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Littérature

30/06/2008

Le chien et le guépard

Fils Puni (Greuze) Pour je ne sais quelle raison, parmi les requêtes Google pointant sur mon blog, il en est une qui m'a toujours particulièrement intrigué : "le baroque dans le Guépard de Tomasi di Lampedusa". Profitant d'une nuit sans sommeil lors du vol de retour de Chicago, j'ai lu le roman dans sa traduction en français de Jean-Paul Manganaro. Il s'agit à n'en pas douter d'une allégorie somptueuse sur les liens entremêlés de la mort et de la beauté. La scène finale du film éponyme de Luchino Visconti est un grand bal donné par un autre grand aristocrate sicilien. Le Guépard, ou encore le vieux prince Fabrizio Salina joué par Burt Lancaster, y fait danser sa ravissante belle-fille, Angelica alias Claudia Cadinale. Les virevoltes de la valse ont fait tourner la tête du prince Salina. Après l'exaltation et le trouble procurés par la proximité du corps de la femme - et quelle femme ! - le prince s'éclipse dans la bibliothèque de son hôte. Il y découvre un tableau de Jean-Baptiste Greuze bizarrement appelé La Mort du Juste dans le roman. D'habitude, il est appelé le Fils Puni.  

Don Fabrizio se laisse à aller à la méditation. Là encore, les images s'embrouillent puisque la beauté de la chair féminine avoisine la laideur de la mort. "Les jeunes filles étaient jolies, provocantes, le désordre de leurs vêtements suggérait plutôt le libertinage que la douleur ; on comprenait tout de suite qu'elles étaient le véritable sujet du tableau". Quelques pages plus loin, il est troublé dans sa rêverie par l'entrée inopinée de son fils adoptif, Tancredi, joué par Alain Delon. "Mais qu'est-ce que tu regardes", lui demande-t-il. "Tu courtises la mort ?"

La mort. Elle surviendra à son heure pour Don Fabrizio.

Pourtant, le roman ne s'arrête pas là. Pendant une vingtaine de pages, l'auteur décrit les évolutions de la propriété après la disparition du patriarche. Dans la dernière page, il nous décrit l'agonie du chien de Don Fabrizio, Bendicò. Et là, soudain, Lampedusa nous livre une image étonnante :

" Quelques minutes plus tard, ce qui restait de Bendicò fut jeté dans un coin de la cour : au cours de son vol par la fenêtre sa forme se recomposa un instant : n aurait pu voir danser dans l'air un quadrupède aux longues moustaches et la patte droite antérieure semblait lancer une imprécation. Puis tout s'apaisa dans un petit tas de poussière livide. "

FIN.

La scène est baroque à souhait. Voire. Offrir dans le dernier paragraphe une anamorphose où la vie et la mort s'entrelacent dans une étreinte symbolisant le temps aboli, c'est du grand art. Mais ce n'est qu'en refermant le livre, que je pus apprécier la portée hallucinogène de cette image. Je fus saisi par une drôle d'intuition. Avec fébrilité, je me retournai vivement vers l'observation du Fils Puni de Greuze. Et ce fut la révélation. Dans la partie inférieur du tableau, il y a un chien en train de quitter la salle.

Chien (Greuze)

Et si, dans un dernier clin d'oeil, Tomasi di Lampedusa avait voulu signifier que, si les femmes sont le sujet principal du tableau de Greuze, le personnage principal du roman était le chien Bendicò

24/05/2008

Adamastor

Adamastor Un soir, alors que je me baladais sans but à la pointe du Bairro Alto, je me suis retrouvé sur un belvédère, un miradouro. L'or, toujours cet or qui fascine les coeurs et les esprits... Etant à Lisbonne, j'eusse préféré dire miratejo. Je trouve le mot plus chantant et plus approprié à l'esprit du lieu. Mais voilà, ce nom n'existe pas. Alors je le garde pour moi et le range dans le casier des vocables restant à inventer. Dans une autre vie peut-être connaîtront-ils meilleure fortune...

Appuyé à la main courante, en surplomb des toits de Cais do Sodré, le regard plonge vers l'ouest, là où les rives du fleuve se resserrent et où les eaux glissent à travers un dernier ombilic avant de se mélager à l'écume de l'océan. C'est l'appel au voyage, dont j'ai déjà pu me faire l'écho dans un autre billet.

Mirador de Santa Catarina Mais au-delà de la beauté du point de vue, ce qui fait le charme du belvédère de Santa Catarina, c'est la présence de la statue de l'Adamastor. Il est laid à outrance, avec ses yeux exorbités, sa face déformée en cours de pétrification et ses cheveux hirsutes. 

L'Adamastor est ce monstre mythologique hideux popularisé par Luís de Camões dans son chant épique vantant l'épopée des marins portugais : les Lusiades. Il est de la même engeance que Charybde et Scylla. Comme eux, ils est monstrueux. Comme eux, il veille sur un passage clé : le détroit de Messine d'un côté, le cap de Bonne Espérance de l'autre. Comme dans l'Odyssée, il est cause d'effroi et de naufrages fracassants. Comme eux, il officie sur la vie et la mort.

