My Photo

Mon profil psychologique

Sondage

Politique (en marge du "jité" de TF1)

  • AgoraVox
    Le média citoyen
  • Bakchich Info
    Scoops, informations, enquêtes et mauvais esprit.
  • BondyBlog
    Parce que la sphère du politique ne s'arrête pas aux limites de Neuilly-sur-Seine, à quelques bâtiments officiels de la capitale et au Fouquet's.
  • Contre journal
    Les informations ou les débats occultés ou chassés de l'actualité
  • Ipol
    Pour vous aider à y voir clair dans la pro- et la con- fusion des images d'actualité, tant il est vrai qu' "en politique, ce qu'il y a de plus difficile à apprécier et à comprendre est ce qui se passe sous nos yeux" (citation d'Alexis de Tocqueville mise en exergue sur la bannière du site).
  • Rue89 | Votre révolution de l'info
    Une autre manière de traiter l'information.

Liens d'estime

  • A nos enfants (Fanny Grangier)
    Le regard intelligent, sensible et enthousiaste d'une jeune femme à l'attention de toutes celles et tous ceux qui veulent un monde meilleur pour leurs enfants.
  • Anecdote
    L'art et la manière de raconter des histoires (ENG)
  • Art et caetera
    Tout ce qu'il faut voir à Paris... sous l'oeil perçant et la plume subtile de Claire
  • Blablablog
    Furieusement littéraire et terriblement éclectique
  • Fragments de géographie sacrée
    Sous la houlette de Robin Plackert, découverte de chemins de traverse en pays berrichon et marchois, avec escapades toujours possibles, digressions poétiques et littéraires toujours à craindre...
  • Haruki Murakami
    Epoustouflant et hallucinant.
  • La France vue d’ailleurs
    Si vous pensez qu'en France, notre vision du monde est trop empreinte d'esprit de clocher ("parochial", diraient les Britanniques) ou que nous sombrons dans la schizophrénie absolue à force de regarder les circonvolutions de notre nombril, allez faire un tour sur ce blog. C'est rafraîchissant, parfois inquiétant, mais toujours à propos. Ou comment l'art de changer de point de vue au sens littéral, physique, du terme, permet d'élargir la vision d'ensemble et l'espace des possibles... Stimulant !
  • La Troisième Voie, par Marc Traverson
    Développement personnel et professionnel sur les traces du grand Milton Erickson : riche, éclectique et subtil.
  • Le blog d'Hélène Wolff-Eugène
    Un plaisir de blog où les billets de (bonne) humeur le disputent aux dictons populaires, aux recettes savoureuses ou à la recherche d'anagrammes... Que du bonheur !
  • Le Monolecte d'Agnès Maillard
    Eclectisme et fraîcheur d'esprit
  • L’improvisation, c’est la vie !
    Jouer sa vie en public, la mettre en scène, se multiplier à l'envi en fonction des différents rôles que vous souhaitez assurer... Hétéronymes : dérouler son existence avec légèreté, détachement, un sourire aux lèvres.
  • Nathalie Bouyssès
    Nathalie est une amoureuse de l'Italie. En exergue de sa page personnelle, il y a cette citation : "Vous pouvez garder le monde entier, si je peux garder l'Italie" (Guiseppe Verdi). Au détour de ses pages, vous rencontrerez aussi l'un de mes auteurs préférés : Erri De Luca.
  • Photographies d'art (Arnaud Frich)
    Quand l'image sacrée est belle c'est l'imagination qui est profanée...
  • Traces Ecrites
    Littérature, poésie et amour de Marseille

