'on en voit des vertes et des pas mûres. Pourtant, dans ce "on verra bien", Goya laisse encore une place à l'espérance. Le doute est bien là, lourdement ancré dans la terre du caveau, mais il ne cède pas encore toute la place au désespoir.

C'est pourtant l'effet d'un retour en arrière.

En effet, à l'origine, Goya avait intitulé l'estampe 69 des Désastres de la guerre : Nada. Ello lo dice. Comprendre : Rien. C'est ce qu'il dit ou c'est lui qui le dit. Là le message est sans appel. L'absence de Dieu est enterinée dans ce constat de désolation. Nulle rémission, nulle compassion ne sont possibles. Notre destin est entièrement entre nos mains. Goya annonçait donc le crime gratuit de Raskolnikov et le tout est permis de Dmitri (Mitia) Karamazov, avec près de 100 ans d'avance...

Le véritable patronyme de Goya est Goya y Lucientes. Or Lucientes, en espagnol, ça veut dire lumineux, brillant en français. Comme quoi on peut être brillant et sombre à la fois sans qu'il y ait la moindre contradiction dans les termes.

02/05/2008

Huit bouches de feu

Que_valorVoici 200 ans, jour pour jour, le peuple de Madrid se soulevait contre les troupes d'occupation françaises. Dos de Mayo. Ce fut un jour de colère, comme le souligne Arturo Pérez-Reverte dans son dernier livre éponyme. Rien d'un élan nationaliste, juste une réaction populaire spontanée pour rabattre le caquet à ces prétentieux de gabachos (terme péjoratif désignant les Français) baladant leur mépris dans leurs beaux uniformes de conquérants. L'éveil nationaliste, il viendrait en son temps, le lendemain très précisément -le 3 mai 1808- après que Murat et ses troupes eurent, en guise de représailles, fusillé nombre d'émeutiers véritables ou présumés .

Les 2 et 3 mai... Deux dates terribles immortalisées par Francisco Goya dans deux tableaux dépeignant l'horreur éternelle de la guerre.

A chaque fois que mon regard croise l'image de l'un de ces tableaux et surtout le "3 de Mayo", j'éprouve toujours un malaise profond. C'est plus fort que moi : je dois détourner mon regard et baisser les yeux. Je souffre de savoir que les corps anonymes engoncés dans les vareuses militaires, ces corps pointant leur fusil sur la poitrine dénudée de l'homme au visage basané et aux yeux exorbités, ces visages que le peintre a voulu tenir cachés, ces doigts qui appuieront bientôt sur la gachette, ces bouches que j'imagine haletantes appartiennent à des compatriotes. Ces machines à distribuer la mort, ce sont des soldats français.

C'est précisément ce qui m'est arrivé il y a tout juste deux jours en allant à l'exposition "Goya graveur" au Petit Palais. A peine avais-je quitté le hall gorgé de lumière à l'entrée et m'étais-je engagé dans l'ombilic obscur conduisant à l'exposition, que je fus littéralement assailli par l'image du 3 de Mayo. Le fait que ce fût une reproduction n'y fit rien. Pire, le choc fut d'autant plus violent que j'étais venu pour voir des estampes et que je ne m'attendais pas à voir ce tableau ici.

Je me préparai alors à ressentir à nouveau cette suffocation qui m'avait accablé un an plus tôt dans les couloirs du Prado. Ce ne fut pas le cas.

La première salle était consacrée aux Caprichos (les Caprices), un recueil de plus de 80 estampes où alternent des scènes de la rue peuplées de jolies prostituées et de michetons stupides, de célestines et de mères maquerelles, mais aussi de morts s'extrayant de leur tombe, de dames de haut lignage prêtes à toutes les bassesses, d'un bestiaire d'ânes savants et de chouettes inquiétantes, de bouffons, de vieilles chipies, d'épouvantails, de chauve-souris venues peupler nos esprits ensommeillés... Je fus étourdi par cet excès de fantaisie sans bride et même si l'angoisse pointait toujours sa face hideuse, même si le cauchemar semblait nous attendre au bout du chemin, je m'attendris devant la joliesse de certaines scènes et allai jusqu'à sourire à l'humour de Goya, aussi corrosif que l'acide nitrique sur la plaque de cuivre où il dessinait en creux ses personnages.

