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Economie de l'immatériel

  • Bertrand Duperrin (Français... mais avec une version en anglais, as well)
    Pour découvrir les mutations sociétales induites par la dissémination des nouvelles technologies et notamment ce que le "Web 2.0" va changer dans notre manière d'échanger avec les autres.
  • Chris Anderson (The Long Tail - English)
    L'un des concepts les plus novateurs de l'économie de l'immatériel. Maintenant que les marchands ne sont plus contraints par la disponibilité d'espace pour vendre leurs produits, les consommateurs voient leur liberté de choix s'élargir. Et ils s'en donnent à coeur joie. Sus à la tyrannie des hits ! A nous les éditions limitées, incunables, épreuves rares. Si vous ne voulez pas rester à la traîne de cette révolution en marche, je vous invite à faire un tour ici.
  • Claude Aschenbrenner (SerialMapper - Français)
    La carte n'est pas le territoire. Certes. Mais elle dit tant de choses sur notre façon de nous représenter le monde. Un délice.
  • Collectif de créateurs d'entreprises en série (Entreprise facile - Français)
    Vous voulez échapper à la tyrannie du salariat ? Vous vous défiez des slogans de gauche (le "travaillez moins pour que plus parmi nous travaillent" de Mme Aubry) ou ceux de droite (le désormais célèbre "Tavaillez plus pour gagner plus" de M. Sarkozy repris en écho par Mme Lagarde) ? Vous avez envie de *** CREER *** votre entreprise ? Alors, c'est ici que ça se passe : le vade mecum indispensable pour les candidats à la création d'entreprise et un excellent site de référence pour ceux qui ont déjà fait le pas.
  • Garr Reynolds (English)
    Je ne sais pas vous, mais moi, je suis chaque jour affolé de voir combien les compétences dans l'art de présenter ont du mal à se répandre dans le corps social. Les technologies censées nous aider (PowerPoint et cie) n'y changent pas grand chose. Pire, on dirait que leur utilisation agit comme un amplificateur des lacunes. Ces dernières deviennent criantes. Alors si vous voulez confronter vos pratiques aux considérations d'un expert, faites un petit tour par ici.
  • Guy Kawasaki (How to Change the World - English)
    Quand on a été aux commandes du marketing aux côtés de Steve Jobs lors du lancement du Mcintosh et qu'on a participé en tant que capital-risqueur au lancement de nombre de sociétés dans la Silicon Valley, fatalement on a des choses intéressantes à raconter...
  • Jacques Froissant (Français)
    Le registre de ce qui bouge dans la high-tech en France. Un observatoire aussi des opportunités de travail qui en découlent.
  • Jean Michel Billaut (Français)
    Pas besoin d'avoir 20 ans pour être un "as" des nouvelles technologies. La preuve.
  • Jean Véronis ("Technologies du Langage" en français)
    La vision de l'universitaire, bien ancrée sur la réalité.
  • Kathy Sierra (Create Passionate Users - English)
    Une vision iconoclaste et rafraîchissante sur les nouvelles règles de bon comportement dans l'économie de l'immatériel
  • Nouvelles tendances, technologie, innovation (Yoann Derriennic)
    "Stay hungry, stay foolish" (Steve Jobs, en 2005 devant un parterre d'étudiants de Stanford)
  • Vanina Delobelle (Français)
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Economie de l'immatériel

30/04/2008

Du "bootcamp" au "barcamp"

Ru_de_travailQuand, il y a plus de 20 ans, j'ai commencé à travailler comme salarié dans une grande entreprise d'informatique, il n'y avait pas 36 façons d'organiser l'espace de travail. Tout était structuré autour d'un espace clos, plus ou moins privatif, appelé "bureau". Les années se sont succédé. J'ai vu les cloisons disparaître progressivement : le bureau s'est dissous, tiraillé entre deux tensions contradictoires mais tout aussi dévastatrices venues des Etats-Unis. D'un côté, on a assisté au déploiement des espaces de travail ouverts, appelés "open spaces". Mais au même moment, on voyait se développer le concept de la cage à poule appliqué au lieu de travail, le fameux cubicle (prononcer CU-BI-KEUL) popularisé par l'inénarrable Dilbert de Scott Adams. Dans tous les cas de figure, que nous occupions un bureau traditionnel, un open space ou un cubicle, nous restions en présence d'espaces de travail spécialisés, c'est-à-dire dont l'usage est prévisible & codifié.

La semaine dernière, j'animai un atelier de formation au processus de vente pour le compte d'une société spécialisée dans l'édition de logiciels de réseaux sociaux d'entreprise. L'atelier s'est tenu du lundi au mercredi inclus dans un lieu qui m'était inconnu jusque là : la Cantine de Silicon Sentier. Avec un nom pareil, je m'attendais bien à ce que ce soit un espace high-tech & multi-fonctions pour geeks travaillant dans des start-ups Web 2.0. Ce que je découvris dépassa mes espérances. L'espace était bien multi-fonctions, mais à un degré que je ne soupçonnais pas. Jugez vous-même. En trois jours, dans un espace d'un seul tenant et sans cloison, parmi les activités qui se sont déroulées à La Cantine, j'ai dénombré :

  • la fête de lancement d'une start-up dont j'ai déjà oublié le nom (argh, mémoire ennemie...) ;
  • une réunion de sociologues devisant sur l'impact des réseaux sociaux dans la gestion de notre identité ;
  • le séminaire de lancement d'une société de vente en ligne - les roseaux sauvages - restreignant son domaine d'intervention et réservant son savoir-faire aux seules sociétés oeuvrant dans le commerce équitable ;
  • une autre formation que la mienne portant sur l'utilisation d'un logiciel libre de reporting & de décisionnel : JasperSoft
  • des petits groupes de 2 à 4 personnes se réunissant de façon ad-hoc et profitant de la richesse des équipements (internet sans fil, dispositifs de projection) pour travailler ensemble. Après enquête, j'appris que cette pratique portait un nom bien de chez nous : le coworking ;
  • des discussions détendues & sympathiques au bar avec Marie-Noëline, Marie ou Nathanaël, les animateurs de ce lieu hors du commun.

Laurent_fagC'est justement durant l'une de ces discussions-détente que je me fis expliquer l'une des originalités du lieu : l'organisation de barcamps. Un barcamp, c'est un ensemble de gens qui se regroupent autour d'un centre d'intérêt commun et qui partagent du savoir, des expériences et du fun, à travers des ateliers tenus de façon ad-hoc. Cette démarche s'affirme en opposition aux conférences traditionnelles où un détenteur de savoir bavard instruit une audience silencieuse. Elle entend favoriser l'émergence de connexions inattendues, nées de la rencontre inopinée de talents. Bienvenue à la sérendipité !