Stylé

  • Alayaya (Sauvons la Terre)
    Vue de Châteauroux, la terre est ronde, jolie et souriante.
  • Blogosapiens (Isabelle)
    Humain & humaniste. Une petite lumière pour quitter les rivages de l'intranquillité et entamer la navigation hauturière vers la sérénité et l'accomplissement de soi.
  • Bulle de Papier (Ardalia)
    La bio de l'éditorialiste en dit long sur ses intentions : "Je suis... et c'est déjà pas mal."
  • Confidences de blonde
    Ephéméride sans ride : la vie au jour le jour d'une adorable blonde au grand coeur. Suivez Miss Léna dans ses oeuvres...
  • Deedee
    La vie trépidante et truculente d'une parisienne à Paris. Des conseils précieux aussi pour ne pas sortir idiot dans la capitale...
  • Florence
    Sourire de femme, poésie et fraîcheur se rencontrent...
  • Jorkyball Normand
    Un nouveau sport pour se défouler entre amis, un nouvel endroit où s'amuser à Caen. Sans parler de l'accueil toujours souriant de Julie et Franck. A ne pas manquer si vous êtes dans les parages.
  • Le Journal de Ray Dacteur
    Plein la vue, plein les oreilles... avec une bonne dose d'humour en prime. Pour votre plus grand plaisir !
  • Les mots ont des visages (Joël Guenoun)
    Jeux de mots et d'écriture
  • Les pitchounous
    Bien sûr, il n'est pas souvent mis à jour ce blog. Mais, bon, les pitchounous, ils font ce qu'ils veulent quand bon leur semble...
  • Lulu in the tube
    Déambulations d'une jeune compatriote dans les Iles Britanniques. Très belles photos, impressions délicates cueillies sur le vif. "Stylé", en somme.
  • Sandra
    Sans drap... ni couverture : les tribulations de Sandra, institutrice à Bordeaux. Rires d'enfants et questions d'adulte.
  • Sélian
    Un parfum d'Espagne dans un monde sans frontières.

Economie de l'immatériel

  • Bertrand Duperrin (Français... mais avec une version en anglais, as well)
    Pour découvrir les mutations sociétales induites par la dissémination des nouvelles technologies et notamment ce que le "Web 2.0" va changer dans notre manière d'échanger avec les autres.
  • Chris Anderson (The Long Tail - English)
    L'un des concepts les plus novateurs de l'économie de l'immatériel. Maintenant que les marchands ne sont plus contraints par la disponibilité d'espace pour vendre leurs produits, les consommateurs voient leur liberté de choix s'élargir. Et ils s'en donnent à coeur joie. Sus à la tyrannie des hits ! A nous les éditions limitées, incunables, épreuves rares. Si vous ne voulez pas rester à la traîne de cette révolution en marche, je vous invite à faire un tour ici.
  • Claude Aschenbrenner (SerialMapper - Français)
    La carte n'est pas le territoire. Certes. Mais elle dit tant de choses sur notre façon de nous représenter le monde. Un délice.
  • Collectif de créateurs d'entreprises en série (Entreprise facile - Français)
    Vous voulez échapper à la tyrannie du salariat ? Vous vous défiez des slogans de gauche (le "travaillez moins pour que plus parmi nous travaillent" de Mme Aubry) ou ceux de droite (le désormais célèbre "Tavaillez plus pour gagner plus" de M. Sarkozy repris en écho par Mme Lagarde) ? Vous avez envie de *** CREER *** votre entreprise ? Alors, c'est ici que ça se passe : le vade mecum indispensable pour les candidats à la création d'entreprise et un excellent site de référence pour ceux qui ont déjà fait le pas.
  • Garr Reynolds (English)
    Je ne sais pas vous, mais moi, je suis chaque jour affolé de voir combien les compétences dans l'art de présenter ont du mal à se répandre dans le corps social. Les technologies censées nous aider (PowerPoint et cie) n'y changent pas grand chose. Pire, on dirait que leur utilisation agit comme un amplificateur des lacunes. Ces dernières deviennent criantes. Alors si vous voulez confronter vos pratiques aux considérations d'un expert, faites un petit tour par ici.
  • Guy Kawasaki (How to Change the World - English)
    Quand on a été aux commandes du marketing aux côtés de Steve Jobs lors du lancement du Mcintosh et qu'on a participé en tant que capital-risqueur au lancement de nombre de sociétés dans la Silicon Valley, fatalement on a des choses intéressantes à raconter...
  • Jacques Froissant (Français)
    Le registre de ce qui bouge dans la high-tech en France. Un observatoire aussi des opportunités de travail qui en découlent.
  • Jean Michel Billaut (Français)
    Pas besoin d'avoir 20 ans pour être un "as" des nouvelles technologies. La preuve.
  • Jean Véronis ("Technologies du Langage" en français)
    La vision de l'universitaire, bien ancrée sur la réalité.
  • Kathy Sierra (Create Passionate Users - English)
    Une vision iconoclaste et rafraîchissante sur les nouvelles règles de bon comportement dans l'économie de l'immatériel
  • Nouvelles tendances, technologie, innovation (Yoann Derriennic)
    "Stay hungry, stay foolish" (Steve Jobs, en 2005 devant un parterre d'étudiants de Stanford)
  • Vanina Delobelle (Français)
    L'économie de l'immatériel vécue sous toutes ses coutures - avec quand même une dominante marketing.