Bien_tirada_esta

Les choses devaient se compliquer quand je m'engageai dans la salle dédiée aux Désastres de la guerre. Tout y était : exécutions sommaires, corps atrocement mutilés, viols, amputations, émasculations, pendaisons, rapines, vengeances odieuses. Je compris alors que les corps à corps obscènes d'Otto Dix, de George Grosz, de Walter Gramatté, de Ludwig Meidner ou de Max Beckmann pendant et après la première guerre mondiale n'étaient que le bégaiement, la répétition hallucinée de ce que Goya avait déjà représenté 100 ans avant eux. L'horreur manque décidément cruellement d'imagination.

Quelques détails pourtant frappèrent mon imagination. Contrairement à ses descendants de l'école expressionniste allemande qui semblaient jubiler à exhiber la lumière sadique dans le regard du soldat écartant les cuisses de la femme qu'il s'apprête à violer, Goya peine à représenter le visage du bourreau. Autant il excelle pour rendre l'horreur sur le visage de la victime, autant il "préserve" le bourreau. Est-ce l'effet d'une pudeur subite ou de je ne sais quelle réserve soudaine ? Goya évite souvent de montrer l'ange exterminateur. Pourtant, même absent, il est bien là ; il se cache derrière un symbole de la mort qu'il va donner.

No_se_puede_mirarDans l'eau-forte No se puede mirar (on ne peut pas regarder) ci-contre, les soldats sont invisibles. D'eux, on ne voit que l'extrémité des fusils pointés vers les condamnés : les baïonnettes. Elles sont au nombre de 8. Ces détails sont ils fortuits ? J'y ai vu un rappel de la ville de Bayonne où la famille royale espagnole était tenue emprisonnée par l'Empereur. Quant au chiffre 8, il m'a suggéré le décret que Murat avait imposé aux autorités espagnoles une fois maté le soulèvement du 2 mai :

Dcret_du_6_mai_1808Je continue mon chemin. Dans la salle suivante sont exposées des estampes du recueil Tauromaquia (Tauromachie). Le spectacle -parfois non dénué de cocasse- du combat entre l'homme et l'animal me détend.

C'est une respiration de courte durée. Vient ensuite l'exposition des Disparates, les incongruïtés. Cette fois-ci, le choc émotionnel est auditif. Car, "disparate" se prononce comme "disparad" et disparad, cela veut dire littéralement : " Tirez ! "

Dans le guide que la Bibliothèque Nationale Espagnole (BNE) consacre actuellement à l'exposition Miradas sobre la Guerra de Indepencia, une lecture attentive permet de trouver cette consigne de l'Empereur à l'attention de Murat :

" Si la canalla se mueve, disparad. " (Si la canaille bouge, tirez.)

La fin de l'exposition Goya graveur renvoie au temps de l'exil bordelais. Les fureurs de la guerre se sont apaisées, mais l'oeuvre du peintre reste toujours empreinte d'une amertume incurable. Témoins, ses caricatures, dessins outrés où reviennent en puissance les esprits (duendes) qui hantaient les Caprichos. Je suis saisi par une étrangeté. Le titre du recueil est écrit avec deux "R" : car[r]icatures.

Là, c'est l'origine italienne du mot qui me revient à l'esprit : caricare, charger, caricatura, charge.

Charger, tirer...

Le 2 mai 1808 à Madrid, le peuple s'est levé. Les armées de la France impériale l'ont abattu.

Debout, chargez, tirez, couché.

Pesadilla.

Mala noche.

30/04/2008

Du "bootcamp" au "barcamp"

Ru_de_travailQuand, il y a plus de 20 ans, j'ai commencé à travailler comme salarié dans une grande entreprise d'informatique, il n'y avait pas 36 façons d'organiser l'espace de travail. Tout était structuré autour d'un espace clos, plus ou moins privatif, appelé "bureau". Les années se sont succédé. J'ai vu les cloisons disparaître progressivement : le bureau s'est dissous, tiraillé entre deux tensions contradictoires mais tout aussi dévastatrices venues des Etats-Unis. D'un côté, on a assisté au déploiement des espaces de travail ouverts, appelés "open spaces". Mais au même moment, on voyait se développer le concept de la cage à poule appliqué au lieu de travail, le fameux cubicle (prononcer CU-BI-KEUL) popularisé par l'inénarrable Dilbert de Scott Adams. Dans tous les cas de figure, que nous occupions un bureau traditionnel, un open space ou un cubicle, nous restions en présence d'espaces de travail spécialisés, c'est-à-dire dont l'usage est prévisible & codifié.