Je trouve symptomatique que la statue d'Adamastor ait été placée sur un belvédère à l'endroit même où le Tage se rétrécit avant de se fondre dans les eaux du grand large. Certains d'entre vous ont pu railler par le passé ma propension à voir des images archaïques et à forte connotation sexuelle dans la façon dont certaines villes - et Lisbonne en particuier - épousent une topographie, à l'image d'une écriture à patte de souris sur les contours de nos désirs inassouvis. Pourtant. Pourquoi faut-il que des rochers pervers & monstrueux gardent des passages étroits ? Est-ce une manière d'avertir que les monts de Vénus ne sont pas tous des monts de bienvenue ? Pourquoi faut-il aussi que ce passage soit affaire de vie ou de mort ? Pourquoi faut-il enfin que les gardiens des côtes de Sicile aient été une épreuve pour Personne, l'un des pseudos d'Ulysse, quand, beaucoup plus à l'ouest, la statue d'Adamastor si situe à quelques enjambées de celle d'un grand amateur de pseudos, célèbres pour ses hétéronymes, un certain "Ferdinand Personne", traduction en français de Fernando Pessoa. Un aventurier & un poète. Seraient-ils les seuls à savoir se débarrasser des oripeaux d'une identité trop pesante pour mieux apprécier cette liberté que donne l'anonymat dans l'appréhension de l'essence du monde ? Les seuls à déjouer les magiciennes et les monstres ? Est-elle là la raison qui a poussé le jeune poète-aventurier Arthur Rimbaud à s'abîmer sur les terres du Moyen-Orient après avoir fait escale à Marseille ?

En 1492, Christophe Colomb accostait sur les rivages de l'Amérique pour la gloire d'Isabel de Castille et de Ferdinand d'Aragon. Quelques années plus tard, pour la couronne du Portugal cette fois, Vasco Da Gama ouvrait la route maritime des Indes en doublant victorieusement le Cap des Tempêtes, dès lors renommé Cap de Bonne Espérance.

L'histoire de deux dévoilements. Tous deux, marins d'exception, pensaient arriver aux Indes. Mais là où le premier découvrait en réalité l'Amérique, le second faisait renaître l'homérique.

02/05/2008

Huit bouches de feu

Que_valorVoici 200 ans, jour pour jour, le peuple de Madrid se soulevait contre les troupes d'occupation françaises. Dos de Mayo. Ce fut un jour de colère, comme le souligne Arturo Pérez-Reverte dans son dernier livre éponyme. Rien d'un élan nationaliste, juste une réaction populaire spontanée pour rabattre le caquet à ces prétentieux de gabachos (terme péjoratif désignant les Français) baladant leur mépris dans leurs beaux uniformes de conquérants. L'éveil nationaliste, il viendrait en son temps, le lendemain très précisément -le 3 mai 1808- après que Murat et ses troupes eurent, en guise de représailles, fusillé nombre d'émeutiers véritables ou présumés .

Les 2 et 3 mai... Deux dates terribles immortalisées par Francisco Goya dans deux tableaux dépeignant l'horreur éternelle de la guerre.

A chaque fois que mon regard croise l'image de l'un de ces tableaux et surtout le "3 de Mayo", j'éprouve toujours un malaise profond. C'est plus fort que moi : je dois détourner mon regard et baisser les yeux. Je souffre de savoir que les corps anonymes engoncés dans les vareuses militaires, ces corps pointant leur fusil sur la poitrine dénudée de l'homme au visage basané et aux yeux exorbités, ces visages que le peintre a voulu tenir cachés, ces doigts qui appuieront bientôt sur la gachette, ces bouches que j'imagine haletantes appartiennent à des compatriotes. Ces machines à distribuer la mort, ce sont des soldats français.

C'est précisément ce qui m'est arrivé il y a tout juste deux jours en allant à l'exposition "Goya graveur" au Petit Palais. A peine avais-je quitté le hall gorgé de lumière à l'entrée et m'étais-je engagé dans l'ombilic obscur conduisant à l'exposition, que je fus littéralement assailli par l'image du 3 de Mayo. Le fait que ce fût une reproduction n'y fit rien. Pire, le choc fut d'autant plus violent que j'étais venu pour voir des estampes et que je ne m'attendais pas à voir ce tableau ici.

Je me préparai alors à ressentir à nouveau cette suffocation qui m'avait accablé un an plus tôt dans les couloirs du Prado. Ce ne fut pas le cas.

La première salle était consacrée aux Caprichos (les Caprices), un recueil de plus de 80 estampes où alternent des scènes de la rue peuplées de jolies prostituées et de michetons stupides, de célestines et de mères maquerelles, mais aussi de morts s'extrayant de leur tombe, de dames de haut lignage prêtes à toutes les bassesses, d'un bestiaire d'ânes savants et de chouettes inquiétantes, de bouffons, de vieilles chipies, d'épouvantails, de chauve-souris venues peupler nos esprits ensommeillés... Je fus étourdi par cet excès de fantaisie sans bride et même si l'angoisse pointait toujours sa face hideuse, même si le cauchemar semblait nous attendre au bout du chemin, je m'attendris devant la joliesse de certaines scènes et allai jusqu'à sourire à l'humour de Goya, aussi corrosif que l'acide nitrique sur la plaque de cuivre où il dessinait en creux ses personnages.

