My Photo

Mon profil psychologique

Sondage

Politique (en marge du "jité" de TF1)

  • AgoraVox
    Le média citoyen
  • Bakchich Info
    Scoops, informations, enquêtes et mauvais esprit.
  • BondyBlog
    Parce que la sphère du politique ne s'arrête pas aux limites de Neuilly-sur-Seine, à quelques bâtiments officiels de la capitale et au Fouquet's.
  • Contre journal
    Les informations ou les débats occultés ou chassés de l'actualité
  • Ipol
    Pour vous aider à y voir clair dans la pro- et la con- fusion des images d'actualité, tant il est vrai qu' "en politique, ce qu'il y a de plus difficile à apprécier et à comprendre est ce qui se passe sous nos yeux" (citation d'Alexis de Tocqueville mise en exergue sur la bannière du site).
  • Rue89 | Votre révolution de l'info
    Une autre manière de traiter l'information.

Liens d'estime

  • A nos enfants (Fanny Grangier)
    Le regard intelligent, sensible et enthousiaste d'une jeune femme à l'attention de toutes celles et tous ceux qui veulent un monde meilleur pour leurs enfants.
  • Anecdote
    L'art et la manière de raconter des histoires (ENG)
  • Art et caetera
    Tout ce qu'il faut voir à Paris... sous l'oeil perçant et la plume subtile de Claire
  • Blablablog
    Furieusement littéraire et terriblement éclectique
  • Fragments de géographie sacrée
    Sous la houlette de Robin Plackert, découverte de chemins de traverse en pays berrichon et marchois, avec escapades toujours possibles, digressions poétiques et littéraires toujours à craindre...
  • Haruki Murakami
    Epoustouflant et hallucinant.
  • La France vue d’ailleurs
    Si vous pensez qu'en France, notre vision du monde est trop empreinte d'esprit de clocher ("parochial", diraient les Britanniques) ou que nous sombrons dans la schizophrénie absolue à force de regarder les circonvolutions de notre nombril, allez faire un tour sur ce blog. C'est rafraîchissant, parfois inquiétant, mais toujours à propos. Ou comment l'art de changer de point de vue au sens littéral, physique, du terme, permet d'élargir la vision d'ensemble et l'espace des possibles... Stimulant !
  • La Troisième Voie, par Marc Traverson
    Développement personnel et professionnel sur les traces du grand Milton Erickson : riche, éclectique et subtil.
  • Le blog d'Hélène Wolff-Eugène
    Un plaisir de blog où les billets de (bonne) humeur le disputent aux dictons populaires, aux recettes savoureuses ou à la recherche d'anagrammes... Que du bonheur !
  • Le Monolecte d'Agnès Maillard
    Eclectisme et fraîcheur d'esprit
  • L’improvisation, c’est la vie !
    Jouer sa vie en public, la mettre en scène, se multiplier à l'envi en fonction des différents rôles que vous souhaitez assurer... Hétéronymes : dérouler son existence avec légèreté, détachement, un sourire aux lèvres.
  • Nathalie Bouyssès
    Nathalie est une amoureuse de l'Italie. En exergue de sa page personnelle, il y a cette citation : "Vous pouvez garder le monde entier, si je peux garder l'Italie" (Guiseppe Verdi). Au détour de ses pages, vous rencontrerez aussi l'un de mes auteurs préférés : Erri De Luca.
  • Photographies d'art (Arnaud Frich)
    Quand l'image sacrée est belle c'est l'imagination qui est profanée...
  • Traces Ecrites
    Littérature, poésie et amour de Marseille

Stylé

  • Alayaya (Sauvons la Terre)
    Vue de Châteauroux, la terre est ronde, jolie et souriante.
  • Blogosapiens (Isabelle)
    Humain & humaniste. Une petite lumière pour quitter les rivages de l'intranquillité et entamer la navigation hauturière vers la sérénité et l'accomplissement de soi.
  • Bulle de Papier (Ardalia)
    La bio de l'éditorialiste en dit long sur ses intentions : "Je suis... et c'est déjà pas mal."
  • Confidences de blonde
    Ephéméride sans ride : la vie au jour le jour d'une adorable blonde au grand coeur. Suivez Miss Léna dans ses oeuvres...
  • Deedee
    La vie trépidante et truculente d'une parisienne à Paris. Des conseils précieux aussi pour ne pas sortir idiot dans la capitale...
  • Florence
    Sourire de femme, poésie et fraîcheur se rencontrent...
  • Jorkyball Normand
    Un nouveau sport pour se défouler entre amis, un nouvel endroit où s'amuser à Caen. Sans parler de l'accueil toujours souriant de Julie et Franck. A ne pas manquer si vous êtes dans les parages.
  • Le Journal de Ray Dacteur
    Plein la vue, plein les oreilles... avec une bonne dose d'humour en prime. Pour votre plus grand plaisir !
  • Les mots ont des visages (Joël Guenoun)
    Jeux de mots et d'écriture
  • Les pitchounous
    Bien sûr, il n'est pas souvent mis à jour ce blog. Mais, bon, les pitchounous, ils font ce qu'ils veulent quand bon leur semble...
  • Lulu in the tube
    Déambulations d'une jeune compatriote dans les Iles Britanniques. Très belles photos, impressions délicates cueillies sur le vif. "Stylé", en somme.
  • Sandra
    Sans drap... ni couverture : les tribulations de Sandra, institutrice à Bordeaux. Rires d'enfants et questions d'adulte.
  • Sélian
    Un parfum d'Espagne dans un monde sans frontières.

Economie de l'immatériel

  • Bertrand Duperrin (Français... mais avec une version en anglais, as well)
    Pour découvrir les mutations sociétales induites par la dissémination des nouvelles technologies et notamment ce que le "Web 2.0" va changer dans notre manière d'échanger avec les autres.
  • Chris Anderson (The Long Tail - English)
    L'un des concepts les plus novateurs de l'économie de l'immatériel. Maintenant que les marchands ne sont plus contraints par la disponibilité d'espace pour vendre leurs produits, les consommateurs voient leur liberté de choix s'élargir. Et ils s'en donnent à coeur joie. Sus à la tyrannie des hits ! A nous les éditions limitées, incunables, épreuves rares. Si vous ne voulez pas rester à la traîne de cette révolution en marche, je vous invite à faire un tour ici.
  • Claude Aschenbrenner (SerialMapper - Français)
    La carte n'est pas le territoire. Certes. Mais elle dit tant de choses sur notre façon de nous représenter le monde. Un délice.
  • Collectif de créateurs d'entreprises en série (Entreprise facile - Français)
    Vous voulez échapper à la tyrannie du salariat ? Vous vous défiez des slogans de gauche (le "travaillez moins pour que plus parmi nous travaillent" de Mme Aubry) ou ceux de droite (le désormais célèbre "Tavaillez plus pour gagner plus" de M. Sarkozy repris en écho par Mme Lagarde) ? Vous avez envie de *** CREER *** votre entreprise ? Alors, c'est ici que ça se passe : le vade mecum indispensable pour les candidats à la création d'entreprise et un excellent site de référence pour ceux qui ont déjà fait le pas.
  • Garr Reynolds (English)
    Je ne sais pas vous, mais moi, je suis chaque jour affolé de voir combien les compétences dans l'art de présenter ont du mal à se répandre dans le corps social. Les technologies censées nous aider (PowerPoint et cie) n'y changent pas grand chose. Pire, on dirait que leur utilisation agit comme un amplificateur des lacunes. Ces dernières deviennent criantes. Alors si vous voulez confronter vos pratiques aux considérations d'un expert, faites un petit tour par ici.
  • Guy Kawasaki (How to Change the World - English)
    Quand on a été aux commandes du marketing aux côtés de Steve Jobs lors du lancement du Mcintosh et qu'on a participé en tant que capital-risqueur au lancement de nombre de sociétés dans la Silicon Valley, fatalement on a des choses intéressantes à raconter...
  • Jacques Froissant (Français)
    Le registre de ce qui bouge dans la high-tech en France. Un observatoire aussi des opportunités de travail qui en découlent.
  • Jean Michel Billaut (Français)
    Pas besoin d'avoir 20 ans pour être un "as" des nouvelles technologies. La preuve.
  • Jean Véronis ("Technologies du Langage" en français)
    La vision de l'universitaire, bien ancrée sur la réalité.
  • Kathy Sierra (Create Passionate Users - English)
    Une vision iconoclaste et rafraîchissante sur les nouvelles règles de bon comportement dans l'économie de l'immatériel
  • Nouvelles tendances, technologie, innovation (Yoann Derriennic)
    "Stay hungry, stay foolish" (Steve Jobs, en 2005 devant un parterre d'étudiants de Stanford)
  • Vanina Delobelle (Français)
    L'économie de l'immatériel vécue sous toutes ses coutures - avec quand même une dominante marketing.