La semaine dernière, j'animai un atelier de formation au processus de vente pour le compte d'une société spécialisée dans l'édition de logiciels de réseaux sociaux d'entreprise. L'atelier s'est tenu du lundi au mercredi inclus dans un lieu qui m'était inconnu jusque là : la Cantine de Silicon Sentier. Avec un nom pareil, je m'attendais bien à ce que ce soit un espace high-tech & multi-fonctions pour geeks travaillant dans des start-ups Web 2.0. Ce que je découvris dépassa mes espérances. L'espace était bien multi-fonctions, mais à un degré que je ne soupçonnais pas. Jugez vous-même. En trois jours, dans un espace d'un seul tenant et sans cloison, parmi les activités qui se sont déroulées à La Cantine, j'ai dénombré :

  • la fête de lancement d'une start-up dont j'ai déjà oublié le nom (argh, mémoire ennemie...) ;
  • une réunion de sociologues devisant sur l'impact des réseaux sociaux dans la gestion de notre identité ;
  • le séminaire de lancement d'une société de vente en ligne - les roseaux sauvages - restreignant son domaine d'intervention et réservant son savoir-faire aux seules sociétés oeuvrant dans le commerce équitable ;
  • une autre formation que la mienne portant sur l'utilisation d'un logiciel libre de reporting & de décisionnel : JasperSoft
  • des petits groupes de 2 à 4 personnes se réunissant de façon ad-hoc et profitant de la richesse des équipements (internet sans fil, dispositifs de projection) pour travailler ensemble. Après enquête, j'appris que cette pratique portait un nom bien de chez nous : le coworking ;
  • des discussions détendues & sympathiques au bar avec Marie-Noëline, Marie ou Nathanaël, les animateurs de ce lieu hors du commun.

Laurent_fagC'est justement durant l'une de ces discussions-détente que je me fis expliquer l'une des originalités du lieu : l'organisation de barcamps. Un barcamp, c'est un ensemble de gens qui se regroupent autour d'un centre d'intérêt commun et qui partagent du savoir, des expériences et du fun, à travers des ateliers tenus de façon ad-hoc. Cette démarche s'affirme en opposition aux conférences traditionnelles où un détenteur de savoir bavard instruit une audience silencieuse. Elle entend favoriser l'émergence de connexions inattendues, nées de la rencontre inopinée de talents. Bienvenue à la sérendipité !

Est-ce le signe de mon vieillissement ? Il se trouve que plus ça va, plus j'apprécie & j'admire les jeunes d'aujourd'hui. Quand je pense qu'il y a peine 10 ans, alors que je travaillais dans une entreprise de haute technologie, on me demanda d'organiser un "bootcamp", c'est-à-dire de formaliser le parcours d'intégration des nouveaux embauchés... Le terme était hérité de l'argot militaire US puisqu'il désignait la période d'instruction initiale réservée aux bleus, aux bizuts. C'est dire !

Ces trois jours passés à la Cantine de Silicon Sentier furent pour moi un véritable moment de fraîcheur. Ce fut aussi le rappel, en tout point réjouissant, de notre capacité collective intarissable à inventer les nouvelles formes de notre manière d'être au monde. Désormais, les technologies nous affranchissent de plus en plus de la nécessité d'être attaché à un lieu. Notre adresse n'est plus de pierre et de béton ; elle est faite de bits & bytes et l'arobase a remplacé la désignation de la rue. Comme nous n'avons plus de port d'attache, nous avons besoin d'oasis d'un nouveau genre. Dans ces caravansérails du nomadisme moderne, les bootcamps rappelant la vision militaire de notre organisation sociale des XIXè et XXè siècles, cédent la place devant des formes nouvelles de stimulation de l'intelligence collective dont les barcamps ne sont que l'une des manifestations.

La Cantine préfigure avec génie ces espaces de demain où travail, échanges d'expéreiences, partage de savoirs et activités ludiques se combinent avec harmonie.