Bien_tirada_esta

Les choses devaient se compliquer quand je m'engageai dans la salle dédiée aux Désastres de la guerre. Tout y était : exécutions sommaires, corps atrocement mutilés, viols, amputations, émasculations, pendaisons, rapines, vengeances odieuses. Je compris alors que les corps à corps obscènes d'Otto Dix, de George Grosz, de Walter Gramatté, de Ludwig Meidner ou de Max Beckmann pendant et après la première guerre mondiale n'étaient que le bégaiement, la répétition hallucinée de ce que Goya avait déjà représenté 100 ans avant eux. L'horreur manque décidément cruellement d'imagination.

Quelques détails pourtant frappèrent mon imagination. Contrairement à ses descendants de l'école expressionniste allemande qui semblaient jubiler à exhiber la lumière sadique dans le regard du soldat écartant les cuisses de la femme qu'il s'apprête à violer, Goya peine à représenter le visage du bourreau. Autant il excelle pour rendre l'horreur sur le visage de la victime, autant il "préserve" le bourreau. Est-ce l'effet d'une pudeur subite ou de je ne sais quelle réserve soudaine ? Goya évite souvent de montrer l'ange exterminateur. Pourtant, même absent, il est bien là ; il se cache derrière un symbole de la mort qu'il va donner.

No_se_puede_mirarDans l'eau-forte No se puede mirar (on ne peut pas regarder) ci-contre, les soldats sont invisibles. D'eux, on ne voit que l'extrémité des fusils pointés vers les condamnés : les baïonnettes. Elles sont au nombre de 8. Ces détails sont ils fortuits ? J'y ai vu un rappel de la ville de Bayonne où la famille royale espagnole était tenue emprisonnée par l'Empereur. Quant au chiffre 8, il m'a suggéré le décret que Murat avait imposé aux autorités espagnoles une fois maté le soulèvement du 2 mai :

Dcret_du_6_mai_1808Je continue mon chemin. Dans la salle suivante sont exposées des estampes du recueil Tauromaquia (Tauromachie). Le spectacle -parfois non dénué de cocasse- du combat entre l'homme et l'animal me détend.

C'est une respiration de courte durée. Vient ensuite l'exposition des Disparates, les incongruïtés. Cette fois-ci, le choc émotionnel est auditif. Car, "disparate" se prononce comme "disparad" et disparad, cela veut dire littéralement : " Tirez ! "

Dans le guide que la Bibliothèque Nationale Espagnole (BNE) consacre actuellement à l'exposition Miradas sobre la Guerra de Indepencia, une lecture attentive permet de trouver cette consigne de l'Empereur à l'attention de Murat :

" Si la canalla se mueve, disparad. " (Si la canaille bouge, tirez.)

La fin de l'exposition Goya graveur renvoie au temps de l'exil bordelais. Les fureurs de la guerre se sont apaisées, mais l'oeuvre du peintre reste toujours empreinte d'une amertume incurable. Témoins, ses caricatures, dessins outrés où reviennent en puissance les esprits (duendes) qui hantaient les Caprichos. Je suis saisi par une étrangeté. Le titre du recueil est écrit avec deux "R" : car[r]icatures.

Là, c'est l'origine italienne du mot qui me revient à l'esprit : caricare, charger, caricatura, charge.

Charger, tirer...

Le 2 mai 1808 à Madrid, le peuple s'est levé. Les armées de la France impériale l'ont abattu.

Debout, chargez, tirez, couché.

Pesadilla.

Mala noche.

28/04/2008

Entendre des voix

Toscane_5Je viens de découvrir un prince de l'écriture, un joailler du lexique, un pur esthète de la langue française, un virtuose de l'imparfait du subjonctif : Eric Laurrent. Juste pour vous faire saliver, cette petite phrase de son dernier roman, "Renaissance italienne" :

" elle possédait une voix mélodieuse, limpide et particulièrement chatoyante, qui pouvait tour à tour épouser le flûté de l'enfant, le melliflu de la nonne, le velouté de la catin et le flegme de la vamp. " (Editions de Minuit - page 87)

13/04/2008

Sans feu ni lieu

Michel_serresCeux d'entre vous qui me font le plaisir de me lire régulièrement le savent sans doute. J'adore Michel Serres. A chaque fois que je me plonge dans un de ses livres, j'en ressors avec des idées nouvelles, nées de connexions inattendues, d'étymologies insoupçonnées et d'analyses aussi subtiles qu'originales.