Avis à la population

  • Creative Commons License
    Sauf notification contraire, les contenus présents sur ce site sont mis à votre disposition selon les termes d'un contrat Creative Commons.

Chronique au fil de l'eau

08/06/2008

Adorable colère

Fumeuse (Christophe Hohler) Lundi dernier autour de 14 heures. Je prends un café en terrasse d'un bar rue Lafayette, pratiquement en face du siège d'Areva. Autour de moi, quelques fumeurs tirent nerveusement sur leurs clopes.

Le ciel est lourd ; la pluie ne devrait pas tarder à se manifester. Alors, prévoyant, je me glisse sous la marquise. Quelques gouttes claquent sur le bitume. Un souffle frais parcourt la rue. Les fumeurs s'égaillent rapidement. La plupart se précipitent à l'intérieur du bar. Seule une jeune femme reste dehors. Mais voilà, il pleut à verse maintenant. A l'affût d'un abri, elle avise la place à ma droite et s'y installe.

La conversation s'engage naturellement. Comme cette phrase sonne faux sous mes doigts, tant le fait d'engager le dialogue avec une inconnue m'a toujours paru au-delà de mes forces. Pourtant, cette fois, je ne sais pas pourquoi, mais ce fut facile. La pluie sans doute, à moins que ce ne soit sa façon bien à elle de me sourire en s'asseyant. J'appellerai cela un heureux concours de circonstances.   

Le ton est léger. Nous évoquons la difficulté d'être fumeur aujourd'hui. Elle évoque la noirceur des regards, le bel unanimisme désapprobateur des braves gens. A ce moment, sans crier gare, elle s'emballe. Elle se met à fustiger l'esprit de notre époque, ce souci qu'elle dit excessif de normalisation et d'hygiène. Tu ne fumeras point. Tu ne boiras pas. Tu feras du sport. Tu seras sain. Voilà les nouveaux commandements des temps modernes.  

La colère la gagne de plus en plus. Ses jolis yeux noirs fulgurent désormais. Je lui dis mon soulagement à l'entendre, moi l'apprenti vieux con, qui, à l'approche des 50 ans commençe à voir le monde en nuances de gris et tends à perdre le sens de la colorisation. Elle rebondit :

- Non, réplique-t-elle, ce n'est pas une question d'âge !

Au débotté, elle rajoute :

- On ne connaît plus le sens de la séduction.

J'affiche une expression de surprise : 

- Comment une jeune femme belle comme vous peut-elle dire ça ?  

- Mais oui, s'enflamme-t-elle.

Ses yeux toujours plus noirs commencent à teinter en rose mon coeur en sommeil.

- Maintenant, ce qui compte, rajoute-t-elle, c'est la performance. Il n'y a plus de place pour la séduction.

Puis, sans appel, elle conclut :

- Trop marre de ce pays. Je me marie et je file avec mon homme aux Philippines.

A ce moment, je vois mon rendez-vous se profiler au coin de la rue. Me voyant en charmante compagnie, il esquisse un sourire entendu. Je fais les présentations. M'adressant à la jeune femme :

- Je vous présente Carlos.

- Enchantée.

Puis, je lui tends la main.

- Moi, c'est Jean-Marc.

- Et moi Myriam.

Nouveau coup de coeur. Myriam. Immédiatement me vient à l'esprit l'histoire des 2 lettres mem qui enserrent votre nom. Le premier mem, ouvert comme une conversation inopinée et le gouffre de vos yeux où mon coeur s'est laissé aspirer, et le deuxième à la fin, le mem sofit, qui clôt notre rencontre et décroise nos chemins.


Discover Sade!

--

PS : La toile choisie pour illustrer ce billet est La Fumeuse de Christophe Hohler.

02/05/2008

Huit bouches de feu

Que_valorVoici 200 ans, jour pour jour, le peuple de Madrid se soulevait contre les troupes d'occupation françaises. Dos de Mayo. Ce fut un jour de colère, comme le souligne Arturo Pérez-Reverte dans son dernier livre éponyme. Rien d'un élan nationaliste, juste une réaction populaire spontanée pour rabattre le caquet à ces prétentieux de gabachos (terme péjoratif désignant les Français) baladant leur mépris dans leurs beaux uniformes de conquérants. L'éveil nationaliste, il viendrait en son temps, le lendemain très précisément -le 3 mai 1808- après que Murat et ses troupes eurent, en guise de représailles, fusillé nombre d'émeutiers véritables ou présumés .

Les 2 et 3 mai... Deux dates terribles immortalisées par Francisco Goya dans deux tableaux dépeignant l'horreur éternelle de la guerre.

A chaque fois que mon regard croise l'image de l'un de ces tableaux et surtout le "3 de Mayo", j'éprouve toujours un malaise profond. C'est plus fort que moi : je dois détourner mon regard et baisser les yeux. Je souffre de savoir que les corps anonymes engoncés dans les vareuses militaires, ces corps pointant leur fusil sur la poitrine dénudée de l'homme au visage basané et aux yeux exorbités, ces visages que le peintre a voulu tenir cachés, ces doigts qui appuieront bientôt sur la gachette, ces bouches que j'imagine haletantes appartiennent à des compatriotes. Ces machines à distribuer la mort, ce sont des soldats français.

C'est précisément ce qui m'est arrivé il y a tout juste deux jours en allant à l'exposition "Goya graveur" au Petit Palais. A peine avais-je quitté le hall gorgé de lumière à l'entrée et m'étais-je engagé dans l'ombilic obscur conduisant à l'exposition, que je fus littéralement assailli par l'image du 3 de Mayo. Le fait que ce fût une reproduction n'y fit rien. Pire, le choc fut d'autant plus violent que j'étais venu pour voir des estampes et que je ne m'attendais pas à voir ce tableau ici.

Je me préparai alors à ressentir à nouveau cette suffocation qui m'avait accablé un an plus tôt dans les couloirs du Prado. Ce ne fut pas le cas.

La première salle était consacrée aux Caprichos (les Caprices), un recueil de plus de 80 estampes où alternent des scènes de la rue peuplées de jolies prostituées et de michetons stupides, de célestines et de mères maquerelles, mais aussi de morts s'extrayant de leur tombe, de dames de haut lignage prêtes à toutes les bassesses, d'un bestiaire d'ânes savants et de chouettes inquiétantes, de bouffons, de vieilles chipies, d'épouvantails, de chauve-souris venues peupler nos esprits ensommeillés... Je fus étourdi par cet excès de fantaisie sans bride et même si l'angoisse pointait toujours sa face hideuse, même si le cauchemar semblait nous attendre au bout du chemin, je m'attendris devant la joliesse de certaines scènes et allai jusqu'à sourire à l'humour de Goya, aussi corrosif que l'acide nitrique sur la plaque de cuivre où il dessinait en creux ses personnages.