Est-ce le signe de mon vieillissement ? Il se trouve que plus ça va, plus j'apprécie & j'admire les jeunes d'aujourd'hui. Quand je pense qu'il y a peine 10 ans, alors que je travaillais dans une entreprise de haute technologie, on me demanda d'organiser un "bootcamp", c'est-à-dire de formaliser le parcours d'intégration des nouveaux embauchés... Le terme était hérité de l'argot militaire US puisqu'il désignait la période d'instruction initiale réservée aux bleus, aux bizuts. C'est dire !

Ces trois jours passés à la Cantine de Silicon Sentier furent pour moi un véritable moment de fraîcheur. Ce fut aussi le rappel, en tout point réjouissant, de notre capacité collective intarissable à inventer les nouvelles formes de notre manière d'être au monde. Désormais, les technologies nous affranchissent de plus en plus de la nécessité d'être attaché à un lieu. Notre adresse n'est plus de pierre et de béton ; elle est faite de bits & bytes et l'arobase a remplacé la désignation de la rue. Comme nous n'avons plus de port d'attache, nous avons besoin d'oasis d'un nouveau genre. Dans ces caravansérails du nomadisme moderne, les bootcamps rappelant la vision militaire de notre organisation sociale des XIXè et XXè siècles, cédent la place devant des formes nouvelles de stimulation de l'intelligence collective dont les barcamps ne sont que l'une des manifestations.

La Cantine préfigure avec génie ces espaces de demain où travail, échanges d'expéreiences, partage de savoirs et activités ludiques se combinent avec harmonie.

--

A voir : la vidéo de présentation de La Cantine, réalisée lors de son inauguration cet hiver en présence de MM. Huchon et Delanoë.

27/01/2008

Rapport de la "commission Attali" : découvrir avant de juger

Jacques_attaliLe rapport de la commission pour la "libération de la croissance française" (site) vient à peine d'être rendu public que déjà les critiques déferlent. Chaque organe de presse y va de sa diatribe au gré des phobies sur lesquelles il bâtit son fonds de commerce. Rajoutez à cela une touche de "sensationnalisme" et le tour est joué. Dès le 10 janvier, sous le titre  "les deux bombes du rapport Attali", le Figaro mettait l'accent sur la relance de l'immigration et la disparition progressive des départements. De quoi créer une bonne poussée de frayeur auprès d'un électorat réputé conservateur... A l'autre bord, l'édition de Libération du 24 janvier présentait un article de politique-fiction intitulé "Ce que sera la France dans 10 ans si on applique le rapport Attali". Au gré des aventures d'un héros nommé Cédric Blanchard, vous découvririez que les chauffeurs de taxi, dont le nombre se serait accru considérablement, n'auraient plus désormais de quoi nourrir leur famille ; vous rencontreriez des chercheurs nantis de contrats de 4 ans renouvelables 2 fois et des fonctionnaires schizophréniques pour qui l'obtention de leur prime de fin d'année dépendrait de leur capacité à dématérialiser leur activité et donc à se rendre... superflu ou, pour reprendre ce délicieux euphémisme de nos amis anglo-saxons : redundant, soit bon-à-lourder-blafard en bon parler bien de chez nous. Vous l'avez compris. Cette fois, c'étaient les fantasmes liés aux prétendus méfaits du libéralisme qui étaient mis en avant : misère, précarité et stress pour n'en citer que quelques uns.

Dans son édition du 18 janvier, Claire Guélaud donne elle dans le Monde une vision plus descriptive du contenu du rapport. Il y a 8 "ambitions" :

  1. Préparer la jeunesse à l'économie du savoir et de la prise de risque,
  2. Participer pleinement à la croissance mondiale et devenir champion de la nouvelle croissance,
  3. Améliorer la compétitivité des entreprises françaises et en particulier des PME,
  4. Construire une société de plein-emploi,
  5. Supprimer les rentes, réduire les privilèges et favoriser les mobilités,
  6. Créer de nouvelles sécurités à la mesure des instabilités croissantes,
  7. Instaurer une nouvelle gouvernance au service de la croissance,
  8. Ne pas mettre le niveau de vie d'aujourd'hui à la charge des générations futures.

Ces ambitions se déclinent ensuite en 20 "décisions fondamentales" et 316 "décisions" élémentaires, visant à relancer la croissance dans notre pays.

Ouf... Cela fait du bien ! En effet, avant de s'emballer dans l'expression de visions partisanes ou l'énoncé d'opinions sans appel reflétant sa propre opinion sur ce qu'il serait bon de faire ou non pour notre pays, n'y a-t-il pas quelque bénéfice à lire - tout simplement lire - puis s'imprégner de ce que la quarantaine d'experts de la commission Attali nous ont concocté ?

Si vous partagez ce point de vue, je vous invite alors à télécharger le rapport de la commission ( cliquez ici pour accéder au document au format pdf  ). Enfin, je ne saurais trop vous recommander par ailleurs d'écouter l'émission de France Culture d'hier consacrée à ce thème. Vous y découvrirez comment s'est déroulé le projet ; vous pourrez aussi entendre - de la bouche de Jacques Attali lui-même - que les trois piliers sur lesquels reposent la mutation de notre pays vers plus de dynamisme passe par :

  • un accent sur les conditions de développement et de transmission des connaissances, comme vecteur d'introduction de notre pays dans l'économie du savoir ;
  • l'accroissement des mobilités -sociales, professionnelles, géographiques- pour faire saute les barrières sur lesquelles se lignifient nos existences ;
  • un changement de "gouvernance" notamment au sein des pouvoirs publics

Cela permet de relativiser le poids donné à certaines mesures à des fins polémiques. Ainsi, la suppression du numerus clausus pour les taxis, les notaires ou les pharmaciens représentent 3 décisions sur un total de 316, soit moins de 1% du contenu du rapport. Quid des 313 restantes ?

Et puis, comme souvent en matière politique, il me semble que ce n'est qu'une fois que nous serons dûment informés, que nous serons le mieux armés pour entamer un débat contradictoire. Vous ne croyez pas ?

24/12/2007

L'information veut être libre... ou bien extrêmement chère !

Mehdi_la_guitareLorsque je rentrai chez moi jeudi soir, je tombai nez à nez avec des amis de mon grand fils M. : Jimmy et Mehdi. Ce dernier se trouve être par ailleurs le guitariste et chanteur d'un groupe de rock appelé Orphee's cry, alias OC. Alors bien sûr, nous avons parlé musique. Il m'a fait écouter la dernière création de son groupe : un single appelé Nymphomaniac. Je lui ai dit que ça avait un air de famille avec The Cure, un groupe qui m'avait pas mal marqué quand j'avais 20 ans. Voire, je lui affirmai que sa voix ressemblait beaucoup à celle de Robert Smith.

