Quelque chose de cassé au pays de l'Oncle Sam ?
Voici maintenant trois jours que je suis dans un hôtel de la zone aéroportuaire de Chicago, Illinois. Chaque matin, en ouvrant la porte de ma chambre, je ramasse l'exemplaire de USA Today qu'un employé de l'hôtel aura déposé au petit matin. Et voilà qu'en lisant les headlines, les gros titres, se dessine devant moi l'image d'un pays à la dérive. Jugez plutôt :
- Mardi 24 juin - "Utilities cut off more homes" . En raison de l'augmentation du nombre de personnes en incapacité de payer leurs factures de gaz ou d'électricité, les compagnies d'énergie coupent le courant dans de plus en plus d'habitations. A ce jour, le pays compte 15,6 millions de foyers avec des impayés et ces derniers se montent désormais à 5 milliards de dollars, soit près de 20% d'augmentation par rapport à il y a... 1 an.
- Mercredi 25 juin - "Consumer confidence plummets" . L'index de confiance des consommateurs atteint son plus bas historique depuis 16 ans.
- Mercredi 25 juin toujours - "Home prices down 15.3%" . La baisse des prix de l'immobilier continue. Ce pourcentage de 15,3% de baisse traduit l'évolution moyenne de la valeur du patrimoine immobilier des ménages américains entre avril 2007 et avril 2008. Les experts du domaine considèrent que la chute des prix n'est pas terminée.
- Jeudi 26 juin - "Homeowners fight for their mortgage rights" . Face aux phénomènes conjugués de baisse du partimoine immobilier, d'augmentation du coût de la vie en raison de la flambée du prix d'articles de consommation courante et d'accroissement des taux d'intérêt, de plus en plus de ménages sont contraints de se déclarer en faillite. Si le phénomène ne touchait jusque là que des pauvres, il s'étend maintenant à nombre de foyers de la classe moyenne avec des revenus annuels excédant parfois les 50 mille dollars annuels (35 mille euros). Dans cette situation, les créanciers (banques et organismes de crédit) se montrent de plus en plus durs ; les expulsions deviennent monnaie courante et ce parfois en violation des droits du particulier. Des sagas judiciaires aussi dramatiques que scandaleuses s'ensuivent.
L'impression d'ensemble est d'autant plus saisissante que, contrairement à leurs homologues français, les journalistes américains font la partie belle à la description des faits et répugnent à leur interprétation. Il en résulte un décor étrangement délétère.
C'est dans la presse financière française que je suis allé chercher l'analyse :
" Aujourd'hui, les Etats-Unis n'ont plus qu'un vague souvenir de ce qu'est une économie dans laquelle un outil industriel enrichit patrons et ouvriers ; quand un secteur d'activité, quel qu'il soit, génère du profit, celui-ci est partagé entre le management et les actionnaires. Le salarié/consommateur ne ramasse que des miettes. S'il lui prend l'envie d'acheter des biens et services au-dessus de ses moyens, il doit passer par le recours à l'emprunt. Celui-ci est devenu -- et de très loin -- la principale industrie aux Etats-Unis. "
Ayant longtemps baigné dans l'univers des hautes technologies, les USA ont été pour moi le pays symbolisant le mieux l'innovation, le creuset dans lequel se fabriquait un monde exaltant. C'était l'ère du For The Win, ou de façon plus sibylline, FTW comme l'écriraient les habitués du SMS. Ce que j'ai entr'aperçu ces derniers jours s'apparenterait plutôt à un sinistre WTF ou What's The F***, pour celles et ceux d'entre vous qui ne seraient pas encore familiers avec cet acronyme.























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