Bien_tirada_esta

Les choses devaient se compliquer quand je m'engageai dans la salle dédiée aux Désastres de la guerre. Tout y était : exécutions sommaires, corps atrocement mutilés, viols, amputations, émasculations, pendaisons, rapines, vengeances odieuses. Je compris alors que les corps à corps obscènes d'Otto Dix, de George Grosz, de Walter Gramatté, de Ludwig Meidner ou de Max Beckmann pendant et après la première guerre mondiale n'étaient que le bégaiement, la répétition hallucinée de ce que Goya avait déjà représenté 100 ans avant eux. L'horreur manque décidément cruellement d'imagination.

Quelques détails pourtant frappèrent mon imagination. Contrairement à ses descendants de l'école expressionniste allemande qui semblaient jubiler à exhiber la lumière sadique dans le regard du soldat écartant les cuisses de la femme qu'il s'apprête à violer, Goya peine à représenter le visage du bourreau. Autant il excelle pour rendre l'horreur sur le visage de la victime, autant il "préserve" le bourreau. Est-ce l'effet d'une pudeur subite ou de je ne sais quelle réserve soudaine ? Goya évite souvent de montrer l'ange exterminateur. Pourtant, même absent, il est bien là ; il se cache derrière un symbole de la mort qu'il va donner.

No_se_puede_mirarDans l'eau-forte No se puede mirar (on ne peut pas regarder) ci-contre, les soldats sont invisibles. D'eux, on ne voit que l'extrémité des fusils pointés vers les condamnés : les baïonnettes. Elles sont au nombre de 8. Ces détails sont ils fortuits ? J'y ai vu un rappel de la ville de Bayonne où la famille royale espagnole était tenue emprisonnée par l'Empereur. Quant au chiffre 8, il m'a suggéré le décret que Murat avait imposé aux autorités espagnoles une fois maté le soulèvement du 2 mai :

Dcret_du_6_mai_1808Je continue mon chemin. Dans la salle suivante sont exposées des estampes du recueil Tauromaquia (Tauromachie). Le spectacle -parfois non dénué de cocasse- du combat entre l'homme et l'animal me détend.

C'est une respiration de courte durée. Vient ensuite l'exposition des Disparates, les incongruïtés. Cette fois-ci, le choc émotionnel est auditif. Car, "disparate" se prononce comme "disparad" et disparad, cela veut dire littéralement : " Tirez ! "

Dans le guide que la Bibliothèque Nationale Espagnole (BNE) consacre actuellement à l'exposition Miradas sobre la Guerra de Indepencia, une lecture attentive permet de trouver cette consigne de l'Empereur à l'attention de Murat :

" Si la canalla se mueve, disparad. " (Si la canaille bouge, tirez.)

La fin de l'exposition Goya graveur renvoie au temps de l'exil bordelais. Les fureurs de la guerre se sont apaisées, mais l'oeuvre du peintre reste toujours empreinte d'une amertume incurable. Témoins, ses caricatures, dessins outrés où reviennent en puissance les esprits (duendes) qui hantaient les Caprichos. Je suis saisi par une étrangeté. Le titre du recueil est écrit avec deux "R" : car[r]icatures.

Là, c'est l'origine italienne du mot qui me revient à l'esprit : caricare, charger, caricatura, charge.

Charger, tirer...

Le 2 mai 1808 à Madrid, le peuple s'est levé. Les armées de la France impériale l'ont abattu.

Debout, chargez, tirez, couché.

Pesadilla.

Mala noche.

26/04/2008

Le train entre en gare, l'étreinte aussi

Saint_pancras_treinteIl y a deux semaines, je suis allé à Londres en train. C'était la première fois que je m'y rendais depuis le transfert en novembre dernier du terminus de l'Eurostar de Waterloo Station à Saint Pancras.

Pour l'occasion, les Anglais ont complètement rénové la gare. Et ils n'ont pas fait les choses à moitié. En descendant du train, je me suis retrouvé sous une immense verrière. J'ai tout de suite pensé à la gare de Barrockstadt dans Syberia de Benoît Sokal. Je me sentais tout petit sous cette admirable cloche de verre et comme, ce jour-là, il faisait beau à Londres, le spectacle n'en était que plus merveilleux. Une sensation de retour à l'état foetal renforcée par l'évocation constante du corps de la femme.

Il y avait d'abord cette belle statue de Paul Day d'un homme et d'une femme enlacés : le corps de l'autre retrouvé, comme une réponse à la bien austère salle des pas perdus.

Il y avait aussi ce bar, où on ne sert que du champagne, la boisson des amants par excellence.

Et pour parachever le tout, il y avait cette exposition de photographies de James Stroud avec ces corps devenus purs objets esthétiques à force d'être tatoués, stigmatisés, scarifiés.

Photo_james_stroud

Un temple de beauté au bout des rails, qui l'eût cru ?   

20/04/2008

La beauté de l'imparfait du subjonctif

Sagrada_familia_gaudiDans le cadre de mes activités professionnelles, je suis régulièrement amené à animer des cours de vente. Cela pourra paraître étrange à certains, mais ce que j'aime avant tout dans la vente, c'est sa dimension humaine. Au désespoir de beaucoup, la vente est difficile à modéliser ; sa pratique peut sembler parfois approximative et apporter des résultats aléatoires. Cela est vrai. Mais à côté de cela, elle sera toujours empreinte de subjectivité, de croyances. Faite d'inhibitions et d'élans, elle restera toujours pétrie de doutes et de désirs. Activité humaine, trop humaine, portée par nos émotions et notre langue, elle échappe par définition aux logiques d'automatisation, d'embrigadement ou de délocalisation.

Or, il y a quelques mois, j'ai animé un cours de vente à Barcelone. C'était la première fois que je le faisais en espagnol. Avant d'en accepter l'idée, comme j'étais littéralement tétanisé par la peur, j'avais demandé à co-instruire ce cours avec une personne de langue maternelle espagnole, Rosy. Pourtant, une fois sur place, en dépit des moments de difficulté éprouvés à trouver le mot juste, malgré l'expression d'incompréhension lue sur les visages après avoir prononcé une locution manifestement née dans les méandres de mon esprit confus, mes appréhensions tombèrent. Voire, j'éprouvai un plaisir intense à m'exprimer dans la langue de Cervantès. Et savez-vous en particulier ce qui me procura le plus de plaisir ? Je vous le donne en mille : l'emploi du subjonctif.

La langue espagnole a cette caractéristique de disposer de deux temps pour le subjonctif passé : l'imperfecto del subjuntivo (es como si el sol estuviera pintado todo de oro) et le subjuntivo pasado (es como si el sol estuviese pintado todo de oro). Là où les choses se compliquent, c'est savoir quand employer l'un ou l'autre, l'un plutôt que l'autre. A chaque fois que j'ai posé la question à des Espagnols, ils m'ont répondu : "Fais comme tu le sens". Alors, je les ai pris au mot. Mais plutôt que de me laisser aller uniquement à des considérations d'euphonie, j'ai décidé de distinguer ces temps selon le moment auquel se rapportait l'action. Si l'action s'inscrivait dans le passé, j'utiliserais le subjonctif passé (estuviese). En revanche, si l'action était projetée dans le futur, j'emploierais l'imparfait du subjonctif (estuviera).