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A voir : la vidéo de présentation de La Cantine, réalisée lors de son inauguration cet hiver en présence de MM. Huchon et Delanoë.

25/04/2008

Illusion & mensonge

Il y a quelques semaines, je publiai un billet sur la Chine intitulé "Olympiades". En guise d'illustration, j'utilisai une idée originale de l'agence de publicité Foote Cone & Belding (FCB) consistant à utiliser les drapeaux pour mettre en avant un problème social important affectant le territoire correspondant : répartition inégale des richesses au Brésil, mutilations sexuelles en Somalie, méconnaissance géographique aux USA, dépendance énergétique en Europe, etc. Pour la Chine, le thème choisi était le travail des mineurs. Le rouge, quasi-omniprésent sur le drapeau, était censé représenter la proportion des adolescents de moins de 14 ans travaillant, alors que le jaune, la couleur des petites étoiles en haut à gauche, désignait ceux qui étaient scolarisés à cet âge. L'idée datait de 2004. Elle fut orchestrée sous la forme d'une campagne de sensibilisation appelée "Grande Reportagem" et diffusée dans la presse portugaise. Comme elle était on ne peut plus séduisante, le public fut conquis. Mieux encore : l'agence FCB reçut le prix "Epica d'Or" en 2005 au titre de ladite campagne.

Or, il y a quelques jours je reçois un courriel de mon ami Nicolas exprimant ses doutes quant à la véracité de l'information sous-jacente. Que dis-je des doutes... Chiffres à l'appui, il apporte la preuve que les chiffres utilisés par l'agence de publicité sont... FAUX. Selon l'UNICEF, la proportion de Chinois de moins de 14 ans scolarisés est de 75% et non pas moins de 10% comme le laisse suggèrer "Grande Reportagem". 

J'ai été berné. Mais le pire, c'est qu'en prêtant ma tribune à ce faux, j'ai propagé l'erreur et contribué, ce faisant, à générer un discrédit immérité. Il ne me reste donc qu'à adresser mes plus plates et sincères excuses à celles ou ceux qui auront pu s'offusquer à la lecture de mon billet.

En réalité, je suis furieux. J'ai été victime d'une illusion classique qui revient à confondre contenant & contenu du message. Comme le drapeau était bien celui de la Chine et que la campagne s'était vu décerner un prix international, je ne me suis pas posé une seule fois la question de l'authenticité des informations véhiculées. Bien mal m'en a pris ! Pourtant, je savais déjà combien ce qui porte le nom de réalité peut renfermer d'artifice. Les grands sculpteurs & architectes du baroque comme le Bernin ou Borromini l'illustrent brillamment dans leurs oeuvres. C'est même là une des causes de la fascination qu'elles exercent sur moi. Je sais bien, aussi, que le mensonge se drape toujours des atours de la légitimité pour singer le vrai et tromper la vigilance de l'esprit critique. Les faux-semblants sont toujours trop ressemblant ; c'est à travers ce trop plein de réalisme qu'ils dévoilent leur fausseté. Ceci n'est pas une afféterie et encore moins une pipe !

Les maîtres du baroque m'ont aussi enseigné que l'illusion servait mieux la réalité que ne le ferait le respect le plus strict de la nature ou des conventions. Il en va ainsi de l'utilisation de l'anamorphose en géographie. En prenant un sujet d'étude particulier comme par exemple la répartition des richesses dans le monde, nous sommes tellement accoutumés à voir le monde sous la forme de la planisphère obtenue après application de la projection de Mercator...

Carte_du_monde ... qu'il nous est difficile d'accepter que la représentation qui suit constitue un reflet plus exact de la vérité sur le sujet :

Richesse_mondiale_2002 Si le thème qui nous intéresse est la propagation du SIDA dans le monde, alors voilà à quoi ressemble notre planète :

Sida_dans_le_mondeSaisissant, non ?

Si maintenant vous commencez à douter et que vous vous sentez prêt(e) à découvrir la réalité de notre monde à travers la multitude de ses transformations, je vous invite à suivre ce lien sur le site de Worldmapper.

Il y a là de quoi dissiper les brouillards les plus épais des Phileas Fogg les mieux aguerris, non ?

   

04/04/2008

Certains anniversaires sont plus importants que d'autres.