La lecture de son dernier ouvrage, le Mal propre, n'aura pas dérogé à la règle. L'effet de frémissement des neurones aura commencé dès les premières pages. Michel Serres y avance l'idée que ce qui nous est propre ne l'est que parce que nous le marquons avec nos sécrétions intimes. D'entrée, nous voilà en présence d'un oxymore puissant en forme de jeu de mots : le propre (ce qui m'appartient) est le sale (ce que je souille). C'est parce que j'ai craché dans la soupe que personne ne viendra m'en contester la possession. Glaviot, urine, sang, sperme et merde, voilà comment je délimite mon territoire. La naissance de Rome, construite sur le sang de Rémus assassiné par son frère, ou les paroles de la Marseillaise nous le rappellent : nous possédons la terre quand cette dernière est abreuvée du sang de l'autre. Pareillement, selon l'usage commun, je "possède" une femme quand je l'ensemence de mon sperme. En voyageant maintenant de l'individu au collectif, on ne s'étonnera plus de constater que les deux pays les plus polluant du monde sont aussi ceux qui expriment le plus fortement leur ambition d'exercer une domination sans partage sur la planète. Il y aurait donc une connivence étroite entre la possession d'un lieu et la capacité à le salir.

Et puis, il y a cette petite histoire admirable. Michel Serres indique que le mot lieu vient du latin locus et qu'il désignait dans cette langue l'ensemble des organes génitaux et sexuels de la femme : loci muliebres. Lieu : il s'agit donc de notre premier habitat. Dans un élan fulgurant, Michel Serres montre comment Jésus a fait passer son message d'amour et de dépossession à travers son rapport aux lieux. Né du corps d'une femme qui n'aura pas été possédée, il passera sa vie à pérégriner, c'est-à-dire à aller de champ en champ, sans élire de domicile fixe. Même mort et enterré, il parviendra à s'affranchir de cette demeure qu'est la tombe. Il la désertera au troisième jour. " Suis-moi ", dit-il à ceux qu'il a désigné, car " je suis ". A ceux qu'il aura élu, il demandera de tout abandonner pour une vie sans feu, ni leu. Pour être près de lui, il faudra être sans lieu, ce qui dans sa bouche aurait pu donner : " Si tu veux être près de moi, tu devras être sans toi(t) ". Don de soi.

Les chemins de la foi passeraient-ils ainsi par l'abandon de l'esprit de propriété, l'éloignement du foyer et des lieux d'habitation ?

Quen_pensezvous

26/03/2008

Ennemis publics & servitude librement consentie

Tv_micro_onde_chatHier soir, alors que je suivais les informations sur une chaîne prétendument nationale, je fus saisi de colère. Jugez vous-même. Voici l'ordre exact dans lequel furent présentées lesdites informations :

1. Découverte d'un nourrisson dans un congélateur. Mort.

2. C'est parce que le conducteur du minibus n'avait pas son permis mais de l'alcool dans le sang qu'il aurait perdu le contrôle de son véhicule et aurait été à l'origine de l'accident mortel de ce week-end sur l'autoroute A9. Des morts encore.

3. Descente de bande dans un bahut pour tout casser. Pas de mort, mais des dégâts.

4. Tribulations d'un professeur avec la justice après avoir giflé un élève.

5. Discours du président de la République à l'attention des autorités chinoises, révélant l'inquiétude de la France devant les agissements de la Chine au Tibet à quelques mois de la cérémonie officielle d'ouverture des JO de Pékin. 

A l'époque où je faisais des études de journalisme -il y a plus de 20 ans- je me serais fait passer un savon sévère si j'avais présenté les informations selon ce choix et dans cet ordre. Mon professeur d'alors m'aurait fait remarquer que les 4 premiers titres ne méritaient pas la qualité d'information -si ce n'est dans une gazette locale. Alors pensez bien que l'idée de les traiter en premier m'aurait sans doute valu une exclusion pure et simple du cours pour incompétence avérée.

Il faut croire que les temps ont changé. A quoi rime cet étalage de pseudo-infos ? Car aujourd'hui, il semble que les informations ne servent plus à informer. Alors à quoi servent-elles ? Manifestement, à désigner à l'opprobre du collectif les individus qui constituent un danger pour l'ordre, à montrer du doigt les ennemis publics. Qu'ils soient des parents dénaturés, des jeunes voyous des banlieues, des conducteurs sans permis et/ou alcooliques, les voilà les coupables, les fauteurs de trouble ! Voyez-vous comme ils sont laids et malfaisants ? Sentez-vous monter dans vos tripes une juste et saine aversion vis-à-vis de ces agents de déviance. Avez-vous envire de crier " Justice " et pafois même " Vengeance " ? Parvenez-vous encore à retenir le rictus de dégoût qui se dessine comme une ride mauvaise à la commissure de vos lèvres ?

Dans son dernier livre appelé Les Années, Annie Ernaux offre à la troisième personne une vision panoramique des 65 dernières années, de sa naissance jusqu'à aujourd'hui. En parcourant les années 2004-2007, elle évoque ce phénomène de fabrique de méchanceté maquillée derrière l'exigence de justice à grande échelle :

" Un discours mauvais cognait librement, rencontrant l'assentiment de la plus grande partie des téléspectateurs qui ne s'émouvaient pas d'entendre le ministre de l'Intérieur vouloir " nettoyer au karcher " la " racaille " des banlieues. Les vieilles valeurs étaient brandies, l'ordre, le travail, l'identité nationale, lourdes de menaces contre des ennemis qu'il était laissé aux " honnêtes gens " le soin de reconnaître, les chômeurs, les jeunes de banlieue, les immigrés clandestins, les sans-papiers, les voleurs et les violeurs, etc. Jamais un si petit nombre de mots n'avait propagé autant de foi depuis longtemps - des mots auxquels les gens s'abandonnaient comme s'ils avaient le tournis de toutes les analyses et informations, le dégoût des sept millions de pauvres, des SDF, des statistiques du chômage, qu'ils s'en remettaient à la simplicité. 77% des sondés estiment que la justice est trop clémente avec les délinquants. "

Et pour finir cette phrase en forme de prémonition :

" On pressentait que rien n'empêcherait l'élection de Sarkozy (...) Il y avait de nouveau une envie de servitude et d'obéissance à un chef " (page 227).