Cette approche discriminatoire ne fut pas complètement le fruit de l'arbitraire. Pour la prendre, je m'appuyai sur le distinguo très clair du portugais entre le subjontif passé (il n'y en a qu'un) et le subjonctif futur (c'est une idiosyncrasie). Dans cet idiome, le subjontif passé "se tu quisesses" (si tu avais voulu) ramène à une action déroulée dans le passé. La chose a été bel et ben entérinée. Il est inutile de revenir dessus, si ce n'est sur le mode du regret. Le subjonctif futur "se tu quiseres" (si tu veux), lui, se rapporte à un choix qui n'a pas été encore fait. C'est donc le temps du libre arbitre. D'où la fameuse salutation "Até amanhã, se Deus quiser" (à demain, si Dieu le veut), où l'idée de nous revoir demain ou un autre jour reste soumise, à tout moment, au bon vouloir du divin.

Mais quel est le rapport, me direz-vous, entre les variations du subjonctif et la pratique commerciale ? Il y en a plusieurs. Il se trouve d'abord que l'acte de vente nécessite d'embrasser les trois temps de base (le passé : comment faisiez-vous hier ?  - le présent : comment faites-vous/vous sentez-vous aujourd'hui ? - le futur : qu'envisagez-vous de faire demain ?). En outre, la rhétorique de la vente trouve ses ressorts dans le doute, le questionnement, la projection, la formulation d'hypothèses, la crainte... bref tout l'éventail des sentiments ou des circonstances qui nécessitent -au moins dans les langues latines- l'emploi du subjonctif. Ainsi, s'il m'était demandé de recruter un commercial en moins de 2 minutes, je demanderais juste au candidat de conjuguer le verbe "pouvoir" à l'imparfait du subjonctif. S'il venait à hésiter, s'il butait, je m'abstiendrais de le prendre. Comment voulez-vous en effet qu'il soit ensuite en mesure de faire visualiser à des clients potentiels le champ des virtualités offert par l'utilisation de ses produits et services ? 

Pourtant, il faut bien que je me rende à l'évidence : l'imparfait du subjonctif tombe en désuétude en français. A chaque fois que je m'essaye à une formulation du genre : "Eussiez-vous ces facultés à votre disposition, pourriez-vous... ", mon auditoire se fout de ma gueule. Je les comprends. Mais au-delà du caractère précieux que suggère désormais l'emploi de l'imparfait du subjonctif en français, il y a plus grave. J'ai le sentiment qu'à travers la disparition programmée de ce temps, nous perdons collectivement un degré de liberté dans notre faculté d'interagir avec autrui. Car le subjonctif est le temps du désir et de la liberté. C'est le temps des hypothèses, des incertitudes, des doutes exprimés, des émois suggérés et des plaisirs différés. Mais c'est aussi le temps du respect de l'autre, à qui il est explicitement reconnu le plein exercice du libre-arbitre. Désormais, j'ai parfois l'impression que plus personne ne comprend à quoi sert le subjonctif surtout à l'imparfait. Nous nous ingénions à en éviter l'emploi en restreignant au minimum l'expression de nos sentiments. Quel homme sait dire aujourd'hui à une femme : "J'attendais que ton regard se posât sur moi" ? Comme pour excuser pareille sécheresse de coeur, nous le faisons apparaître, mais à tort cette fois, après des locutions de temps comme après que. Enfin, il y a des règles grammaticales que je trouve particulièrement stupides. Quelle idée saugrenue en effet d'utiliser l'indicatif après la conjonction "si" alors que la vocation de cette dernière est justement d'ouvrir l'espace de ce qui pourrait être, le domaine par excellence du subjonctif ? Pourquoi sommes-nous obligés d'employer le subjonctif après "bien que", même quand l'action est accomplie ? Là encore l'espagnol est plus respectueux de l'esprit. Après "aunque", l'équivalent de bien que, le choix de la forme verbale variera selon que l'action aura été réalisée (indicatif) ou non (subjonctif). Je déteste les règles lorsque l'injonction qui nous est faite de les respecter à la lettre nous dispense de faire appel à notre intelligence et à notre sensibilité. A moins que les esprits qui ont eu pour mission de codifier notre grammaire aient senti tout ce qu'il y avait de subversif dans ce temps et se soient ligués pour en conjurer les effets en semant la confusion. Dans ce cas, Eryk Orsenna aurait bien raison d'écrire dans Les Chevaliers du subjonctif : "les subjonctifs sont les ennemis de l'ordre, des individus de la pire espèce" .

Au bout du compte, tout cela m'attriste. Pas parce que je suis un puriste. Non ! Bien au contraire. J'aime les métissages, j'aime qu'une langue évolue, j'aime qu'elle s'enrichisse d'apports extérieurs, qu'elle se créolise. Mais je peste dès qu'il y a perte de sens, surtout quand cette perte s'apparente à un abandon de liberté. Or c'est cela justement que je regrette avec la disparition progressive de l'imparfait du subjonctif : notre appauvrissement collectif. On m'a dit il y a longtemps, qu'aux Antilles francophones, les hommes et les femmes basculaient en créole quand ils contaient fleurette. Le français serait-il devenu trop pauvre pour être le réceptable de nos babils coquins et amoureux ?

Non seulement je suis triste, mais comme toujours chez moi, l'amertume se mue en colère. Je souffre de devoir assister, impuissant, au dessèchement du français. Car enfin, voulons-nous condamner les générations futures à rechercher l'âme soeur dans les ambiances saturées de bruit et d'obscurité des discothèques ? Aurions-nous oublié de nous regarder à la lumière du soleil ? Savons-nous encore nous dire le désir qui nous écrase les entrailles avec la légèreté d'une hypothèse ? Et puis, comment transmettrons-nous à nos enfants l'art de se pencher sur cet obscur objet du désir qu'est le subjonctif, d'effeuiller le voile des possibles, fût-ce à mots couverts ?

--

Crédit photographique : Athos99 - M. Bobillier

08/04/2008

Le triomphe de la bêtise

Estupidez_afficheJe ne sais pas si vous avez remarqué comme moi. Mais je trouve que la bêtise a pris du poil de la bête. Depuis quelques mois, elle gagne en vigueur et en audace. Elle n'a plus honte d'elle-même ; elle se fraye désormais son chemin avec une assurance bien assumée et n'hésite pas à bousculer sur son passage quelques anges égarés, quelques idiots invétérés qui n'auraient pas encore compris que nous n'avons plus besoin d'eux, que nous savons fort bien nous débrouiller tout seuls, maintenant, que nous sommes grands et vaccinés. Vous ne me croyez pas ? Commençons alors par l'exposé des faits. Il y eut d'abord l'édition du Magazine Littéraire de l'été dernier, exclusivement consacrée à ce thème. Toujours l'été dernier, Raphaël Enthoven, sur les Nouveaux Chemins de la Connaissance lui dédiait une semaine entière. Sur les traces de Bouvard & Pécuchet, des livres lui sont dédiés comme "La bêtise s'améliore" de Belinda Cannone et "Le Petit Lexique de la Bêtise Actuelle" de Christian Godin. En début de cette année, France Culture décida de rediffuser la séquence enregistrée six mois plus tôt. Et puis, il y eut cette découverte que je fis vendredi dernier, le 4 avril. J'assistai à la dernière représentation de "la estupidez" de Rafael Spregelburd au Théâtre Chaillot.