Avis à la population

  • Creative Commons License
    Sauf notification contraire, les contenus présents sur ce site sont mis à votre disposition selon les termes d'un contrat Creative Commons.

Méditerranée

13/07/2008

Dualité et impairs en série

Labyrinthe (juillet 08)En relisant hier l'histoire du Minotaure, je fus frappé de découvrir un sens inattendu, un chemin de traverse serpentant en parallèle à l'interprétation usuelle du parcours initiatique. J'aurais tout aussi bien pu appeler ce papier "coups bas entre amis" ou "perfidies de proximité". Car, qu'on se le dise une fois pour toutes, dans cette histoire à dormir debout, nul n'est épargné, nul n'a les mains propres. Tout le monde est coupable et porte sur ses mains un sang coupable.

Tout commence avec un geste d'une sublime arrogance. Minos, roi de Crète ou Candia, veut du grandiose. Il s'en ouvre à Poséïdon, le dieu qui gouverne les mers. Ce dernier lui fait don d'un taureau blanc fabuleux, contre la parole donnée par Minos de le sacrifier après un certain délai. Mais voilà. Ce taureau est trop beau, trop merveilleux. Minos ne sera pas capable de tenir parole. Pour donner le change, il livrera en holocauste un taureau de son troupeau et gardera le bel animal blanc, vivant, près de lui. Parjure doublé de tromperie. 

Pasiphaë, femme de Minos et mère de leurs 6 enfants - 3 filles dont la belle Ariane et trois garçons - s'éprend du taureau. Elle se fait confectionner un accoutrement de vache pour séduire l'animal blanc. Victime de l'illusion, le taureau fabuleux culbutera la reine. De cette union naîtra un être mi-homme, mi-bête, un bipède à face taurine, le minotaure. Tromperie au service d'une liaison zoophile et adultérine.

La suite, vous la connaissez. Il faut d'abord cacher le fruit de ces amours contre-nature. L'architecte Dédale construira donc le labyrinthe. Il faut aussi nourrir la créature. Les Crétois exigeront des Athéniens qu'ils livrent 7 jeunes garçons et 7 jeunes filles pour apaiser le minotaure. Thésée, un jeune fougueux, fait promesse de tuer le monstre. A cette annonce, son père, Egée, est dévasté. Résigné, il lui demande pour seule faveur de faire hisser des voiles blanches en cas de succès de la démarche. Pour l'heure, ce seront des voiles noires qui seront utilisées, en symbole de cette mort effroyable pomise au groupe de jeunes sacrifiés. Thésée s'est glissé parmi eux.