Mlk_il_y_a_40_ansC'était il y a 40 ans. Le 4 avril 1968. A Memphis (USA), Martin Luther King était assassiné.

28/03/2008

Olympiades

Olympiades_jo_pekin_2008Ironie de l'histoire, en l'espace d'une quinzaine d'années, l'un des derniers bastions du communiste est devenu le fabricant du capitalisme mondial, apportant par l'exemple un démenti absolu aux grands naïfs qui faisaient accroire l'idée que capitalisme rimait avec démocratie.

Pour financer notre bien-être au meilleur prix, il faut bien que d'autres travaillent plus avec un salaire de misère. Et comme en Chine, on n'est pas très regardant avec la dignité de l'homme, on met au turbin les enfants au plus jeune âge.

C'est ce point qui a été dénoncé lors de la campagne citoyenne organisée par le magazine portugais Grande Reportagem en 2004-2005. Et quel plus beau support que le drapeau pour illustrer ce problème ? Le drapeau chinois, c'est un océan de rouge sang et un soupçon de jaune. La surface en rouge, justement, donne une idée assez exacte de la proportion d'enfants de 14 ans travaillant. Le reliquat en jaune, lui, montre le pourcentage de ces mêmes enfants de 14 ans, mais scolarisés cette fois.

Au siècle dernier, on nous avait enseigné à nous défier de ce régime bien peu recommandable, sous le prétexte qu'il était dirigé par une clique de vilains communistes. Mais, aujourd'hui, c'est comme si on nous demandait d'admirer ce pays, eu égard à son aptitude à embrasser le capitalisme. Alors, il faudrait subitement oublier les égarements de la Révolution Culturelle ou les manifestations étudiantes de la place Tian'anmen. Prenons exemple sur nos chefs d'état, dans leur bel et quasi-unanime mouvement d'allégeance. Vidons nos cerveaux des images de liberté baillonnée et extasions-nous devant la hauteur des tours de Canton ou de Shangai ; louons les taux de croissance de plus de 5% l'an. C'est un peu comme si, en ce début de siècle, les succès économiques suffisaient à compenser - à excuser ? - la tyrannie politique. Etrange arithmétique.

Heureusement, face à cette nouvelle mise en scène sordide, il reste encore quelques artistes pour nous rappeler à la réalité.

Jo_pekin_logo

Sans commentaire.

--

Note importante : cet article a fait l'objet d'un erratum.  

26/03/2008

Ennemis publics & servitude librement consentie

Tv_micro_onde_chatHier soir, alors que je suivais les informations sur une chaîne prétendument nationale, je fus saisi de colère. Jugez vous-même. Voici l'ordre exact dans lequel furent présentées lesdites informations :

1. Découverte d'un nourrisson dans un congélateur. Mort.

2. C'est parce que le conducteur du minibus n'avait pas son permis mais de l'alcool dans le sang qu'il aurait perdu le contrôle de son véhicule et aurait été à l'origine de l'accident mortel de ce week-end sur l'autoroute A9. Des morts encore.

3. Descente de bande dans un bahut pour tout casser. Pas de mort, mais des dégâts.

4. Tribulations d'un professeur avec la justice après avoir giflé un élève.

5. Discours du président de la République à l'attention des autorités chinoises, révélant l'inquiétude de la France devant les agissements de la Chine au Tibet à quelques mois de la cérémonie officielle d'ouverture des JO de Pékin. 

A l'époque où je faisais des études de journalisme -il y a plus de 20 ans- je me serais fait passer un savon sévère si j'avais présenté les informations selon ce choix et dans cet ordre. Mon professeur d'alors m'aurait fait remarquer que les 4 premiers titres ne méritaient pas la qualité d'information -si ce n'est dans une gazette locale. Alors pensez bien que l'idée de les traiter en premier m'aurait sans doute valu une exclusion pure et simple du cours pour incompétence avérée.