Le militant anti-apartheid Steve Bantu Bikou disait que " l'arme la plus puissante entre les mains de l'oppresseur est l'esprit de l'opprimé ".

Car la puissance de ceux qui nous gouvernent puise dans le désir d'asservissement des gouvernés. C'était là déjà une thèse formulée avec une élégance exquise par Etienne de la Boëtie dans un magnifique petit livre rédigé alors qu'il n'avait que 18 ans : le Discours de la servitude volontaire.

N'est-il pas grand temps d'en introduire la lecture et l'étude dans les classes de collège ou de lycée ?

Espérons simplement qu'il n'est pas déjà trop tard.

15/03/2008

Quand l'horizon est bouché, il reste le ciel.

Ghetto_vecchioDans son journal, l'écrivain et dramaturge Mihail Sebastian décrit l'art de survivre dans une Roumanie de l'entre-deux-guerres succombant aux sirènes de la droite et de l'antisémitisme les plus abjects. Alors que son quotidien s'assombrit au rythme des avanies et de la compromission de ses anciens amis de l'intelligentsia, Mihail Sebastian cède parfois au désespoir. Mais en parallèle, il déploie aussi une aptitude extraordinaire au bonheur. Il écrit, il reçoit, il aime. Il vit en somme. Parmi les petits événements qui lui redonnent du baume au coeur, il raconte une conversation en 1939 avec la princesse Elisabeth Bibesco. Au détour de leur échange, une répartie improbable de la grande dame. "J'aime les Juifs", dit-elle. "Je les aime passionnément. Ce n'est pas parce qu'ils sont malheureux. Non. Je les aime parce qu'ils éloignent l'horizon."

Immanence.

Il y a une dizaine de jours, alors que je me baladais dans les rues de Venise, je me rappelai que c'est là, dans cette cité aux mille reflets que fut inventé le ghetto. Dès le début - nous sommes en 1516, quelques années après le décret d'expulsion des Juifs d'Espagne - tous les composants de l'horreur à venir sont réunis : la stigmatisation par le port d'un signe distinctif, les restrictions économiques sous la forme d'autorisation / interdiction à exercer tel ou tel métier, les mesures vexatoires. C'est jusqu'à l'étymologie du mot - ghetto signifie fonderie en vénitien - qui n'est pas sans évoquer les métaux durs. Et puis il y a aussi bien sûr la ségrégation spatiale : à la nuit tombée, les Juifs du ghetto doivent rentrer dans un espace clos, réduit, fermé sur lui-même. Avec la réclusion forcée, c'est l'horizon qui se rapproche.

Je me suis rendu au ghetto vénitien entre chien et loup. L'endroit est à l'écart des grands chemins suivis par les touristes, dans un quartier populaire appelé Cannaregio. Il est banal et rien ne le distingue du reste de la ville. Ca et là, pourtant, une enseigne assortie d'une étoile de David ou des caractères hébraïques sur une vitrine rappellent qu'on est bien au ghetto.

Ghetto_panneauAprès avoir déambulé dans un dédale de venelles obscures, j'arrive enfin au coeur du " ghet[t]o vec[c]hio " ,le vieux ghetto. C'est une jolie placette aux contours irréguliers. Des immeubles de quatre étages enserrent le regard dans l'espace clos. Pourtant, au centre de ce décor sans ligne de fuite, il y a un grand arbre nu - un marronnier ? Les ramilles de sa couronne pointent vers le ciel.

Transcendance.   

24/01/2008

Qui porte qui ?

Erri_de_luca_2Dès qu'il est de passage à Paris et pour peu que je sois disponible, je ne manque pas une occasion d'assister à une présentation d'Erri De Luca. Je sais par avance que je vais être comblé par une répartie inattendue, ou un trait de pure intelligence. Et puis, à chaque fois que je le vois, je reste confondu par sa façon bien à lui de répondre aux questions qui lui sont posées. Avant de formuler sa réplique, il marque systématiquement quelques secondes de silence. Je vois dans ce soupir de l'intelligence, cette suspension du dire, une marque profonde de respect adressée à l'émetteur de la question. C'est une manière de signifier : "oui, je comprends ce que tu me demandes. Mais avant toute chose, je voudrais m'assurer que ta question irrigue complètement mon esprit. Alors, je pourrai te formuler ma réponse".

Or, il se trouve que dimanche dernier, Erri De Luca était à Paris. Il intervenait à l'occasion de d'une série de conférences intitulées Livres des mondes juifs et diasporas en dialogue. De mon côté, j'étais disponible. Je suis donc allé l'écouter. Et une fois de plus, je tombai sous le charme.