Débarqué sur les rivages de Crète, il croise Ariane. Cette dernière tombe amoureuse du bel Athénien. Informée des dessins du jeune homme venu pour tuer son demi-frère, elle lui fait don d'une hache à double-face et d'une pelote de laine. Complicité de meurtre avec préméditation.

Thésée est beau. Thésée est courageux aussi. Il s'engouffre dans les ténèbres du labyrinthe et va jusqu'en son centre où se tient le minotaure. Avec l'arme qu'Ariane lui a offerte, il tue le minotaure. Avec le fil de la pelote, il retrouvera le chemin du retour à la lumière.

Thésée et le Minotaure

Vainqueur éblouissant, ivre de la lumière retrouvée, Thésée se livre à un rite parfaitement dionysiaque. Il danse. Jouissant de lui-même et de sa toute puissance, il n'a pas le moindre égard pour celle qui a accepté de devenir fratricide en armant son bras. Coupable ingratitude.

Thésée navigue maintenant vers sa patrie. Tout à son ivresse, il aura oublié de veiller au changement de voiles. Quand son navire croisera au large d'Athènes avant d'accoster au Pirée, c'est avec des voiles noires. Devant ce signe d'insuccès, le père de Thésée sombre d'abord dans le désespoir avant de se noyer dans l'onde. Piètre consolation : les flots qui recueillent le corps du père porteront son nom. La mer Egée vient de naître. Une mort en forme de baptême, voilà bien le forfait du fils. Un parricide par inadvertance. Mais pour quelle re-naissance ?

Que retenir en définitive de cette histoire aux multiples rebondissements ? Que le seul être pur de toute souillure serait le minotaure ? Fruit de l'accouplement entre une princesse solaire et un animal à la turgescence fabuleuse, son unique tare serait sa double incarnation et son appétit démesuré de chair humaine. Mi-femme, mi taureau. Né dual, il mourra d'un duel. Conséquence d'un entrelacs de duplicités en série, le minotaure meurt sous les coups de la hache à double tranchant donnée à Thésée par sa demi-soeur Ariane. Quant au héros de cette étonnante aventure, j'ai nommé Thésée, il est lui aussi victime de la dualité - voiles blanches, voiles noires - et de son inconséquence.

Alors de quelle initiation s'agit-il ? Des meurtriers s'entre-déchirent autour de l'effigie d'un monstre. De quelle révélation parlons-nous ? Thésée censément purifié par le meurtre enténébré de la bête hideuse, ne devient-il pas insupportable dès son retour à la lumière éclatante du jour ?

Décidément, je ne parviens pas à comprendre le sens de cette étrange histoire. Et puis tant pis. Car dans cette saga mythologique, c'est au Minotaure que va ma tendresse.

Minotaure (Picasso) 2

Est-ce cette même tendresse que Picasso exprime avec son "minotaure caressant du mufle la main d'une dormeuse" ?

30/06/2008

Le chien et le guépard

Fils Puni (Greuze) Pour je ne sais quelle raison, parmi les requêtes Google pointant sur mon blog, il en est une qui m'a toujours particulièrement intrigué : "le baroque dans le Guépard de Tomasi di Lampedusa". Profitant d'une nuit sans sommeil lors du vol de retour de Chicago, j'ai lu le roman dans sa traduction en français de Jean-Paul Manganaro. Il s'agit à n'en pas douter d'une allégorie somptueuse sur les liens entremêlés de la mort et de la beauté. La scène finale du film éponyme de Luchino Visconti est un grand bal donné par un autre grand aristocrate sicilien. Le Guépard, ou encore le vieux prince Fabrizio Salina joué par Burt Lancaster, y fait danser sa ravissante belle-fille, Angelica alias Claudia Cadinale. Les virevoltes de la valse ont fait tourner la tête du prince Salina. Après l'exaltation et le trouble procurés par la proximité du corps de la femme - et quelle femme ! - le prince s'éclipse dans la bibliothèque de son hôte. Il y découvre un tableau de Jean-Baptiste Greuze bizarrement appelé La Mort du Juste dans le roman. D'habitude, il est appelé le Fils Puni.  