Il faut croire que les temps ont changé. A quoi rime cet étalage de pseudo-infos ? Car aujourd'hui, il semble que les informations ne servent plus à informer. Alors à quoi servent-elles ? Manifestement, à désigner à l'opprobre du collectif les individus qui constituent un danger pour l'ordre, à montrer du doigt les ennemis publics. Qu'ils soient des parents dénaturés, des jeunes voyous des banlieues, des conducteurs sans permis et/ou alcooliques, les voilà les coupables, les fauteurs de trouble ! Voyez-vous comme ils sont laids et malfaisants ? Sentez-vous monter dans vos tripes une juste et saine aversion vis-à-vis de ces agents de déviance. Avez-vous envire de crier " Justice " et pafois même " Vengeance " ? Parvenez-vous encore à retenir le rictus de dégoût qui se dessine comme une ride mauvaise à la commissure de vos lèvres ?

Dans son dernier livre appelé Les Années, Annie Ernaux offre à la troisième personne une vision panoramique des 65 dernières années, de sa naissance jusqu'à aujourd'hui. En parcourant les années 2004-2007, elle évoque ce phénomène de fabrique de méchanceté maquillée derrière l'exigence de justice à grande échelle :

" Un discours mauvais cognait librement, rencontrant l'assentiment de la plus grande partie des téléspectateurs qui ne s'émouvaient pas d'entendre le ministre de l'Intérieur vouloir " nettoyer au karcher " la " racaille " des banlieues. Les vieilles valeurs étaient brandies, l'ordre, le travail, l'identité nationale, lourdes de menaces contre des ennemis qu'il était laissé aux " honnêtes gens " le soin de reconnaître, les chômeurs, les jeunes de banlieue, les immigrés clandestins, les sans-papiers, les voleurs et les violeurs, etc. Jamais un si petit nombre de mots n'avait propagé autant de foi depuis longtemps - des mots auxquels les gens s'abandonnaient comme s'ils avaient le tournis de toutes les analyses et informations, le dégoût des sept millions de pauvres, des SDF, des statistiques du chômage, qu'ils s'en remettaient à la simplicité. 77% des sondés estiment que la justice est trop clémente avec les délinquants. "

Et pour finir cette phrase en forme de prémonition :

" On pressentait que rien n'empêcherait l'élection de Sarkozy (...) Il y avait de nouveau une envie de servitude et d'obéissance à un chef " (page 227).

Le militant anti-apartheid Steve Bantu Bikou disait que " l'arme la plus puissante entre les mains de l'oppresseur est l'esprit de l'opprimé ".

Car la puissance de ceux qui nous gouvernent puise dans le désir d'asservissement des gouvernés. C'était là déjà une thèse formulée avec une élégance exquise par Etienne de la Boëtie dans un magnifique petit livre rédigé alors qu'il n'avait que 18 ans : le Discours de la servitude volontaire.

N'est-il pas grand temps d'en introduire la lecture et l'étude dans les classes de collège ou de lycée ?

Espérons simplement qu'il n'est pas déjà trop tard.

23/03/2008

Apprendre à regarder

London_versus_paris_2Parmi mes rites du week-end, il y a la lecture de l'hebdomadaire britannique The Economist auquel je suis abonné. Enfin, lecture est un bien grand mot. Disons plutôt que je feuillette rapidement le journal et me contente de lire les articles portant sur des thèmes qui m'intéressent. C'est ainsi que la semaine dernière, mon attention fut retenue par un papier intitulé "London and Paris - The rivals". Le propos consistait à comparer la situation présente des deux grandes villes (rivales ?) à la veille d'échéances électorales devant confirmer Ken Livingstone -dit le Rouge- et Bertrand Delanoë dans leur statut de maires respectivement de Londres et de Paris.

L'idée centrale développée par The Economist est sans surprise : entre les deux grandes métropoles, il y en aurait une en voie d'assoupissement (Paris), tandis que l'autre pèterait le feu (Londres). Pour habiter à Paris et pour me rendre 2 à 3 fois par an à Londres, c'est aussi ce que j'ai tendance à observer. Sur l'explication du boom londonien, The Economist offre une explication qui ne ferait pas sans doute plaisir à nos tenants du repli frileux sur une identité nationale équivoque. La clef du succès londonien tiendrait à son ouverture à l'immigration et à une capacité plus forte à gérer les contradictions inévitables résultant d'une croissance confinant parfois à l'anarchie. Les faits sont pourtant là : la capitale britannique jouirait d'un dynamisme économique & culturel fantastique à faire pâlir d'envie n'importe quelle métropole européenne. Nos jeunes concitoyens - qui ne sont pas tous des paresseux n'ayant d'autre ambition que de devenir fonctionnaires ou RMIstes comme le laisserait volontiers croire une frange de la population - ne s'y sont pas trompés. Ils sont 200.000 à vivre et travailler à Londres. En comparaison, il n'y a que 22.000 sujets de Sa gracieuse Majesté à Paris.