La estupidez, c'est le terme espagnol pour la bêtise. Il a été conservé tel quel pour désigner la pièce, même si, sur l'affiche, figure entre parenthèses la traduction en français : la connerie. Eh bien figurez-vous que cette imprégnation de plus en plus nette de la bêtise, je la vis là s'étaler devant moi avec brio et flamboyance comme lors d'un feu d'artifice du 15 août. Il y eut d'abord la mise en scène. Extraordinaire ! 5 acteurs virtuoses (Marina Foïs, Karin Viard, Marcial Di Fonzo Bo, Pierre Maillet et Grégoire Oestermann) jouent plus d'une vingtaine de rôles différents dans un décor à deux niveaux de profondeur avec une chambre d'hôtel et en arrière-plan son hinterland à l'air libre. Le tout est censé se passer dans la banlieue de Las Vegas. L'intrigue, quant à elle, est proprement à couper le souffle. Vous y trouvez un couple de vendeurs d'oeuvres d'art véreux inventant une histoire à dormir debout pour monnayer à plusieurs millions de $ une toile vierge, des acheteurs d'art prêts à mettre le paquet pour doubler une éventuelle concurrence, un savant fou qui vient de trouver l'équation dite de Lorenz dont la puissance détruira le monde le jour où les ordinateurs quantiques feront leur apparition, un groupe de joueurs de casino se servant de cette équation pour gagner 151 dollars par soir, deux enjôleuses aux amours tarifées, une Cruella de la presse people prête à tout pour un scoop, une bande de flics homos faisant les 400 coups après avoir découvert une valise providentielle de 500.000 $, un fils prodigue poursuivi par ceux qu'il croit être des représentants de la mafia - en réalité des apprentis crooners siciliens, un intello blasé gardant une handicapée et j'en passe. C'est fou, c'est déjanté à souhait, délirant. Pourtant, pendant plus de 3 heures - oui, le spectacle dure 3 heures + 20 minutes d'entracte - vous ne vous ennuyez pas une seconde. On rit, on sourit, on s'attendrit lorsque Marina Foïs en entraîneuse paumée raconte sa vie à Pierre Maillet en flic tarlouze au grand coeur. On se fait happer comme par une bonne série télévisée américaine type Desperate Housewives. Il y a du rythme à revendre, on n'a pas le temps de réfléchir à ce qui se passe. L'intrigue est inepte ? Et alors, que demande le peuple ! Comme à Marly-Gomont, on s'en fiche puisque le beat est bon. Et il est rudement bon le beat. Il est à l'image de notre époque : tout pour le présent, tout pour l'argent. Peu importe ce que vous faites, du moment que vous affichez un regard déterminé, un sourire de glace et que vous y mettez tout votre coeur, toute votre énergie. C'est l'apologie de l'hyperactivité. Et tant pis, si tout cela n'a pas de sens. Le tout c'est d'être dans le coup, d'être acteur de sa destinée, si conne soit-elle. C'est la tienne, mon pote et crois-moi, ça, personne ne peut te l'enlever.

Est-ce que ce ne serait pas cela justement la bêtise : cette capacité à remplacer le sens, à tout ramener à l'agitation ? Faut-il dès lors accepter que la volition soit occultée au profit d'un acte dénué de tout contexte ? Quel message, quelle intelligence se cachent derrière l'image d'un président en baskets montant au pas de course les degrés du perron de l'Elysée ? Par quel artifice sommes-nous parvenus à croire qu'une succession de coups médiatiques déconnectés les uns des autres pouvait dispenser de présenter une vision dont la cohérence s'inscrirait dans la durée ? Lorsque le présent écrase tout sur son passage, lorsque l'action - sans comique mais avec beaucoup de répétitions - prime sur toute tentative de mise en perspective, alors oui, on sait de façon certaine que la bêtise a triomphé.

Dans ce monde "globalisé", le crétin planétaire à supplanté l'idiot du village. C'est dommage. Il faut parfois faire preuve d'une grande sagesse pour continuer de regarder le doigt de l'homme intelligent quand ce dernier montre la lune.

04/04/2008

Certains anniversaires sont plus importants que d'autres.

Mlk_il_y_a_40_ansC'était il y a 40 ans. Le 4 avril 1968. A Memphis (USA), Martin Luther King était assassiné.

26/03/2008

Ennemis publics & servitude librement consentie

Tv_micro_onde_chatHier soir, alors que je suivais les informations sur une chaîne prétendument nationale, je fus saisi de colère. Jugez vous-même. Voici l'ordre exact dans lequel furent présentées lesdites informations :

1. Découverte d'un nourrisson dans un congélateur. Mort.

2. C'est parce que le conducteur du minibus n'avait pas son permis mais de l'alcool dans le sang qu'il aurait perdu le contrôle de son véhicule et aurait été à l'origine de l'accident mortel de ce week-end sur l'autoroute A9. Des morts encore.

3. Descente de bande dans un bahut pour tout casser. Pas de mort, mais des dégâts.

4. Tribulations d'un professeur avec la justice après avoir giflé un élève.

5. Discours du président de la République à l'attention des autorités chinoises, révélant l'inquiétude de la France devant les agissements de la Chine au Tibet à quelques mois de la cérémonie officielle d'ouverture des JO de Pékin. 

A l'époque où je faisais des études de journalisme -il y a plus de 20 ans- je me serais fait passer un savon sévère si j'avais présenté les informations selon ce choix et dans cet ordre. Mon professeur d'alors m'aurait fait remarquer que les 4 premiers titres ne méritaient pas la qualité d'information -si ce n'est dans une gazette locale. Alors pensez bien que l'idée de les traiter en premier m'aurait sans doute valu une exclusion pure et simple du cours pour incompétence avérée.

Il faut croire que les temps ont changé. A quoi rime cet étalage de pseudo-infos ? Car aujourd'hui, il semble que les informations ne servent plus à informer. Alors à quoi servent-elles ? Manifestement, à désigner à l'opprobre du collectif les individus qui constituent un danger pour l'ordre, à montrer du doigt les ennemis publics. Qu'ils soient des parents dénaturés, des jeunes voyous des banlieues, des conducteurs sans permis et/ou alcooliques, les voilà les coupables, les fauteurs de trouble ! Voyez-vous comme ils sont laids et malfaisants ? Sentez-vous monter dans vos tripes une juste et saine aversion vis-à-vis de ces agents de déviance. Avez-vous envire de crier " Justice " et pafois même " Vengeance " ? Parvenez-vous encore à retenir le rictus de dégoût qui se dessine comme une ride mauvaise à la commissure de vos lèvres ?

Dans son dernier livre appelé Les Années, Annie Ernaux offre à la troisième personne une vision panoramique des 65 dernières années, de sa naissance jusqu'à aujourd'hui. En parcourant les années 2004-2007, elle évoque ce phénomène de fabrique de méchanceté maquillée derrière l'exigence de justice à grande échelle :

" Un discours mauvais cognait librement, rencontrant l'assentiment de la plus grande partie des téléspectateurs qui ne s'émouvaient pas d'entendre le ministre de l'Intérieur vouloir " nettoyer au karcher " la " racaille " des banlieues. Les vieilles valeurs étaient brandies, l'ordre, le travail, l'identité nationale, lourdes de menaces contre des ennemis qu'il était laissé aux " honnêtes gens " le soin de reconnaître, les chômeurs, les jeunes de banlieue, les immigrés clandestins, les sans-papiers, les voleurs et les violeurs, etc. Jamais un si petit nombre de mots n'avait propagé autant de foi depuis longtemps - des mots auxquels les gens s'abandonnaient comme s'ils avaient le tournis de toutes les analyses et informations, le dégoût des sept millions de pauvres, des SDF, des statistiques du chômage, qu'ils s'en remettaient à la simplicité. 77% des sondés estiment que la justice est trop clémente avec les délinquants. "

Et pour finir cette phrase en forme de prémonition :

" On pressentait que rien n'empêcherait l'élection de Sarkozy (...) Il y avait de nouveau une envie de servitude et d'obéissance à un chef " (page 227).