Don Fabrizio se laisse à aller à la méditation. Là encore, les images s'embrouillent puisque la beauté de la chair féminine avoisine la laideur de la mort. "Les jeunes filles étaient jolies, provocantes, le désordre de leurs vêtements suggérait plutôt le libertinage que la douleur ; on comprenait tout de suite qu'elles étaient le véritable sujet du tableau". Quelques pages plus loin, il est troublé dans sa rêverie par l'entrée inopinée de son fils adoptif, Tancredi, joué par Alain Delon. "Mais qu'est-ce que tu regardes", lui demande-t-il. "Tu courtises la mort ?"

La mort. Elle surviendra à son heure pour Don Fabrizio.

Pourtant, le roman ne s'arrête pas là. Pendant une vingtaine de pages, l'auteur décrit les évolutions de la propriété après la disparition du patriarche. Dans la dernière page, il nous décrit l'agonie du chien de Don Fabrizio, Bendicò. Et là, soudain, Lampedusa nous livre une image étonnante :

" Quelques minutes plus tard, ce qui restait de Bendicò fut jeté dans un coin de la cour : au cours de son vol par la fenêtre sa forme se recomposa un instant : n aurait pu voir danser dans l'air un quadrupède aux longues moustaches et la patte droite antérieure semblait lancer une imprécation. Puis tout s'apaisa dans un petit tas de poussière livide. "

FIN.

La scène est baroque à souhait. Voire. Offrir dans le dernier paragraphe une anamorphose où la vie et la mort s'entrelacent dans une étreinte symbolisant le temps aboli, c'est du grand art. Mais ce n'est qu'en refermant le livre, que je pus apprécier la portée hallucinogène de cette image. Je fus saisi par une drôle d'intuition. Avec fébrilité, je me retournai vivement vers l'observation du Fils Puni de Greuze. Et ce fut la révélation. Dans la partie inférieur du tableau, il y a un chien en train de quitter la salle.

Chien (Greuze)

Et si, dans un dernier clin d'oeil, Tomasi di Lampedusa avait voulu signifier que, si les femmes sont le sujet principal du tableau de Greuze, le personnage principal du roman était le chien Bendicò

02/05/2008

Huit bouches de feu

Que_valorVoici 200 ans, jour pour jour, le peuple de Madrid se soulevait contre les troupes d'occupation françaises. Dos de Mayo. Ce fut un jour de colère, comme le souligne Arturo Pérez-Reverte dans son dernier livre éponyme. Rien d'un élan nationaliste, juste une réaction populaire spontanée pour rabattre le caquet à ces prétentieux de gabachos (terme péjoratif désignant les Français) baladant leur mépris dans leurs beaux uniformes de conquérants. L'éveil nationaliste, il viendrait en son temps, le lendemain très précisément -le 3 mai 1808- après que Murat et ses troupes eurent, en guise de représailles, fusillé nombre d'émeutiers véritables ou présumés .

Les 2 et 3 mai... Deux dates terribles immortalisées par Francisco Goya dans deux tableaux dépeignant l'horreur éternelle de la guerre.

A chaque fois que mon regard croise l'image de l'un de ces tableaux et surtout le "3 de Mayo", j'éprouve toujours un malaise profond. C'est plus fort que moi : je dois détourner mon regard et baisser les yeux. Je souffre de savoir que les corps anonymes engoncés dans les vareuses militaires, ces corps pointant leur fusil sur la poitrine dénudée de l'homme au visage basané et aux yeux exorbités, ces visages que le peintre a voulu tenir cachés, ces doigts qui appuieront bientôt sur la gachette, ces bouches que j'imagine haletantes appartiennent à des compatriotes. Ces machines à distribuer la mort, ce sont des soldats français.