Mehdi m'a aussi expliqué comment il comptait développer son business autour de la musique. Son approche est simple : elle consiste à faire connaître les créations du groupe en les publiant sur mySpace. Ce faisant, il a réussi a développer une communauté de fans qui suivent l'activité du groupe. Ces inconditionnels d'OC se rendent régulièrement aux concerts donnés par le groupe. Ils y font la claque et pour peu que leur groupe fétiche participe à une compétition dont l'issue se jouera aux voix, comme récemment dans le cadre de leur participation au festival Fallenfest, leur présence sera déterminante. Résultat : Orphee's Cry vient de se qualifier pour les demi-finales et a gagné ce faisant la possibilité de se produire en février au Trabendo. Excusez du peu.

La démarche de Mehdi et de ses acolytes me rappelle le modèle économique décrit par Chris Anderson dans la conférence qu'il a donnée récemment à l'événement Nokia World sur le thème de l'économie du gratuit. Grâce aux techniques de digitalisation, le coût marginal de diffusion d'un morceau de musique est proche de zéro. "Traitez le produit qui en résulte (CD) comme s'il valait zéro", conseille Chris. Il enchaîne ensuite : "Profitez de la baisse drastique du coût des réseaux pour diffuser vos créations au plus grand nombre. Si ce que vous faites a de la valeur, vous aurez tôt fait de réunir autour de vous et de votre produit, une communauté de fans". Enfin, "une fois que votre cercle d'adorateurs sera constitué, fort d'individus littéralement passionnés par ce que vous faites, ces derniers seront capables de payer le prix fort pour vous voir vous produire en live".

Dans cette nouvelle économie digitale, le coût marginal du produit (enregistrement, vidéo) vaut epsilon. C'est pour cela que vous pouvez le consulter gratuitement sur le web. En revanche, un concert de votre groupe préféré constituera une expérience unique s'inscrivant dans un espace (un certain nombre de places disponibles dans une salle) et un temps (le jj/mm/aaaa entre 21 heures et 23 heures) bien délimités. C'est pour ça que les places de concert d'un groupe célèbre se vendent entre 40 et 100 euros l'unité. Là est le paradoxe : comme un concert comprend environ 20 titres, cela revient à un coût unitaire de 2 à 5 euros le titre - et sans possibilité de le réécouter !

Mais voilà, avec la baisse spectaculaire des coûts de la technologie, une nouvelle donne économique est en train de voir le jour. Alors que la valeur du produit tend vers 0, la valeur de l'expérience vivante correspondante croît. Le titre enregistré ne vaut plus rien (récemment, certains artistes comme Radiohead ou Prince sont même allés jusqu'à offrir gratuitement le CD ou le téléchargement de leurs dernières créations). Il devient juste un vecteur de buzz et de trafic pour vous faire désirer assister à la version live. Et là, il vous faudra casser votre tirelire ! 

Le mot d'ordre de l'artiste devient alors quelque chose comme : "Accédez à mes créations au moindre coût - voire, piratez-moi ! C'est le prix à payer pour que naisse et mûrisse en vous le désir de venir me voir quand je me produirai sur scène" . Malheureusement, dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres et à en croire les conclusions du rapport Olivennes commandité par notre président, on ne peut que regretter que les hommes qui nous gouvernent s'obstinent - par conservatisme ? par ignorance ? par volonté de préserver leurs privilèges ? - à ne pas entendre la clameur qui monte de la rue.

23/07/2007

20 / 43 / 37

Inutile de vous triturer les méninges. Je ne vous demanderai pas de chercher le nombre qui suit dans la série car il n'y a pas de corrélation cachée entre ces nombres. Ou plutôt si, il en existe une mais qui ne relève pas de la logique ni de l'arithmétique. Ce qui lie ces nombres c'est que, moyennant une association avec certains substantifs anglais - respectivement { questions } , { things } et { signals } , ce sont les noms de jeunes entreprises emblématiques du monde qui se profile devant nous.

  • 20Q ou 20 Questions

Ce site est rigolo. Je le rangerais dans la catégorie "tititainment" pour reprendre le bon (jeu de) mot(s) d'Henry Kissinger. Vous le connaissez peut-être déjà. En y accédant, il vous est demandé de penser très fort soit à un animal, soit à un végétal, soit à un minéral. Une fois que votre choix est arrêté, le site relève le défi de trouver ce que vous cachez dans votre crâne en moins de 20 questions. Le plus troublant, c'est qu'en général, il y parvient plutôt bien. Voulez-vous essayer ? C'est ici.

  • 43 things

Ici, nous nous trouvons plus dans une émanation de la logique communautariste dont le développement est concomitant avec celui des technologies qui lui donnent un socle d'expression. Pensez cette fois à un ou plusieurs objectif(s) que vous rêveriez d'atteindre. Ca y est ? Vous le tenez, cet objectif ? Bien. Maintenant, répondez à la question suivante : " Cela vous dirait-il de dialoguer via internet avec un ensemble d'individus partageant le même objectif ou qui l'ont déjà atteint ? " Si votre réponse est oui, alors je vous invite à ouvrir un compte sur 43 things. C'est ici.

  • 37 signals

J'ai réservé la petite perle pour la fin. 37 signals offre une série de logiciels pour faire des choses simples comme gérer des projets, organiser sa semaine... Jusque là, rien de bien révolutionnaire. Là où les choses deviennent intéressantes, c'est qu'au-delà du fait de proposer des services d'utilisation extrêmement simple, 37 signals vous offre la possibilité de faire les choses de façon intelligente. Exemple : vendredi dernier, H. , un collègue et voisin me propose une idée para-professionnelle. L'idée me plaît ; on tope. Aussitôt, H. se met à l'ordinateur, accède à son compte sur 37 signals, déclare un nouveau projet - celui pour lequel nous venions de toper. Une page blanche s'affiche à l'écran et H. tape quelques lignes résumant les activités à entreprendre pour donner vie au projet. On peut mettre tout type de contenu dans la page projet ; c'est un peu comme si H. venait de créer un blog, mais alors, en bien plus simple à utiliser. Qui plus est ce "blog projet" n'est utilisable que par H. et moi. Après tout, c'est notre projet ; aucune raison donc d'en faire quelque chose appartenant au domaine public. Ce service vous intrigue, vous intéresse ? Alors, je vous engage à aller y faire un tour en cliquant ici.