A un moment, un membre de l'assistance lui pose la question : " Comment définiriez-vous votre rapport à la littérature ? " Passées les quelques secondes de latence évoquées plus haut, Erri De Luca énonce cette réponse inattendue : "Tout dépend de savoir qui porte qui." Nouveau silence de courte durée. La salle est dans l'expectative. Alors, il se lance dans l'évocation d'une histoire, de son histoire.

"Lorsque j'étais maçon, le travail était physiquement éprouvant. Le soir venu, j'avais le corps fourbu des fatigues accumulées durant la journée. Aussi quand je montais dans le tramway qui me ramenait chez moi et que j'ouvrais un livre, deux cas de figure pouvaient se produire. Dans un cas, je plongeais dans la lecture, je me laissais emporter par l'intrigue. J'oubliais alors mon corps ; les courbatures s'évanouissaient. Léger, mon esprit s'évadait tant et si bien qu'il m'arrivait parfois de rater mon arrêt. A l'inverse, il y avait aussi des circonstances où je ne parvenais pas à rentrer dans le livre que j'avais emmené avec moi. Sa lecture me pesait alors. Les quelques grammes de son poids venaient alors s'ajouter aux fatigues accumulées pendant la journée. C'est pourquoi je vous dis : tout dépend de savoir qui porte qui."

Un murmure se propage alors dans l'assemblée. C'est un murmure d'assentiment devant la légèreté du trait. C'est un sourire de communion et de gratification.

02/12/2007

Pertes et compensations

Vide_solitudeLa semaine dernière, mon père me faisait remarquer que la lecture du billet "Langue maternelle" lui avait rappelé la nouvelle Mamm' Emilia ( Cliquez ici pour écouter le texte ) d'Erri de Luca dans son recueil intitulé "Le contraire de un". Dans cette nouvelle, il y a cette phrase que j'adore :

" Je suis éclos de ta plénitude sans te laisser vide, parce que le vide, je l'ai emporté avec moi. "

Un petit bijou.

Comme le récit porte sur le rapport entre l'enfant devenu homme et sa mère, il me sembla naturel d'aller visiter le texte écrit dans la langue maternelle, l'italien. Voilà le texte d'origine :

" Sono sgusciato dalla tua pienezza senza lasciarti vuota perchè il vuoto l'ho portato con me. "

Je m'attendais à être séduit ; je fus déçu. Je m'attendais à ressentir le souffle confondu de l'enfant qui s'endort sur le giron de la mère ; je ressentis au contraire l'expression d'une brisure, la douleur d'une séparation.

Pourtant, le sens est bien le même. La traduction en français respecte scrupuleusement la version originelle en italien. Alors, d'où venait cette sensation étrange d'avoir affaire à deux textes différents ? De l'accumulation de petits riens, de variations infimes qui, mises bout à bout, éclairent de façon distinctes le sens et concourent à la création d'images différentes.

"Sgusciare" se traduit bien par "éclore" quand il renvoie à l'idée de naissance. Pourtant, quand j'entends "sgusciare" - littéralement "sortir de sa coquille" - je visualise aussi, en même temps, le deuxième sens du verbe, qui est celui de "fuir", de "s'esquiver". A l'inverse, quand je lis "éclore", je vois un bouton de rose ; j'imagine la fleur qui s'épanouit. La fuite et l'épanouissement : quoi de plus opposé.

Et puis il y a aussi ce "vide". En français, le même mot désigne le substantif (le vide), l'adjectif masculin (vide) et féminin (vide). C'est presque le cas aussi en italien puisque le substantif (il vuoto) est identique à l'adjectif masculin (vuoto). En revanche, accolé à un nom féminin, l'adjectif s'accorde (vuota). Or, de l'identité des phonèmes en français naît une délicieuse confusion mentale qu'on pourrait presque assimiler à un zeugma. Cela permet à la musique des mots de faire son oeuvre d'enchantement.

Une seule lettre de différence, une malheureuse petite lettre, et voilà que la mélodie de la phrase s'en trouve affectée.

Dans son dernier livre paru en français, Umberto Eco consacre plus de quatre cents pages aux pièges et aux délices de la traduction. Tout est dans le titre : "Dire presque la même chose". Presque. Il y montre combien le travail du traducteur est complexe tant il doit perpétuellement transiger entre le respect de la signification, le choix des mots, l'immensité des interprétations possibles. L'un des chapitres s'intitule "Pertes et compensations". Eco y évoque la difficulté du traducteur qui, dans son rôle de passeur, doit savoir proposer des compensations à chaque fois que le texte se rebiffe, à chaque fois qu'il résite, qu'il répugne à revêtir d'autres mots en d'autres idiomes. Mais il arrive que parfois, au milieu de cette séance d'habillage de mots, le miracle se produise. Dans ces moments-là, la version traduite est encore plus belle que le texte originel. C'est -me semble-t-il- ce qui s'est passé avec la phrase d'Erri de Luca.