C'est précisément ce qui m'est arrivé il y a tout juste deux jours en allant à l'exposition "Goya graveur" au Petit Palais. A peine avais-je quitté le hall gorgé de lumière à l'entrée et m'étais-je engagé dans l'ombilic obscur conduisant à l'exposition, que je fus littéralement assailli par l'image du 3 de Mayo. Le fait que ce fût une reproduction n'y fit rien. Pire, le choc fut d'autant plus violent que j'étais venu pour voir des estampes et que je ne m'attendais pas à voir ce tableau ici.

Je me préparai alors à ressentir à nouveau cette suffocation qui m'avait accablé un an plus tôt dans les couloirs du Prado. Ce ne fut pas le cas.

La première salle était consacrée aux Caprichos (les Caprices), un recueil de plus de 80 estampes où alternent des scènes de la rue peuplées de jolies prostituées et de michetons stupides, de célestines et de mères maquerelles, mais aussi de morts s'extrayant de leur tombe, de dames de haut lignage prêtes à toutes les bassesses, d'un bestiaire d'ânes savants et de chouettes inquiétantes, de bouffons, de vieilles chipies, d'épouvantails, de chauve-souris venues peupler nos esprits ensommeillés... Je fus étourdi par cet excès de fantaisie sans bride et même si l'angoisse pointait toujours sa face hideuse, même si le cauchemar semblait nous attendre au bout du chemin, je m'attendris devant la joliesse de certaines scènes et allai jusqu'à sourire à l'humour de Goya, aussi corrosif que l'acide nitrique sur la plaque de cuivre où il dessinait en creux ses personnages.

Bien_tirada_esta

Les choses devaient se compliquer quand je m'engageai dans la salle dédiée aux Désastres de la guerre. Tout y était : exécutions sommaires, corps atrocement mutilés, viols, amputations, émasculations, pendaisons, rapines, vengeances odieuses. Je compris alors que les corps à corps obscènes d'Otto Dix, de George Grosz, de Walter Gramatté, de Ludwig Meidner ou de Max Beckmann pendant et après la première guerre mondiale n'étaient que le bégaiement, la répétition hallucinée de ce que Goya avait déjà représenté 100 ans avant eux. L'horreur manque décidément cruellement d'imagination.

Quelques détails pourtant frappèrent mon imagination. Contrairement à ses descendants de l'école expressionniste allemande qui semblaient jubiler à exhiber la lumière sadique dans le regard du soldat écartant les cuisses de la femme qu'il s'apprête à violer, Goya peine à représenter le visage du bourreau. Autant il excelle pour rendre l'horreur sur le visage de la victime, autant il "préserve" le bourreau. Est-ce l'effet d'une pudeur subite ou de je ne sais quelle réserve soudaine ? Goya évite souvent de montrer l'ange exterminateur. Pourtant, même absent, il est bien là ; il se cache derrière un symbole de la mort qu'il va donner.

No_se_puede_mirarDans l'eau-forte No se puede mirar (on ne peut pas regarder) ci-contre, les soldats sont invisibles. D'eux, on ne voit que l'extrémité des fusils pointés vers les condamnés : les baïonnettes. Elles sont au nombre de 8. Ces détails sont ils fortuits ? J'y ai vu un rappel de la ville de Bayonne où la famille royale espagnole était tenue emprisonnée par l'Empereur. Quant au chiffre 8, il m'a suggéré le décret que Murat avait imposé aux autorités espagnoles une fois maté le soulèvement du 2 mai :

Dcret_du_6_mai_1808Je continue mon chemin. Dans la salle suivante sont exposées des estampes du recueil Tauromaquia (Tauromachie). Le spectacle -parfois non dénué de cocasse- du combat entre l'homme et l'animal me détend.