Et puis, l'aventure de 37 signals ne se résume pas à la création d'un service nouveau & utile. Il y a dans l'esprit des fondateurs une véritable philosophie d'action qui pourrait à mon sens servir de viatique à quiconque entend s'engager dans une voie entrepreneuriale. Cette philosophie est explicitée dans un petit livre ( un manifeste, devrais-je écrire ) intitulé "Getting Real" et accessible notamment par téléchargement PDF via le web. Le propos des auteurs est par ailleurs superbement résumé en français sur le blog de Vincent Lemoign, "Born to Click". J'ai noté les 5 points suivants : 

1. Priorité au design - dessinez d'abord les écrans, ce que les utilisateurs verront. Privilégiez la simplicité dans la navigation et le volet esthétique. Le reste, entendre l'écriture des lignes de code, suivra.

2. Le respect du client - avec tout un chapelet de dispositions traduisant une considération authentique du client. A titre d'illustration, chez 37 signals, il n'y a pas de centre d'appel (call center) pour gérer les remontées de difficultés vécues par les clients ; ce sont directement les équipes de développement qui se coltinent les appels de clients mécontents. Comme ça, quand un problème (bug) se répète trop souvent, le programmeur en charge se trouve inondé d'appels. Une saine motivation pour corriger le bug au plus vite.

3. Des petites équipes projets de 2-3 personnes seulement, mais pluri-disciplinaires - comme chez Google.

4. Privilégier la recherche du plaisir au travail - car "un programmeur heureux travaille mieux"

5. Veiller à ce que les produits qui sortent des labos soient porteurs de la vision de leurs créateurs, au risque de ne pas plaire à tout le monde - Steve Jobs ne contredirait pas !

Il y a 5-6 ans, au moment de l'éclatement de la bulle spéculative sur les valeurs internet, certaines âmes chagrines faisaient des gorges chaudes de cette soi-disant "nouvelle économie". Pourtant, aujourd'hui, sans tambours ni trompettes, des valeurs comme Google, Amazon ou eBay se classent parmi les plus grandes entreprises mondiales de par leur capitalisation boursière et elles draînent derrière elles une myriade de petites sociétés aux perspectives bien prometteuses.

A ce propos, si vous souhaitez savoir autour de quelles sociétés se structurera l'économie de demain, je vous invite à consulter la carte établie par l'agence de design de Tokyo Information Architects. L'utilisation de la métaphore du plan de métro est particulièrement bien adaptée au contexte. Elle se trouve ici. J'ai découvert cette carte sur le blog de Claude Aschenbrenner consacré aux 1 000 et 1 façons de représenter visuellement un phénomène. Il s'appelle "Serial Mapper" ; c'est un vrai plaisir.

09/07/2007

Identité professionnelle 2.0

A la fin du siècle dernier, quand on voulait indiquer la nouveauté, on se contentait de prendre l'adjectif "nouveau" et on l'accolait tranquillement au substantif qui allait bien. C'est comme ça que nous avons vu naître la "nouvelle droite" (morte précocement), la "nouvelle économie" (d'une vigueur insolente à la fin des années 90, déclarée morte cliniquement après l'éclatement de la bulle spéculative autour des valeurs internet en 2001, puis renée de ses cendres en toute discrétion mais avec une vigueur étonnante), les "nouveaux riches" et j'en passe. De nos jours, l'adjectif "nouveau" n'a pas bonne presse. Il ne viendrait à personne l'idée de l'employer ; il sent trop le réchauffé, le rémugle. Mais comme il faut bien nommer ce qui est authentiquement neuf, eh bien on ruse. Internet est mort ? Soit, disons que c'est la version 1.0 qui est au cimetière, remplacée par son successeur naturel, la version 2.0. Le 2.0 envahit sereinement l'espace pour désigner la nouveauté et il sera d'autant plus facilement accepté que le domaine auquel il s'applique est proche du monde des hautes technologies.

Justement pour ne parler que de l'internet 2.0, il m'a été donné jeudi dernier d'assister à une soirée organisée par la société blueKiwi pour fêter la conclusion favorable d'une levée de fonds de 4 millions d'euros afin de financer son développement et notamment son démarrage à l'international. La société blueKiwi est emblématique de web 2.0 puisqu'elle permet à des dirigeants d'entreprise de favoriser l'émergence de communautés d'intérêt et de stimuler les logiques d'échange et de partage "égo-altruistes" au sein de leurs organisations en tirant parti de solutions techniques à base de blogs et de wikis.

Il y avait du beau monde présent. Beaucoup de personnes tout à fait à l'aise dans le monde de l'IM (messagerie instantanée façon MSN) ou du twitter (système de communication instantanée communautaire et multi-support). L'ambiance était détendue, les discussions étaient animées et les échanges de cartes de visite allaient bon train.

Mais quand je suis rentré chez moi ce soir-là et que j'ai posé sur la table les cartes de visite que j'avais collectées, je fus frappé de constater qu'elles pouvaient être classées en deux tas de taille à peu près identique, mais aux caractéristiques combien différentes. Il y avait d'un côté les cartes traditionnelles - on dirait aujourd'hui 1.0 pour faire bonne mesure.

Il est facile de les reconnaître car la première chose qui saute aux yeux, c'est le logo de la société.

Carte_de_visite_10Le nom de la personne est tout petit, lui. Toutes les autres informations caractérisent le lien que cette personne entretient avec son employeur : sa fonction d'une part et les différentes façons de la joindre d'autre part (courriel, téléphonne, etc).

En revanche, ce qui caractérise la carte de visite nouveau genre - 2.0, donc - c'est que l'employeur... a quasiment disparu du paysage. Tout est axé autour de l'individu, dont le nom est deveu lisible et occupe en lettres d'or le centre de l'espace. Les informations immédiatement autour du nom renseignent sur les différentes façons de rentrer en contact avec la personne.

Carte_de_visite_20Mais la chose la plus résolument nouvelle, il faut la rechercher dans le bandeau inférieur. Vous y découvrez une série de termes de taille, de police et de couleur différents n'entretenant qu'un lien vague les uns par rapport aux autres. De quoi s'agit-il ? Tout simplement d'une liste de domaines d'excellence ou d'affinités électives caractérisant la personne. C'est là que le porteur de la carte fait mention de sa passion pour la pêche à la mouche ou de son "otaku" pour l'oeuvre de Frida Kahlo.

Eût-il été concevable, il y a encore quelques années de se définir dans une soirée professionnelle autrement que par le nom de son employeur, sa fonction dans la boîte et son statut dans l'arbre hiérarchique ? Voilà un ordre qui est en train de vaciller sans bruit. Le triptyque jadis centré sur l'organisation d'appartenance est en train d'être remplacé discrètement par un autre triptyque centré sur l'individu cette fois : un nom, des domaines de compétence et des goûts personnels.