Le militant anti-apartheid Steve Bantu Bikou disait que " l'arme la plus puissante entre les mains de l'oppresseur est l'esprit de l'opprimé ".

Car la puissance de ceux qui nous gouvernent puise dans le désir d'asservissement des gouvernés. C'était là déjà une thèse formulée avec une élégance exquise par Etienne de la Boëtie dans un magnifique petit livre rédigé alors qu'il n'avait que 18 ans : le Discours de la servitude volontaire.

N'est-il pas grand temps d'en introduire la lecture et l'étude dans les classes de collège ou de lycée ?

Espérons simplement qu'il n'est pas déjà trop tard.

23/03/2008

Apprendre à regarder

London_versus_paris_2Parmi mes rites du week-end, il y a la lecture de l'hebdomadaire britannique The Economist auquel je suis abonné. Enfin, lecture est un bien grand mot. Disons plutôt que je feuillette rapidement le journal et me contente de lire les articles portant sur des thèmes qui m'intéressent. C'est ainsi que la semaine dernière, mon attention fut retenue par un papier intitulé "London and Paris - The rivals". Le propos consistait à comparer la situation présente des deux grandes villes (rivales ?) à la veille d'échéances électorales devant confirmer Ken Livingstone -dit le Rouge- et Bertrand Delanoë dans leur statut de maires respectivement de Londres et de Paris.

L'idée centrale développée par The Economist est sans surprise : entre les deux grandes métropoles, il y en aurait une en voie d'assoupissement (Paris), tandis que l'autre pèterait le feu (Londres). Pour habiter à Paris et pour me rendre 2 à 3 fois par an à Londres, c'est aussi ce que j'ai tendance à observer. Sur l'explication du boom londonien, The Economist offre une explication qui ne ferait pas sans doute plaisir à nos tenants du repli frileux sur une identité nationale équivoque. La clef du succès londonien tiendrait à son ouverture à l'immigration et à une capacité plus forte à gérer les contradictions inévitables résultant d'une croissance confinant parfois à l'anarchie. Les faits sont pourtant là : la capitale britannique jouirait d'un dynamisme économique & culturel fantastique à faire pâlir d'envie n'importe quelle métropole européenne. Nos jeunes concitoyens - qui ne sont pas tous des paresseux n'ayant d'autre ambition que de devenir fonctionnaires ou RMIstes comme le laisserait volontiers croire une frange de la population - ne s'y sont pas trompés. Ils sont 200.000 à vivre et travailler à Londres. En comparaison, il n'y a que 22.000 sujets de Sa gracieuse Majesté à Paris.

Mon propos n'est pourtant pas ici de discuter des mérites de l'article, ni de la légitimité des conclusions tirées. Mon propos renvoie au fait qu'après avoir terminé la lecture du papier, je n'ai pu m'empêcher de ressentir un vague malaise. En effet, il me semblait avoir remarqué à plusieurs reprises un biais dans la manière d'établir la comparaison entre les deux villes. Un biais subtil, certes, mais non moins présent et dans lequel certaines âmes chagrines cultivant une méfiance bien chevillée au corps devant tout ce qui vient de Grande-Bretagne verront une nouvelle manigance de la perfide Albion et de son affidé John Bull.

Intrigué par mon léger sentiment de malaise, je donne l'article en question à mon grand fils M. et lui demande me dire ce qu'il en pense après lecture. Deux heures plus tard, comme il n'est pas revenu vers moi, je lui demande s'il a pris connaissance de l'article. Et là, à ma plus grande surprise, il me fait la réplique suivante :

" Rien qu'avec la photo qu'ils ont mise en exergue, je ne risque pas de le lire ton article ", m'assène-t-il avec une pointe de mépris très génération Y.

Je lui demande de s'expliquer.

" Regarde ", rajoute-t-il. " D'un côté, ils ont pris une photo de Londres en plein jour. La lumière est claire. On voit un bateau sur le fleuve. On sent que la ville est active. De l'autre, c'est une image de crépuscule. Il n'y a pas le moindre mouvement à la surface de l'eau. On a l'impression que tout est à l'arrêt ".

Là, je dis "Chapeau bas". D'un coup, d'un seul, sans même le savoir, il vient de me donner l'explication au malaise que j'avais ressenti. Oui, l'article est biaisé et cela commence dès le choix iconographique.

Cela me rappelle une interview de l'académicien Pierre Rosenberg écoutée à la fin de l'année dernière sur France Culture à l'occasion de la sortie de son livre Dictionnaire amoureux du Louvre. A un moment donné, interrogé par Monique Canto-Sperber sur l'évolution de la fréquentation du Louvre, il déplorait qu'en l'espace d'une génération, les tableaux exposés au musée soient devenus pratiquement "illisibles" parce que les grilles d'interprétation auxquels ils font référence - les textes bibliques, l'Iliade et l'Odyssée, l'Enéide ou les Métamorphoses - étaient désormais très mal connues. Résultat : par delà l'émotion sensible immédiate née de la confrontation du regard et de l'oeuvre, comprendre l'intention de l'artiste devenait chose virtuellement impossible. Poussant plus loin son propos, Pierre Rosenberg regrettait par ailleurs que les jeunes générations ne recoivent pas un enseignement ad hoc pour les aider à décrypter les milliers d'images auxquelles elles sont exposées quotidiennement.

Car il est un vrai plaisir à pénétrer dans l'univers secret d'un producteur de représentation. Que ce soit afin de détromper les intentions partisanes d'un propagandiste ou pour embrasser celles, a priori plus bienvieillantes, d'un artiste de la Renaissance italienne, ce plaisir est celui de l'intelligence et de la sensibilité en action. En ce dimanche de Pâques, j'ai envie de vous faire partager celui que je viens d'éprouver après lecture de l'interprétation découverte sur le blog de Fromageplus de l'Adoration des bergers de Lorenzo Lotto.

Lotto_adoration_des_bergersNon, non. Il n'y a pas erreur. Il s'agit bien de découvrir comment l'histoire de la Passion (Pâques) est déjà présente dans ce tableau de la Nativité (Noël). Pour cela, il suffit de savoir regarder, c'est-à-dire de faire affleurer à la conscience les bonnes clefs de lecture. Comme le regard d'un ange par exemple...

C'est ici.

Joyeuses Pâques !

15/03/2008

Quand l'horizon est bouché, il reste le ciel.

Ghetto_vecchioDans son journal, l'écrivain et dramaturge Mihail Sebastian décrit l'art de survivre dans une Roumanie de l'entre-deux-guerres succombant aux sirènes de la droite et de l'antisémitisme les plus abjects. Alors que son quotidien s'assombrit au rythme des avanies et de la compromission de ses anciens amis de l'intelligentsia, Mihail Sebastian cède parfois au désespoir. Mais en parallèle, il déploie aussi une aptitude extraordinaire au bonheur. Il écrit, il reçoit, il aime. Il vit en somme. Parmi les petits événements qui lui redonnent du baume au coeur, il raconte une conversation en 1939 avec la princesse Elisabeth Bibesco. Au détour de leur échange, une répartie improbable de la grande dame. "J'aime les Juifs", dit-elle. "Je les aime passionnément. Ce n'est pas parce qu'ils sont malheureux. Non. Je les aime parce qu'ils éloignent l'horizon."

Immanence.