C'est une respiration de courte durée. Vient ensuite l'exposition des Disparates, les incongruïtés. Cette fois-ci, le choc émotionnel est auditif. Car, "disparate" se prononce comme "disparad" et disparad, cela veut dire littéralement : " Tirez ! "

Dans le guide que la Bibliothèque Nationale Espagnole (BNE) consacre actuellement à l'exposition Miradas sobre la Guerra de Indepencia, une lecture attentive permet de trouver cette consigne de l'Empereur à l'attention de Murat :

" Si la canalla se mueve, disparad. " (Si la canaille bouge, tirez.)

La fin de l'exposition Goya graveur renvoie au temps de l'exil bordelais. Les fureurs de la guerre se sont apaisées, mais l'oeuvre du peintre reste toujours empreinte d'une amertume incurable. Témoins, ses caricatures, dessins outrés où reviennent en puissance les esprits (duendes) qui hantaient les Caprichos. Je suis saisi par une étrangeté. Le titre du recueil est écrit avec deux "R" : car[r]icatures.

Là, c'est l'origine italienne du mot qui me revient à l'esprit : caricare, charger, caricatura, charge.

Charger, tirer...

Le 2 mai 1808 à Madrid, le peuple s'est levé. Les armées de la France impériale l'ont abattu.

Debout, chargez, tirez, couché.

Pesadilla.

Mala noche.

15/03/2008

Quand l'horizon est bouché, il reste le ciel.

Ghetto_vecchioDans son journal, l'écrivain et dramaturge Mihail Sebastian décrit l'art de survivre dans une Roumanie de l'entre-deux-guerres succombant aux sirènes de la droite et de l'antisémitisme les plus abjects. Alors que son quotidien s'assombrit au rythme des avanies et de la compromission de ses anciens amis de l'intelligentsia, Mihail Sebastian cède parfois au désespoir. Mais en parallèle, il déploie aussi une aptitude extraordinaire au bonheur. Il écrit, il reçoit, il aime. Il vit en somme. Parmi les petits événements qui lui redonnent du baume au coeur, il raconte une conversation en 1939 avec la princesse Elisabeth Bibesco. Au détour de leur échange, une répartie improbable de la grande dame. "J'aime les Juifs", dit-elle. "Je les aime passionnément. Ce n'est pas parce qu'ils sont malheureux. Non. Je les aime parce qu'ils éloignent l'horizon."

Immanence.

Il y a une dizaine de jours, alors que je me baladais dans les rues de Venise, je me rappelai que c'est là, dans cette cité aux mille reflets que fut inventé le ghetto. Dès le début - nous sommes en 1516, quelques années après le décret d'expulsion des Juifs d'Espagne - tous les composants de l'horreur à venir sont réunis : la stigmatisation par le port d'un signe distinctif, les restrictions économiques sous la forme d'autorisation / interdiction à exercer tel ou tel métier, les mesures vexatoires. C'est jusqu'à l'étymologie du mot - ghetto signifie fonderie en vénitien - qui n'est pas sans évoquer les métaux durs. Et puis il y a aussi bien sûr la ségrégation spatiale : à la nuit tombée, les Juifs du ghetto doivent rentrer dans un espace clos, réduit, fermé sur lui-même. Avec la réclusion forcée, c'est l'horizon qui se rapproche.

Je me suis rendu au ghetto vénitien entre chien et loup. L'endroit est à l'écart des grands chemins suivis par les touristes, dans un quartier populaire appelé Cannaregio. Il est banal et rien ne le distingue du reste de la ville. Ca et là, pourtant, une enseigne assortie d'une étoile de David ou des caractères hébraïques sur une vitrine rappellent qu'on est bien au ghetto.

Ghetto_panneauAprès avoir déambulé dans un dédale de venelles obscures, j'arrive enfin au coeur du " ghet[t]o vec[c]hio " ,le vieux ghetto. C'est une jolie placette aux contours irréguliers. Des immeubles de quatre étages enserrent le regard dans l'espace clos. Pourtant, au centre de ce décor sans ligne de fuite, il y a un grand arbre nu - un marronnier ? Les ramilles de sa couronne pointent vers le ciel.