Aide-toi, redessine ta carte de visite !

   

01/07/2007

Dent-de-lion

Dents_de_lion Quand j'étais gamin, j'étais fasciné par les fleurs de pissenlit. Vous savez, quand la fleur a cet aspect de balle de coton, de boule de neige. Celle-là même qu'on appelle dent-de-lion, celle que tient l'allégorie d'Auriol qui sème à tout vent sur les couvertures des dictionnaires Larousse. A l'époque, j'aimais cueillir les tiges de pissenlit, porter la corolle à ma bouche, souffler dessus et voir les filaments blancs flotter dans l'azur au gré des courants d'air.

Maintenant, je vis dans la banlieue parisienne et là où je réside, je suis bien en peine de trouver des fleurs de pissenlit. En revanche, je passe des heures par jour devant un écran d'ordinateur. Or récemment, j'ai retrouvé dans le monde cathodique une sensation similaire à celle de mon enfance. Au détour de mes pérégrinations sur la toile, je suis tombé sur un programme transformant votre site web en graphique descriptif de sa structure. En l'exécutant, vous tombez sur quelque chose comme ça :

DentdelionMême si je suis bien incapable d'interpréter la signification de ce graphe, j'en admire la construction. Et puis cela a fait ressurgir une image tendre de mon enfance. Vous voulez essayer ? Rien de plus simple. Cliquez sur le lien ici et laissez-vous guider par les instructions.

Etonnant, non ?

16/05/2007

Chemin de carrière

CheminPas simple tous les jours de jouer dignement la partition de parent - de père, pour ce qui me concerne - en ce début de XXIème siècle. Surtout quand le plus grand de ses gamins a 14 ans révolus, mesure 1m80 et sait faire de superbes virgules au foot à faire pâlir d'envie le grand Ronaldinho. A 14 ans, il pourrait commencer à avoir des questions sur l'art et la manière d'aborder la vie active, rechercher un avis éclairé auprès de son "vieux" sur ce qu'il convient de choisir comme orientation, sur l'intérêt ou non d'étudier à l'étranger, etc. Le drame dans tout ça, c'est que le "vieux", pur produit de la génération post-mai-68 tant décriée récemment, du haut de ses 45 ans d'expérience n'a pas beaucoup de réponses prêtes à l'emploi en catalogue. Certes, comme tout un chacun, j'ai bien écouté les thèmes martelés par certain candidat à la présidence de la République sur la nécessaire revalorisation de la valeur travail, de l'effort, sur l'importance des mécanismes de promotion articulés autour du mérite... Mais bon, autant le dire tout net : ce discours m'a laissé de marbre, tant il me semblait prendre racine dans le grand chamboulement qu'a connu notre monde au... XIXème siècle. Archaïque & populo à souhait. Efficace & mobilisateur en diable. Mais, songe creux, en définitive.

L'équation travail - effort - mérite pouvait fonctionner sans heurt majeur quand l'ascenseur social montait. Mais qu'est-ce qu'on en fait quand l'ascenseur est à l'arrêt, c'est-à-dire quand, en tant que parent, je vis avec la perception chevillée au corps (et confortée par ailleurs par les statistiques et l'avis d'économistes sérieux) que mes enfants vont galérer plus que moi dans la vie active, que tout leur sera plus difficile, plus aléatoire.

Et puis quel exemple puis-je donner ? Celui d'un homme qui travaillait beaucoup, réussissait pas trop mal comme salarié, mais s'est enrichi grâce aux stock options (c'est-à-dire par le capital plus que par le travail) ? Celui du serviteur loyal qui s'est fait virer [option A] / a décidé de quitter l'entreprise [option B] à l'âge de 40 ans pour cause d'inadéquation par rapport aux orientations stratégiques de l'organisation ? Celui qui, bien qu'officiellement au chômage suite à un licenciement a refusé de toucher les ASSEDIC parce qu'il jugeait qu'il n'en avait pas la légitimité, mais traité de con ou d'irresponsable par son entourage sous le seul prétexte qu'il y avait droit ? Celui d'un gars qui a monté sa "multinationale - monopersonnelle" sur l'exploitation d'une expertise rare car à la croisée entre un savoir-faire métier (les processus de vente et leur alignement avec le marketing), un secteur d'activité particulier (l'édition logiciel) et un contexte (international avec possibilité d'intervention dans 5 différentes langues européennes) ? Je ne suis pas certain d'être capable de décrypter le sens de ce parcours - si tant est qu'il y en ait un. Ai-je travaillé dur ? Assurément. Pourtant, c'est grâce au capital que je me suis enrichi, pas via le travail. A la question de savoir si ma réussite passée s'inscrivait en reconnaissance d'un effort particulier ou de mon mérite, j'ai peur qu'il me faille admettre tout simplement que j'ai été, pendant un temps, au bon endroit au bon moment (1), c'est-à-dire que j'ai eu la chance de rejoindre un employeur au succès insolent lorsque j'y étais. Y ai-je contribué ? Assurément. Le succès aurait-il été aussi important sans moi ? Oui. Alors, où est le mérite ? Je ne sais pas.

Mais voilà. Ce matin - et j'aime quand la vie me réserve ce genre de surprise - en lisant avec attention l'interview de Penelope Trunk réalisée par Guy Kawasaki, j'ai eu confirmation d'un certain nombre de choses que je savais confusément, mais que personne ne m'avait encore dites.

Présentons d'abord les protagonistes : Guy Kawasaki est un capitaliste façon fin de XXème siècle - XXIème siècle naissant. Il est installé près de San Francisco dans la Silicon Valley. En sa qualité de "capital-risqueur" (venture capitalist), il gère un portefeuille d'actifs correspondant à des parts de capital dans des sociétés en démarrage ( les "start-ups" ou "jeunes pousses" ). A leur naissance, il leur apporte conseils & capitaux, finance l'amorce de leur développement, puis, dès que la société vole de ses propres ailes, il revend ses parts, fait une plus-value au passage - le capital, encore -, ce qui lui permet de financer de nouvelles sociétés, et ainsi de suite. Quant à Penelope Trunk, elle illustre le parcours typique (?) de l' American executive woman : elle tient aujoud'hui une colonne pour le Boston Globe et pour Yahoo! Finance. Auparavant, elle avait été dirigeante dans une entreprise de logiciel, avait fondé 2 sociétés, procédé à une introduction en bourse, géré une acquisition et une banqueroute. Avant de se lancer dans la vie active, elle était joueuse professionnelle de beach volley. Récemment, elle a écrit un livre intitulé "Brazen Careerist: The New Rules for Success".