Il y a une dizaine de jours, alors que je me baladais dans les rues de Venise, je me rappelai que c'est là, dans cette cité aux mille reflets que fut inventé le ghetto. Dès le début - nous sommes en 1516, quelques années après le décret d'expulsion des Juifs d'Espagne - tous les composants de l'horreur à venir sont réunis : la stigmatisation par le port d'un signe distinctif, les restrictions économiques sous la forme d'autorisation / interdiction à exercer tel ou tel métier, les mesures vexatoires. C'est jusqu'à l'étymologie du mot - ghetto signifie fonderie en vénitien - qui n'est pas sans évoquer les métaux durs. Et puis il y a aussi bien sûr la ségrégation spatiale : à la nuit tombée, les Juifs du ghetto doivent rentrer dans un espace clos, réduit, fermé sur lui-même. Avec la réclusion forcée, c'est l'horizon qui se rapproche.

Je me suis rendu au ghetto vénitien entre chien et loup. L'endroit est à l'écart des grands chemins suivis par les touristes, dans un quartier populaire appelé Cannaregio. Il est banal et rien ne le distingue du reste de la ville. Ca et là, pourtant, une enseigne assortie d'une étoile de David ou des caractères hébraïques sur une vitrine rappellent qu'on est bien au ghetto.

Ghetto_panneauAprès avoir déambulé dans un dédale de venelles obscures, j'arrive enfin au coeur du " ghet[t]o vec[c]hio " ,le vieux ghetto. C'est une jolie placette aux contours irréguliers. Des immeubles de quatre étages enserrent le regard dans l'espace clos. Pourtant, au centre de ce décor sans ligne de fuite, il y a un grand arbre nu - un marronnier ? Les ramilles de sa couronne pointent vers le ciel.

Transcendance.   

23/02/2008

Les fraises de Nemi

Fraise_soloA l'époque où je me rendais régulièrement en Espagne pour raisons professionnelles, je plongeais mes interlocuteurs dans la plus totale perplexité lorsque je déclinais mon identité. Après avoir énoncé mon nom, je devais souvent faire face à un " ¿O qué? ", lourd de cette brutalité dont seuls les Espagnols sont capables quand ils parlent. Même en travestissant la prononciation de mon patronyme pour le rendre familier aux oreilles autochtones (vé-lio-tte), les résultats restaient incertains. Et puis un jour, alors que je m'étais éreinté pendant plusieurs minutes au téléphone avec une standardiste plus bouchée qu'à  l'ordinaire, je fus soudain surpris d'entendre un éclatant : "Ah... Bellot... como la bellota..." Au moment où j'entendis cette phrase, je n'avais pas la moindre idée de ce que pouvait bien être une "bellota". Pourtant, je savais que je venais de découvrir la parade ultime pour rendre mon nom enfin audible aux oreilles de Castille et de Navarre ! 

Je me renseignai sur le sens de la bellota. C'est tout simplement le fruit du chêne, le gland. En francais, se voir traité de "gland" est tout sauf glorieux. L'univers sémantique est trop influencé par la connotation sexuelle du mot. Le gland, en français, c'est un peu comme un con avec la paresse en plus. Autant vous le dire tout de go : me voir assimilé à un gland ne me réjouissait pas outre mesure. Pourtant, au fil de l'eau, je ne tardai pas à découvrir que le gland avait en Espagne une image des plus respectables. Ici, pas de connotation dépréciative. Le terme provient en ligne directe de l'arabe et en Espagne, le gland, c'est avant tout ce qui donne cette saveur si fondante au Jabugo, c'est-à-dire à ce qui se fait de mieux en matière de jambon dans un pays qui a fait de ce mets un véritable objet de vénération. Les Français, dans leur vision souvent avare, pusillanime et un rien méprisante de la vie, répugnent à donner de la confiture aux cochons ; les Espagnols eux ont trouvé beaucoup mieux, ils leur donnent des bellotas, des glands. Cela part d'une philosophie utilitariste de l'existence, que mon ami Guillaume sait rendre si parfaitement avec le proverbe picard : "Fais du bien à ton cochon, tu le retrouveras dans le saucisson."

La saveur du jabugo m'a été rappelée avec une puissante montée de salive en bouche en lisant le commentaire d'Anaik et surtout le merveilleux voyage culinaire du regretté André Pitte qu'elle m'a donné à découvrir, intitulé "Le voyage des papilles". Qu'elle en soit chaleureusement remerciée ici.

Soudain, je me suis revu, installé au zinc d'une cerveceria de la place Santa Ana à Madrid, alors que je me laissais aller à la douceur de la nuit qui tombait en picorant des tranches de Jabugo et un verre de Rioja bien en main. En parcourant la longue énumération des plaisirs gustatifs que pourrait éprouver un voyageur peu pressé parcourant les pourtours de la Méditerranée, je fis une expérience proprement hypnotique. Très vite, je me vis assailli par une avalanche de petits souvenirs, tous plus délicieux les uns que les autres. En vrac, je citerai le granité au citron un soir de grande chaleur en me baladant dans les rues désormais très in fashion de Trastevere, la langouste saisie sur la grille d'un barbecue sur le port de Sesimbra avant d'être violemment fendue par le mitan par un homme portant bigode (moustache) à la Brassens et arrosée d'un simple filet de beurre fondu, un tartufo affogato al caffè dans un quartier gris entre les barres HLM de Sesto San Giovanni, le sourire malicieux du marin grec apportant dans un restaurant de Microlimano une partie de sa pêche miraculeuse et me conseillant dans le choix d'une daurade, la poutargue d'Alghero en Sardaigne, le sentiment d'extase absolue en dégustant des fideos negros chez José (Cal Pep en catalan) près de Santa Maria del Mar à Barcelone, la chaleur d'un verre de cabernet-sauvignon de la Quinta da Bacalhoa quand il fait gris et froid sur Paris, un aïoli dans une guinguette de rien du tout avec des amis à Saint-Tropez après avoir traversé le golfe en bateau un jour de grand vent, une bagna cauda alla cuccina delle Langhe sur le corso Como à Milan, un verre de fino après m'être perdu dans les rues de la judaria de Séville ou encore la saveur inimitable des fraises à Nemi, dans l'arrière-pays romain, dégustées sans hâte dans la confusion d'images entremêlées où l'eau du cratère serait projetée dans les airs et le feu contenu dans des entrailles de la terre viendrait à se répandre avec douceur comme une dernière goutte de désir s'épanchant sur le corps de la femme aimée.

La Méditerranée serait-elle alors ce décor où, à l'abri de toute truculence, le bonheur se goûterait d'abord avec la bouche et où la vie ne serait plus que la recherche nonchalante d'une succession de plaisirs de langue ?

--

NB : Pour celles et ceux d'entre vous qui voudraient effectuer un voyage réjouissant pour les papilles, je ne saurai trop vous conseiller de vous plonger dans la lecture de L'Eau à la bouche de José Manuel Fajardo. Un véritable chef d'oeuvre ! A pedir de boca.

Pour reprendre le commentaire élogieux trouvé en me baladant sur la toile, un roman qui ouvre l'appétit de la lecture et se savoure du début à la fin (una novela que abre el apetito por la lectura y se saborea de principio a fin). Quant à la recette, je vous la laisse découvrir dans sa langue originelle :

INGREDIENTES:
París. Limas muy verdes. Una bailarina de cabaret rumana. Aguacates maduros. Un hombre marcado por el sabor de las ostras. Tequila bien frío. Pan con aceite. Recuerdos de una España que ya no existe y de un México lejano. Algunas lecturas inteligentes del Quijote o de Juan Rulfo. Emigrantes venidos de medio mundo. Sueños viejos y nuevos. Sensualidad.