Mon propos n'est pourtant pas ici de discuter des mérites de l'article, ni de la légitimité des conclusions tirées. Mon propos renvoie au fait qu'après avoir terminé la lecture du papier, je n'ai pu m'empêcher de ressentir un vague malaise. En effet, il me semblait avoir remarqué à plusieurs reprises un biais dans la manière d'établir la comparaison entre les deux villes. Un biais subtil, certes, mais non moins présent et dans lequel certaines âmes chagrines cultivant une méfiance bien chevillée au corps devant tout ce qui vient de Grande-Bretagne verront une nouvelle manigance de la perfide Albion et de son affidé John Bull.

Intrigué par mon léger sentiment de malaise, je donne l'article en question à mon grand fils M. et lui demande me dire ce qu'il en pense après lecture. Deux heures plus tard, comme il n'est pas revenu vers moi, je lui demande s'il a pris connaissance de l'article. Et là, à ma plus grande surprise, il me fait la réplique suivante :

" Rien qu'avec la photo qu'ils ont mise en exergue, je ne risque pas de le lire ton article ", m'assène-t-il avec une pointe de mépris très génération Y.

Je lui demande de s'expliquer.

" Regarde ", rajoute-t-il. " D'un côté, ils ont pris une photo de Londres en plein jour. La lumière est claire. On voit un bateau sur le fleuve. On sent que la ville est active. De l'autre, c'est une image de crépuscule. Il n'y a pas le moindre mouvement à la surface de l'eau. On a l'impression que tout est à l'arrêt ".

Là, je dis "Chapeau bas". D'un coup, d'un seul, sans même le savoir, il vient de me donner l'explication au malaise que j'avais ressenti. Oui, l'article est biaisé et cela commence dès le choix iconographique.

Cela me rappelle une interview de l'académicien Pierre Rosenberg écoutée à la fin de l'année dernière sur France Culture à l'occasion de la sortie de son livre Dictionnaire amoureux du Louvre. A un moment donné, interrogé par Monique Canto-Sperber sur l'évolution de la fréquentation du Louvre, il déplorait qu'en l'espace d'une génération, les tableaux exposés au musée soient devenus pratiquement "illisibles" parce que les grilles d'interprétation auxquels ils font référence - les textes bibliques, l'Iliade et l'Odyssée, l'Enéide ou les Métamorphoses - étaient désormais très mal connues. Résultat : par delà l'émotion sensible immédiate née de la confrontation du regard et de l'oeuvre, comprendre l'intention de l'artiste devenait chose virtuellement impossible. Poussant plus loin son propos, Pierre Rosenberg regrettait par ailleurs que les jeunes générations ne recoivent pas un enseignement ad hoc pour les aider à décrypter les milliers d'images auxquelles elles sont exposées quotidiennement.

Car il est un vrai plaisir à pénétrer dans l'univers secret d'un producteur de représentation. Que ce soit afin de détromper les intentions partisanes d'un propagandiste ou pour embrasser celles, a priori plus bienvieillantes, d'un artiste de la Renaissance italienne, ce plaisir est celui de l'intelligence et de la sensibilité en action. En ce dimanche de Pâques, j'ai envie de vous faire partager celui que je viens d'éprouver après lecture de l'interprétation découverte sur le blog de Fromageplus de l'Adoration des bergers de Lorenzo Lotto.

Lotto_adoration_des_bergersNon, non. Il n'y a pas erreur. Il s'agit bien de découvrir comment l'histoire de la Passion (Pâques) est déjà présente dans ce tableau de la Nativité (Noël). Pour cela, il suffit de savoir regarder, c'est-à-dire de faire affleurer à la conscience les bonnes clefs de lecture. Comme le regard d'un ange par exemple...

C'est ici.

Joyeuses Pâques !