L'entretien in extenso est disponible en anglais sur le blog de Guy Kawasaki. Je me suis contenté ici de reproduire un certain nombre de questions et réponses qui m'ont éclairé. C'est pratique, plein d'empirisme et de bon sens - mais tellement à contre-courant de choses que je vois ou entends, ici en France ! Jugez vous-même :

Penelope_trunk_1 Penelope_trunk_2

Penelope_trunk_4

Penelope_trunk_5Et puis, il y a cette dernière que j'affectionne tout particulièrement :

Penelope_trunk_6 Qui dit mieux ?

--

(1) A propos de "bon endroit" et de "bon moment", j'en réfère au commentaire de Tariq Krim (son blog), qui raconte dans le Monde daté du 17 mai (ici) comment il a abandonné le métier de journaliste alors qu'il représentait un grand quotidien économique français dans la Silicon Valley : Tariq_krim "J'étais en Californie, j'interviewais un patron d'un site de musique en ligne et j'ai pris conscience que je n'étais pas à la bonne place." Depuis lors, Tariq Krim a fondé la société Netvibes en 2005 et est devenu une "star" du Web 2.0. Un parcours qui n'est pas sans rappeler celui de Pierre Omydiar, d'origine française lui aussi, devenu en 10 ans l'une des figures les plus emblématiques de la "révolution Internet" et accessoirement la 4ème fortune de France en créant un site d'enchères en ligne désormais bien connu : eBay. Le travail, certes, mais avant tout la force de l'innovation et l'imagination au pouvoir... (...) ... Quoi ? J'ai écrit une bêtise ?

01/05/2007

Contresens

1er_mai_chicagoDécidément, je n'aurai jamais trouvé une élection présidentielle aussi exaltante et frustrante à la fois. Exaltante, parce que, pour la première fois depuis bien longtemps, il y a de la part des candidats une volonté nette, affichée, de mettre sur la place publique un éventail large d'enjeux. Il semble que nous ayons tracé un trait sur 2002 où, de façon proprement délirante, un seul thème - celui de la sécurité - avait accaparé pratiquement toutes les attentions. Mais, cette campagne apporte avec elle son lot de frustration : je trouve que la plupart des thèmes abordés le sont de façon superficielle, que les programmes manquent de cohérence interne à force de se vouloir universels et que les discours privilégient l'incantatoire à la recherche de sens. Voire, les programmes des deux derniers candidats en lice frisent souvent, à mon humble avis, le contre-sens total.

Comment m'expliquerez-vous par exemple que M. Sarkozy s'auto-proclame le défenseur de la valeur travail ou de la méritocratie d'un côté, alors qu'il préconise en parallèle la suppression des droits de succession ? N'y a-t-il pas là contradiction flagrante ?

Pourquoi Mme Royal s'entête-t-elle à prôner l'intervention systématique d'un Etat omniprésent et omnipotent, alors que notre pays est déjà obéré d'une dette énorme ? Devons-nous oblitérer encore plus l'avenir de nos enfants en leur faisant payer le prix de nos inconséquences ?

Lorsque Mme Aubry a proposé au Parlement la loi sur les 35 heures, je me souviens de ce commentaire d'un économiste britannique précisant qu'il s'agissait d'une excellente mesure... pour le XIXème siècle, Le XIXème siècle était une époque où la notion de travail se définissait par un poste, un lieu & une durée. Désormais, à l'ère des Blackberry et des déplacements aux 4 coins du monde, bien malin est celui qui me dira où s'exerce le travail et quelle doit en être la durée. Or, en écoutant Mme Royal et M. Sarkozy s'enflammer sur la défense des travailleurs, j'ai l'impression de faire un mauvais rêve. Car enfin, jusqu'à preuve du contraire, le "travail" au sens labeur, souffrance, capacité à se lever tôt, ne vaut pas tripette à la bourse des valeurs dans une économie moderne fondée sur la création de biens immatériels, c'est-à-dire où la valeur ajoutée vient de la matière grise et non plus d'une combinaison de sueur, d'effort et de masse volumique. 

Au moment où M. Sarkozy se prend pour l'héritier de Léon Blum ou de Jean Jaurès, les économistes aux Etats-Unis annoncent que dans les 8 années à venir, sur le seul territoire des USA, 42 millions d'emplois viendront à disparaître du fait de l'extension du phénomène de délocalisation à des postes de plus en plus sophistiqués. Résultat : là-bas, le débat est lancé pour savoir à quoi ressembleront les nouveaux métiers de remplacement, quelles filières d'enseignement doivent voir le jour pour préparer le pays à ce monde inédit, quelle articulation devra se manifester entre le monde du savoir d'un côté et celui du capital de l'autre pour que puissent émerger les richesses de demain. Quel écho ce genre de débat trouve-t-il chez nous ? Aucun. Nib. Rien. Nada. Et c'est bien connu, en l'absence d'Echo, rien ne peut empêcher Narcisse de se noyer dans le miroitement de son reflet incertain.

Au risque de choquer, je dirai qu'user de grandiloquence au service de valeurs du passé n'est pas rendre service au peuple de France. Cette belle énergie dont font preuve les candidats en lice pour le deuxième tour de l'élection présidentielle ne pourrait-elle pas être utilisée pour expliquer, sans catastrophisme mais sans complaisance non plus, que nous vivons dans une société capitaliste et non travailliste, que le choix de cet adjectif ne doit rien au hasard tant il est vrai que c'est du capital que naît le travail et non l'inverse ? Aussi, alors que nous sommes censés entrer de plain pied dans l'économie de la connaissance, n'y aurait-il pas intérêt à discuter des modalités de couplage entre la mobilisation du capital d'une part et l'exploitation de savoirs de plus en plus pointus d'autre part ? N'est-ce pas au détour de cette conjonction que seront générées les richesses de demain ? N'est-ce pas de ces richesses que découleront les emplois de demain ?

1er mai : c'est en chômant que nous rendons hommage aux travailleurs qui luttèrent au XIXème siècle et au début du XXème pour que nous ayons à travailler moins ou dans de meilleures conditions. De quels engagements, de quels combats d'aujourd'hui nos enfants pourront-ils porter fièrement l'étendard pour faire la fête demain ?

 

   

24/03/2007

La boîte de chocolats de Forrest (Gump !)

Forrest_gump_2En ce moment, le blog qui fait la "une" de typepad est celui de Jack in the Box (JITB), une société spécialisée dans le "proposal management", comprendre l'automatisation de la gestion des propositions commerciales. Dans leur interview, les membres de l'équipe éditoriale de JITB répondent à une série de questions sur les apports du blog dans la stratégie de communication de la société, des conseils à donner à un nouveau venu dans la blogosphère, ou sur l'existence d'histoires sympas à partager.