05/10/2007

Cherchez la femme (encore) ou le secret de la guerre

Aujourd'hui, j'étais en mode "relâche". Hormis quelques coups de fil programmés, je n'avais ni rendez-vous en clientèle, ni prestation particulière à fournir. C'était un moment de quasi-détente après plusieurs semaines de déplacements incessants. Un peu de laisser-filer après beaucoup de corde raide. Délicieux.

Alors, comme j'étais en relâche, j'ai pris mon temps pour lire le journal et feuilleter les éditions des jours précédents que je n'avais pas eu le temps de parcourir. Affranchi de l'obligation d'agir de façon rationnelle et efficace, j'ai lâché la bride à mon cerveau et me suis laisser envahir par une douce rêverie. Et comme d'habitude, c'est quand je me laisse aller comme cela que je me mets à établir des connexions étranges ou à entrevoir les liens les plus inattendus.

Tenez, ce matin, en lisant Le Monde daté du 2 octobre, je tombe sur la reproduction d'une photo représentant une jeune femme accroupie de profil, pointant un revolver. Il n'y a rien de martial dans sa posture, ni dans l'expression à peine perceptible de son visage. Elle est plutôt bien en chair ; elle semble jolie. Et puis soudain, je tombe sur ce détail qui me trouble. Elle chausse des bottines Richelieu, vous savez ces types d'escarpins qui allaient si bien aux mignons d'Henri III ou aux femmes sophistiquées de la Belle Epoque.

Gerda_taro_rpublicaine_sentranant_2 Le titre de la photo est "Milicienne républicaine à l'entraînement sur une plage de Barcelone, août 1936" et le cliché est de Gerda Taro, compagne de Robert Capa dans la chaleur de l'intimité comme dans le chaudron de la Guerre d'Espagne. Comme lui, Gerda Taro était photographe, comme lui elle était d'origine juive et fut connue sous son nom d'artiste. Comme pour lui, la sonorité de son pseudonyme rappelait le nom d'une star du cinéma : Franck Capra d'un côté, Greta Garbo de l'autre. Comme lui, elle allait passer l'arme à gauche à la guerre, dans l'exercice de son métier-passion. Elle fut même la première femme photographe à mourir sur un champ de bataille. Ecrasée par un char. Durant le repli républicain qui suivit la perte de Brunete à peine reprise. En juillet 1937.

Mais contrairement à Robert Capa, Gerda Taro allait tomber dans l'oubli. "Après la seconde guerre mondiale, le travail de Gerda Taro a disparu, sa signature derrière les photos est gommée, raturée ou occultée pour être remplacée par le prestigieux : photo Robert Capa" , lit-on dans l'article du Monde qui accompagne la photo. Doublement morte : sous les chenilles du char et sous la haveuse de la supercherie (1).

Un homme, une femme, la guerre... et des bottines Richelieu.

Dans l'après-midi, je m'en vais flâner dans une libraire près de la place Victor Hugo. Je n'avais pas d'idée précise d'achat. J'y allais simplement pour le plaisir de découvrir des nouveaux titres, laisser mon imagination batifoler après lecture d'une 4ème de couverture ou l'appréciation d'un titre. Ce faisant, je tombe en arrêt devant une première de couverture représentant le Rapt de Proserpine du Bernin. Ceux qui me connaissent savent qu'il s'agit de l'une des sculptures que je chéris le plus. Témoignage par excellence de l'esprit du baroque, je la trouve d'un érotisme troublant. Une fois passé l'émerveillement initial, je m'intéresse à l'ouvrage : il s'agit d'un nouveau livre de Philippe Sollers intitulé Guerres secrètes. Je fais ni une, ni deux. J'achète le bouquin et en entreprends la lecture.

Guerres_secrtes_sollers_couvertureLe thème peut sembler rebattu de prime abord : Philippe Sollers évoque les liens interlopes que les femmes entretiennent avec le déclenchement, le déroulement et le dénouement des guerres. Comme vous pouvez vous y attendre, il y est fait référence au jugement de Pâris. Comme vous l'aurez aussi sans doute deviné, Hélène de Sparte, puis de Troie et de Sparte enfin sert à merveille la thèse de l'auteur. Mais là où je suis tombé en amour devant ce livre, c'est en découvrant que le bruit et la fureur de la guerre de Troie n'étaient en réalité qu'un simple élément de décor et que le véritable enjeu de l'Iliade et l'Odyssée réunies était en réalité - selon Sollers - le conflit opposant Hélène à Ulysse.

Un homme, une femme, la guerre... à nouveau.

Là encore, je me suis laissé porter par la plume de Philippe Sollers. Il nous raconte la relation équivoque entre Ulysse et Hélène. Il nous dit comment Ulysse déguisé en mendiant pénètrera incognito dans Troie assiégée, comment, en dépit - ou en raison - de leur rivalité, ils se seront aimés charnellement à l'abri de ses remparts, comment Hélène, bien qu'informée des desseins des Grecs, prêtera serment de se taire. Comment elle tiendra parole, non sans avoir tenté par d'autres détours de perdre Ulysse et les siens. Il évoque la rouerie de l'une, la finesse de l'autre, la séduction qui s'exerce aux angles morts de leur lutte sans merci.