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  • Mario Vargas Llosa: Tours et détours de la vilaine fille (ISBN 2-07-078083-X)
    Elle est l'archétype de la garce ; il est l'emblème du ballot. Pourtant, à eux deux, ils tissent une admirable histoire d'amour, sans la moindre mièvrerie ("huachaferia" en limésien, traduit en "cucuterie" dans le livre). (****)
  • W. Wilkie Collins: Quand la nuit tombe (ISBN 2-7529-0220-4)
    Anecdotes et expériences curieuses de la vie d'un artiste itinérant. 6 superbes nouvelles un rien empreintes de mystère écrites dans un style très pur par un contemporain de Charles Dickens. (***)
  • Javier Cercas: A la vitesse de la lumière (ISBN 2-7427-6276-0)
    Deux destins se croisent : un ancien du Vietnâm et un jeune maître-assistant espagnol partagent le même bureau au département de langues d'une université du mid-west. Le premier paraît terne. Pourtant, il a connu l'ivresse de la guerre façon Apocalyse Now. Le deuxième découvre la réussite à la sortie de son quatrième roman, avant de déchoir brutalement. A la croisée de leurs chemins, une rencontre improbable et un petit chef d'oeuvre. (****)
  • Andrea Camilleri: Le Roi Zosimo (ISBN 2-253-10911-8)

    Andrea Camilleri: Le Roi Zosimo (ISBN 2-253-10911-8)
    Avant de lire cet ouvrage truculent, baroque et un rien déjanté, je croyais que seule Barcelone en 1936 avait vécu un intermède d'an-archie. Agrigente aussi. C'était en 1718. (*****)

  • Nicole Krauss: L'histoire de l'amour (ISBN 2-07-077308-6)
    A New York, une jeune fille et un vieillard donnent un visage à une histoire d'amour, sur fond de diaspora. Entre eux : un prénom magique, Alma, et un livre prophétiquement appelé 'histoire de l'amour'. Superbe ! (*****)
  • Ryszard Kapuscinski: Mes Voyages avec Hérodote (ISBN 2-259-20252-7)
    Le grand reporter polonais nous fait découvrir la diversité du monde au travers de ses pérégrinations dans l'espace : Chine, Inde, Ethiopie, Algérie... Chemin faisant, il nous livre son expérience à la lueur du grand conflit Europe / Asie tel que relaté par Hérodote dans son "Enquête" monumentale. Voyage dans le temps et dans l'espace à la fois, avec moult mises en parallèle, anecdotes et digressions sur la diversité et la richesse du monde. Enthousiasmant ! (*****)
  • Michel Butor: La Modification (ISBN 2-7073-0312-7)
    L'ouvrage de référence du Nouveau Roman. Paris - Rome en train. Départ de Paris avec la ferme assurance de quitter femme & enfants pour refaire votre vie avec Cécile, votre maîtresse romaine ; arrivée à Roma Termini avec la certitude désespérée que rien ne changera. La modification : ce sont les tours & détours, les cheminements tortueux de votre esprit durant ce périple ferré, l'abandon final de votre projet d'origine. (***)
  • Erik Orsenna: Voyage aux pays du coton - Petit précis de mondialisation (ISBN 2-213-62527-1)
    Parcours aux 4 coins du monde (Mauritanie, Etats-Unis, Egypte, Ouzbekistan, Chine, France) autour d'une matière première -- le coton -- pour comprendre les mécaniques en oeuvre dans un processus "mondialisé" de longue date. Entre les tenants de la modification génétique (les brésiliens), les gardiens de la tradition (les égyptiens), les productivistes (ouzbeks), les protectionistes tournés vers le client(américains), les laissés-pour-compte (mauritaniens), les capitalistes anti-démocratiques (chinois), ce ne sont que fleurets mouchetés, trahisons & perfidies subtiles dans un climat d'interdépendance souriante. Une pérégrination admirablement racontée par Erik Orsenna. (*****)
  • Anne Nivat: Islamistes - Comment ils nous voient (ISBN 2-213-62862-9)
    Précieux : l'auteur se contente de relater ce qu'elle entend au fil de ses pérégrinations en Afghanistan, au Pakistan et en Iraq, de la bouche d'islamistes, c'est-à-dire de personnes obéissant aux préceptes du Coran. En s'éloignant délibérément du jugement et en accomplissant de la plus belle des manières son métier de grand reporter, Anne Nivat rend justice à la vérité. (****)

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