A la question : " Auriez-vous d'autres blogs à recommander et pourquoi ? ", j'ai eu la surprise de lire que mon blog était cité aux côtés du Petit Musée des Marques, un puits d'informations, d'anecdotes et de joyeusetés (voir le bétisier, notamment) sur les marques. Et puis il y a ce commentaire : "Le blog de Jean-Marc Bellot (...) c'est comme la boîte aux chocolats de Forrest Gump, version tuile aux amandes : on ne sait jamais ce qu'on va y trouver, mais on sait que ça sera croustillant."

Il était difficile de me faire plus plaisir. En mettant en avant le caractère imprévisible que peut revêtir une visite sur ce site, en soulignant le côté "p'tit bonheur la chance", vous touchez une des valeurs clés qui me font aimer la vie : sa part d'aléa, de hasard. En indiquant que ces interactions sont croustillantes comme une tuile aux amandes, je jubile du plaisir que vous en tirez. Hasard et plaisir réunis. Les Anglais ont ce joli mot de serendipity pour désigner cette conjonction. Un mot qui rentre en douceur dans notre vocabulaire avec le néologisme sérendipité. J'en ai repéré la présence ici et . Ailleurs. Là-bas aussi.

A en croire le (superbe !) garde-mots d'Alain Horvilleur, la sérendipité serait à la croisée des chemins entre eudémonisme, épicurisme, hédonisme, stoïcisme et ataraxie. En passant, vous ne trouvez pas étrange que les Grecs anciens aient eu besoin de tant de mots pour dire les variations du plaisir ou de la recherche du bonheur ? Voilà qui devrait conforter - si besoin était - Michel Onfray et Pierre Combescot sur le fait que nos aïeux véhiculaient des valeurs moins cul-serré que celles qui prévalent dans une société sans doute très libérale mais si peu libre, libertine ou libertaire. Dommage que l'image de la Grèce antique qui passe actuellement au cinéma soit celle de l'ordre militaire de Sparte (300 de Zack Snyder). Nous sommes si loin du désordre érotique de Lesbos. Et puis quatre verbes différents pour dire l'amour chez les Grecs anciens (philein, stergein, eran, agapan), cela mériterait bien au moins un film, non ?

Pour les apôtres de la modernité et de la technologie, la sérendipité se conjugue avec la place grandissante de la fonction "random" dans des dispositifs les plus sophistiqués.

Life_is_randomC'est le fameux "iPod Shuffle" grâce auquel l'ordre de défilement des mélodies enregistrées est confié au hasard. C'est ce supplément de plaisir procuré par une touche d'inattendu dans un décor balisé.

Pour Kathy Sierra, une des grandes bâtisseuses de tendances de la Silicon Valley, la démarche d'Apple consistant à instiller de l'aléatoire dans la conception de produits de technologie devrait même être envisagée de façon plus systématique.

Serendipit_blogging_4l Alors pour revenir à ce blog, si je parviens à vous procurer cette part d'aléa ou d'inattendu qui donnent le "plus plaisir", vous m'en voyez ravi.

Ce sera la part de l'ange, cette partie du vin qui s'évapore des fûts pour le plus grand contentement des séraphins, trones et autres chérubins. Car il semblerait qu'eux aussi, tout ailés et proches du divin qu'ils soient, ils aient leur comptant d'ordre et de hiérarchie à se coltiner. Il leur faut donc bien, en contrepartie, cette légère ivresse, cette étincelle d'où procède le sourire.

Et vous ?

Quelle dose de sérendipité allez-vous rechercher ou provoquer aujourd'hui ?

08/03/2007

Pirates, corsaires & flibustiers

PirateVous est-il arrivé de recevoir un courriel non sollicité d'une veuve africaine éplorée vous expliquant qu'après l'assassinat de son mari, elle hérite d'un pécule de plusieurs dizaines de millions de dollars ? Malheureusement, des "méchants" l'empêchent de disposer à sa guise du compte de feu son époux. Alors, elle vous supplie de l'aider. Elle vous fait savoir qu'elle se montrera généreuse et pourra vous laisser jusqu'à 10% du pécule si vous l'autorisez à sortir l'argent de son pays pour le transférer sur votre compte. Elle dit avoir confiance en vous, que vous aurez la délicatesse de lui laisser disposer des millions de dollars une fois qu'ils auront atterri sur votre compte en banque. Naturellement, comme l'histoire est émouvante et que vous êtes d'un naturel bonne pâte, vous décidez de donner une suite favorable aux doléances de la solliciteuse. Elle vous demande alors de lui transmettre vos coordonnées bancaires. Cela va de soi, non ? Pourtant, c'est à partir de ce moment que les ennuis commencent. Non seulement vous ne verrez jamais la couleur des millions de dollars soi-disant bloqués, mais vous aurez le malheur de découvrir un beau matin votre compte pillé, dévasté, sans le moindre sou vaillant à son crédit. Adieu, veaux, vaches, cochons, petites ou grandes économies...

Vous trouvez ce scénario aberrant ? Personne selon vous serait assez stupide pour tomber dans un panneau aussi grossier ? A voir. Selon un article de Julien Tarby consacré au piratage informatique et paru à la une du Nouvel Economiste du 1er mars, "20 millions de spams (*) nigérians sont envoyés chaque jour, rapportant plus de 4 milliards de $, soit la deuxième entrée en devises dans le pays après les revenus du pétrole !"

Incroyable, non ?

La lecture de l'article de Julien Tarby est passionnante. J'y ai aussi découvert qu'il y avait 6 grands réseaux de flibusterie électronique dans le monde. Outre la filière nigériane ou sub-saharienne que je viens d'évoquer, il y aurait aussi les russophones, les brésiliens, les anglophones, les asiatiques et les djihadistes. Comme du temps où pirates & corsaires Anglais, Espagnols, Néerlandais et Français se disputaient le contrôle des mers et contribuaient délibérément ou non à l'agrandissement des empires coloniaux européens, c'est une activité internationale. A ce titre, il est amusant de constater que l'étymologie de pirate renvoie à l'action d'entreprendre, de tenter le sort en grec ancien. Le mot corsaire vient de l'arabe ; celui de flibustier du néerlandais.

Chaque filière du cybercrime a sa spécialité, opère de façon plus ou moins sophistiquée et recrute au berceau. J'ai passé récemment quelques jours à Saint-Malo, la cité corsaire par excellence, port d'attache de grands marins comme Jacques Cartier, Mahé de la Bourdonnais, Duguay-Trouin et bien sûr le grand Surcouf. En musardant au soleil sur le chemin de garde qui enceint la ville fortifiée, je songeais rêveur à l'époque dorée de la flibuste, à ces temps où enfant, vous embrassiez l'aventure en haute mer dès le plus jeune âge. Il fallait être mousse sur un navire avant de prétendre se faire un nom dans la profession. Aujourd'hui aussi, les pirates de l'électronique démarrent tôt et il n'est pas rare de les voir commencer leur activité criminelle en pleine adolescence, dès l'âge de 14 ans.