ELABORACIÓN:
Mezclar los ingredientes con tiento y buen pulso, disfrutando del momento. Dejarse llevar. Chuparse los dedos (es placentero y erótico). Explorar nuevas sensaciones. Escuchar un bolero, aunque el libro tiene su propia canción.

RECOMENDADO:
Para quienes, a pesar de todo, aman la vida y no renuncian a buscar la felicidad.

Abonnez-vous

  • Pour être informé(e) dès que le contenu de ce blog est mis à jour...

Recevez une notification automatique

juillet 2008

dim. lun. mar. mer. jeu. ven. sam.
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    

Clin d'oeil

Emotions

  • Aiguilles, bas, et vous voilà sans dessus-dessous
    Sous la plume de Dominique, érotisme et poésie riment si bien ensemble.
  • Blog de littérature, art, photographie et poésie érotique
    Le boudoir de mademoiselle K. Erotique : tout simplement & très joliment.
  • Currenti Calamo (Italiano)
    Plongez dans une vision solaire du monde. Albert Camus aurait aimé, je crois.
  • Elseneur
    Are we "such stuff as dreams are made on" ? Is "our little life just rounded with a sleep" ? Pour les naufragés des tempêtes de la vie, les amoureux de Shakespeare en particulier et de la poésie en général.
  • Eric Lafforgue | Photographie
    Tour du monde de la diversité humaine : visages des quatre coins de la planète. Saisissant de beauté !
  • Gilles Jobin et ses Jobineries
    C'est ici que vous pourrez découvrir, parmi nombre de joyeusetés de tout poil, combien il peut y avoir de beauté dans le dialogue entre un professeur de mathématiques et un jeune enfant (rubrique "mathématiqueries").
  • Illustrations troublantes
    Marjolaine Larrivé est illustratrice. Avec un style bien à elle et un redoutable coup de crayon, elle donne un éclairage inattendu aux contes de notre enfance. Frais, érotique et jubilatoire.
  • Invitation au voyage
    Le regard de Bertrand porté sur le monde à partir de la vallée du paradis au Chili, Valparaiso.
  • La chambre noire de Gaëna
    Un appareil photo, une robe rouge et un onirisme d'une beauté troublante
  • Le Miroir de la Chouette
    Espiègleries outre-Atlantiques de Marie-Danièle. Surréalite et poétique à souhait.
  • Les mots croisés
    L'univers de Gaëna, toujours aussi onirique et délicieux, mais cette fois en mots et en chansons.
  • Momina - Rêveries d'art
    Digressions très personnelles autour d'un tableau. Beau, tout simplement.
  • Moon River (English)
    Pour vous laisser surprendre : un pied sur la terre ferme, mais la tête dans les nuages
  • Plaisirs de bouche
    A la table d'Anaik, aussi appelée "le confit c'est pas gras"... Quand la gastronomie s'allie à une écriture fine, c'est le plaisir qui est décuplé. A déguster sans modération, l'oeil pétillant et la papille en émoi.
  • Terres de femmes
    Le monde d'Angèle Paoli : vu à partir de l'île de Beauté, le monde n'en est que plus merveilleux.

Diapo-Roma

Sur ma table de chevet

  • Mario Vargas Llosa: Tours et détours de la vilaine fille (ISBN 2-07-078083-X)
    Elle est l'archétype de la garce ; il est l'emblème du ballot. Pourtant, à eux deux, ils tissent une admirable histoire d'amour, sans la moindre mièvrerie ("huachaferia" en limésien, traduit en "cucuterie" dans le livre). (****)
  • W. Wilkie Collins: Quand la nuit tombe (ISBN 2-7529-0220-4)
    Anecdotes et expériences curieuses de la vie d'un artiste itinérant. 6 superbes nouvelles un rien empreintes de mystère écrites dans un style très pur par un contemporain de Charles Dickens. (***)
  • Javier Cercas: A la vitesse de la lumière (ISBN 2-7427-6276-0)
    Deux destins se croisent : un ancien du Vietnâm et un jeune maître-assistant espagnol partagent le même bureau au département de langues d'une université du mid-west. Le premier paraît terne. Pourtant, il a connu l'ivresse de la guerre façon Apocalyse Now. Le deuxième découvre la réussite à la sortie de son quatrième roman, avant de déchoir brutalement. A la croisée de leurs chemins, une rencontre improbable et un petit chef d'oeuvre. (****)
  • Andrea Camilleri: Le Roi Zosimo (ISBN 2-253-10911-8)

    Andrea Camilleri: Le Roi Zosimo (ISBN 2-253-10911-8)
    Avant de lire cet ouvrage truculent, baroque et un rien déjanté, je croyais que seule Barcelone en 1936 avait vécu un intermède d'an-archie. Agrigente aussi. C'était en 1718. (*****)

  • Nicole Krauss: L'histoire de l'amour (ISBN 2-07-077308-6)
    A New York, une jeune fille et un vieillard donnent un visage à une histoire d'amour, sur fond de diaspora. Entre eux : un prénom magique, Alma, et un livre prophétiquement appelé 'histoire de l'amour'. Superbe ! (*****)
  • Ryszard Kapuscinski: Mes Voyages avec Hérodote (ISBN 2-259-20252-7)
    Le grand reporter polonais nous fait découvrir la diversité du monde au travers de ses pérégrinations dans l'espace : Chine, Inde, Ethiopie, Algérie... Chemin faisant, il nous livre son expérience à la lueur du grand conflit Europe / Asie tel que relaté par Hérodote dans son "Enquête" monumentale. Voyage dans le temps et dans l'espace à la fois, avec moult mises en parallèle, anecdotes et digressions sur la diversité et la richesse du monde. Enthousiasmant ! (*****)
  • Michel Butor: La Modification (ISBN 2-7073-0312-7)
    L'ouvrage de référence du Nouveau Roman. Paris - Rome en train. Départ de Paris avec la ferme assurance de quitter femme & enfants pour refaire votre vie avec Cécile, votre maîtresse romaine ; arrivée à Roma Termini avec la certitude désespérée que rien ne changera. La modification : ce sont les tours & détours, les cheminements tortueux de votre esprit durant ce périple ferré, l'abandon final de votre projet d'origine. (***)
  • Erik Orsenna: Voyage aux pays du coton - Petit précis de mondialisation (ISBN 2-213-62527-1)
    Parcours aux 4 coins du monde (Mauritanie, Etats-Unis, Egypte, Ouzbekistan, Chine, France) autour d'une matière première -- le coton -- pour comprendre les mécaniques en oeuvre dans un processus "mondialisé" de longue date. Entre les tenants de la modification génétique (les brésiliens), les gardiens de la tradition (les égyptiens), les productivistes (ouzbeks), les protectionistes tournés vers le client(américains), les laissés-pour-compte (mauritaniens), les capitalistes anti-démocratiques (chinois), ce ne sont que fleurets mouchetés, trahisons & perfidies subtiles dans un climat d'interdépendance souriante. Une pérégrination admirablement racontée par Erik Orsenna. (*****)
  • Anne Nivat: Islamistes - Comment ils nous voient (ISBN 2-213-62862-9)
    Précieux : l'auteur se contente de relater ce qu'elle entend au fil de ses pérégrinations en Afghanistan, au Pakistan et en Iraq, de la bouche d'islamistes, c'est-à-dire de personnes obéissant aux préceptes du Coran. En s'éloignant délibérément du jugement et en accomplissant de la plus belle des manières son métier de grand reporter, Anne Nivat rend justice à la vérité. (****)

Filiations électives

Audience

  • Wikio - Top des blogs
Blog powered by TypePad
Membre depuis 10/2005