Je trouvai cette lecture sublime. Aussi beau que cet autre combat épique entre Tancrède, le preux chevalier croisé et son vaillant opposant masqué défendant les portes de Jérusalem et les couleurs de l'Islam. Tancrède blesse son ennemi et le met à terre. Il lui ôte alors le masque de fer pour en connaître l'identité. Apparaissent alors l'épaisse chevelure et le visage meurtri de la belle Clorinde. Suit alors ce discours halluciné de la femme qui va mourir, la révélation de l'amour, l'affliction de Tancrède. Le tout dans le style fleuri du Tasse.

Une homme, une femme, la guerre... Toujours.

Qui dira ensuite que la guerre n'est qu'affaire d'hommes ?

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(1) Aujourd'hui, l'International Center of Photography (ICP) de New York propose une exposition du travail de Greta Taro.

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  • Mario Vargas Llosa: Tours et détours de la vilaine fille (ISBN 2-07-078083-X)
    Elle est l'archétype de la garce ; il est l'emblème du ballot. Pourtant, à eux deux, ils tissent une admirable histoire d'amour, sans la moindre mièvrerie ("huachaferia" en limésien, traduit en "cucuterie" dans le livre). (****)
  • W. Wilkie Collins: Quand la nuit tombe (ISBN 2-7529-0220-4)
    Anecdotes et expériences curieuses de la vie d'un artiste itinérant. 6 superbes nouvelles un rien empreintes de mystère écrites dans un style très pur par un contemporain de Charles Dickens. (***)
  • Javier Cercas: A la vitesse de la lumière (ISBN 2-7427-6276-0)
    Deux destins se croisent : un ancien du Vietnâm et un jeune maître-assistant espagnol partagent le même bureau au département de langues d'une université du mid-west. Le premier paraît terne. Pourtant, il a connu l'ivresse de la guerre façon Apocalyse Now. Le deuxième découvre la réussite à la sortie de son quatrième roman, avant de déchoir brutalement. A la croisée de leurs chemins, une rencontre improbable et un petit chef d'oeuvre. (****)
  • Andrea Camilleri: Le Roi Zosimo (ISBN 2-253-10911-8)

    Andrea Camilleri: Le Roi Zosimo (ISBN 2-253-10911-8)
    Avant de lire cet ouvrage truculent, baroque et un rien déjanté, je croyais que seule Barcelone en 1936 avait vécu un intermède d'an-archie. Agrigente aussi. C'était en 1718. (*****)

  • Nicole Krauss: L'histoire de l'amour (ISBN 2-07-077308-6)
    A New York, une jeune fille et un vieillard donnent un visage à une histoire d'amour, sur fond de diaspora. Entre eux : un prénom magique, Alma, et un livre prophétiquement appelé 'histoire de l'amour'. Superbe ! (*****)
  • Ryszard Kapuscinski: Mes Voyages avec Hérodote (ISBN 2-259-20252-7)
    Le grand reporter polonais nous fait découvrir la diversité du monde au travers de ses pérégrinations dans l'espace : Chine, Inde, Ethiopie, Algérie... Chemin faisant, il nous livre son expérience à la lueur du grand conflit Europe / Asie tel que relaté par Hérodote dans son "Enquête" monumentale. Voyage dans le temps et dans l'espace à la fois, avec moult mises en parallèle, anecdotes et digressions sur la diversité et la richesse du monde. Enthousiasmant ! (*****)
  • Michel Butor: La Modification (ISBN 2-7073-0312-7)
    L'ouvrage de référence du Nouveau Roman. Paris - Rome en train. Départ de Paris avec la ferme assurance de quitter femme & enfants pour refaire votre vie avec Cécile, votre maîtresse romaine ; arrivée à Roma Termini avec la certitude désespérée que rien ne changera. La modification : ce sont les tours & détours, les cheminements tortueux de votre esprit durant ce périple ferré, l'abandon final de votre projet d'origine. (***)
  • Erik Orsenna: Voyage aux pays du coton - Petit précis de mondialisation (ISBN 2-213-62527-1)
    Parcours aux 4 coins du monde (Mauritanie, Etats-Unis, Egypte, Ouzbekistan, Chine, France) autour d'une matière première -- le coton -- pour comprendre les mécaniques en oeuvre dans un processus "mondialisé" de longue date. Entre les tenants de la modification génétique (les brésiliens), les gardiens de la tradition (les égyptiens), les productivistes (ouzbeks), les protectionistes tournés vers le client(américains), les laissés-pour-compte (mauritaniens), les capitalistes anti-démocratiques (chinois), ce ne sont que fleurets mouchetés, trahisons & perfidies subtiles dans un climat d'interdépendance souriante. Une pérégrination admirablement racontée par Erik Orsenna. (*****)
  • Anne Nivat: Islamistes - Comment ils nous voient (ISBN 2-213-62862-9)
    Précieux : l'auteur se contente de relater ce qu'elle entend au fil de ses pérégrinations en Afghanistan, au Pakistan et en Iraq, de la bouche d'islamistes, c'est-à-dire de personnes obéissant aux préceptes du Coran. En s'éloignant délibérément du jugement et en accomplissant de la plus belle des manières son métier de grand reporter, Anne Nivat rend justice à la vérité. (****)

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