100_0517_2Avez-vous remarqué combien l'histoire du piratage accompagne l'évolution de l'épopée humaine à travers les âges ? Les pirates ont connu leur heure de gloire à partir des grandes découvertes maritimes. Leur terrain de jeu était la haute mer. Cette période dura jusqu'à la moitié du XIXème siècle. Puis vint la conquête des airs et avec elle naissait la génération des pirates de l'air.  Avec le développement des médias considérés pendant la deuxième moitié du XXème siècle comme le nouveau grand pouvoir, des radios et chaînes de TV pirates firent leur apparition.

Le piratage va vers toujours plus de légèreté : il a quitté la terre ferme pour l'élément liquide. Puis, il s'est développé dans les airs, mais encore dans des machines lourdes de matière. En s'emparant des ondes, puis des bits d'information, le piratage décroche de la matière. Comme le reste de l'économie, il bascule dans l'immatériel et le virtuel, notre nouvelle frontière.

Le piratage a toujours mis en selle les grandes communautés ou nations du moment. La flibuste opposait des ressortissants de grandes nations européennes au siècle des Lumières. Les pirates de l'air & des ondes revendiquaient souvent des grandes causes iédologiques avec suffixe en -isme. Désormais, le piratage met en présence des communautés linguistiques voire religieuses, plus vraiment des Etats ou des nations. 

Cela préfigure-t-il l'émergence d'une nouvelle carte des pouvoirs où les communautés (linguisitiques et/ou religieuses) détrôneraient les Etats/nations dans l'exercice du pouvoir ?

100_0521

Hissez haut ! Cap sur le futur...

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(*) Le terme de spam proviendrait du nom d'une marque américaine de jambon épicé - spiced ham - réputé particulièrement infect. Spam est joliment traduit en français par pourriel, courriel ou mail pourri, en somme.

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Diapo-Roma

Sur ma table de chevet

  • Mario Vargas Llosa: Tours et détours de la vilaine fille (ISBN 2-07-078083-X)
    Elle est l'archétype de la garce ; il est l'emblème du ballot. Pourtant, à eux deux, ils tissent une admirable histoire d'amour, sans la moindre mièvrerie ("huachaferia" en limésien, traduit en "cucuterie" dans le livre). (****)
  • W. Wilkie Collins: Quand la nuit tombe (ISBN 2-7529-0220-4)
    Anecdotes et expériences curieuses de la vie d'un artiste itinérant. 6 superbes nouvelles un rien empreintes de mystère écrites dans un style très pur par un contemporain de Charles Dickens. (***)
  • Javier Cercas: A la vitesse de la lumière (ISBN 2-7427-6276-0)
    Deux destins se croisent : un ancien du Vietnâm et un jeune maître-assistant espagnol partagent le même bureau au département de langues d'une université du mid-west. Le premier paraît terne. Pourtant, il a connu l'ivresse de la guerre façon Apocalyse Now. Le deuxième découvre la réussite à la sortie de son quatrième roman, avant de déchoir brutalement. A la croisée de leurs chemins, une rencontre improbable et un petit chef d'oeuvre. (****)
  • Andrea Camilleri: Le Roi Zosimo (ISBN 2-253-10911-8)

    Andrea Camilleri: Le Roi Zosimo (ISBN 2-253-10911-8)
    Avant de lire cet ouvrage truculent, baroque et un rien déjanté, je croyais que seule Barcelone en 1936 avait vécu un intermède d'an-archie. Agrigente aussi. C'était en 1718. (*****)

  • Nicole Krauss: L'histoire de l'amour (ISBN 2-07-077308-6)
    A New York, une jeune fille et un vieillard donnent un visage à une histoire d'amour, sur fond de diaspora. Entre eux : un prénom magique, Alma, et un livre prophétiquement appelé 'histoire de l'amour'. Superbe ! (*****)
  • Ryszard Kapuscinski: Mes Voyages avec Hérodote (ISBN 2-259-20252-7)
    Le grand reporter polonais nous fait découvrir la diversité du monde au travers de ses pérégrinations dans l'espace : Chine, Inde, Ethiopie, Algérie... Chemin faisant, il nous livre son expérience à la lueur du grand conflit Europe / Asie tel que relaté par Hérodote dans son "Enquête" monumentale. Voyage dans le temps et dans l'espace à la fois, avec moult mises en parallèle, anecdotes et digressions sur la diversité et la richesse du monde. Enthousiasmant ! (*****)
  • Michel Butor: La Modification (ISBN 2-7073-0312-7)
    L'ouvrage de référence du Nouveau Roman. Paris - Rome en train. Départ de Paris avec la ferme assurance de quitter femme & enfants pour refaire votre vie avec Cécile, votre maîtresse romaine ; arrivée à Roma Termini avec la certitude désespérée que rien ne changera. La modification : ce sont les tours & détours, les cheminements tortueux de votre esprit durant ce périple ferré, l'abandon final de votre projet d'origine. (***)
  • Erik Orsenna: Voyage aux pays du coton - Petit précis de mondialisation (ISBN 2-213-62527-1)
    Parcours aux 4 coins du monde (Mauritanie, Etats-Unis, Egypte, Ouzbekistan, Chine, France) autour d'une matière première -- le coton -- pour comprendre les mécaniques en oeuvre dans un processus "mondialisé" de longue date. Entre les tenants de la modification génétique (les brésiliens), les gardiens de la tradition (les égyptiens), les productivistes (ouzbeks), les protectionistes tournés vers le client(américains), les laissés-pour-compte (mauritaniens), les capitalistes anti-démocratiques (chinois), ce ne sont que fleurets mouchetés, trahisons & perfidies subtiles dans un climat d'interdépendance souriante. Une pérégrination admirablement racontée par Erik Orsenna. (*****)
  • Anne Nivat: Islamistes - Comment ils nous voient (ISBN 2-213-62862-9)
    Précieux : l'auteur se contente de relater ce qu'elle entend au fil de ses pérégrinations en Afghanistan, au Pakistan et en Iraq, de la bouche d'islamistes, c'est-à-dire de personnes obéissant aux préceptes du Coran. En s'éloignant délibérément du jugement et en accomplissant de la plus belle des manières son métier de grand reporter, Anne Nivat rend justice à la vérité. (****)

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