Transcendance.   

10/03/2008

Barbarie et civilisation

P1010048Ironie de la topographie : c'est à Venise que se tient l'exposition "Rome et les Barbares". Or Venise est un pur produit - secondaire, certes, mais pur produit quand même - des Barbares. Car c'est pour fuir les hordes de Huns, Lombards ou Goths venus du nord et de l'est, que des Vénètes quittèrent la terre ferme au Vème siècle de notre ère, décidèrent de s'installer au milieu d'une lagune insalubre et plantèrent les premiers pieux sur lesquels allait naître une petite cité sur pilotis. Acte d'ensemencement : un pur joyau de la civilisation occidentale naissait de la peur des guerriers venus d'orient.

Car tel est bien le thème de l'exposition "Rome et les Barbares" : montrer combien civilisation et barbarie ne sont pas des contraires qui s'opposent, mais bien des manières d'être qui s'influencent en permanence, s'interpénètrent, se fécondent en même temps qu'elles cherchent à se détruire. En parcourant les salles du superbe Palazzo Grassi, c'est jusqu'aux concepts de vainqueurs et de vaincus qui deviennent fuyants. Rome embrassera la culture de la Grèce après avoir vaincu ses armées en -146 avant notre ère ; les Barbares se convertiront au christianisme devenue la religion dominante de l'Empire après sa chute en 476 après notre ère. De son côté, Rome adoptera nombre de procédés artistiques des Barbares bien avant que ces derniers ne la mettent à sac.

Rome_et_les_barbaresLa barbarie, comme la civilisation, sont donc des notions plastiques, ductiles à souhait (cf l'excellent article paru dans The Economist le 14 février courant). Vouloir les opposer de façon absolue et catégorique comme on a pu l'entendre récemment dans la bouche de tel homme d'état prônant une "politique de civilisation" et fustigeant les "barbares de 17 ans" qui peuplent nos banlieues est un non-sens. A vouloir démembrer le corps social à grands coups de serpe, n'y a-t-il pas au contraire le risque de créer encore plus de confusion dans les esprits, de ranimer des ressentiments fondés sur des appartenances chimériques à des communautés aux contours incertains ?

Claude Lévi-Strauss nous avait pourtant prévenu, quand il écrivait dans Race et histoire :

" Le barbare, c'est d'abord l'homme qui croit à la barbarie. "

      

08/03/2008

L'explicite et le réel

Tempio_di_isideS'il est un sujet classique d'incompréhension avec nos amis italiens, c'est bien celui qui frappe l'idée de simulation. C'est bien connu : que ce soit sur un terrain de football ou dans la rue, l'Italien serait un maître de l'artifice. Trompeur en diable, il nous emberlificoterait avec force gestes, effets de manche, modulations de voix tantôt larmoyantes, tantôt vindicatives.

Cette incompréhension tient à mon sens à un rapport fondamentalement différent au principe de réalité. En France, la réalité semble exister indépendamment de soi. C'est une pâte qui nous est étrangère ; nous la pétrissons de nos désirs et de notre volonté. En Italie, en revanche, la réalité n'a pas d'existence en soi ; elle se crée à chaque instant en fonction de la capacité de chacun d'entre nous à interpréter correctement sa partition.

Il y a quelques jours, je me trouvais à Rome avec femme et enfants. Alors que, accompagné par un couple d'amis romains, nous entrions dans un restaurant calabrais spécialisé dans les cuisines de la mer - il tempio di Iside - la serveuse nous aide à nous installer, puis dépose sur la table une pile de menus. Après avoir parcouru la liste des plats proposés, Gianni, notre ami romain, s'avise que nos voisins sont en train de déguster des mets ne figurant pas au menu. Il s'en émeut auprès de la serveuse.

- C'est curieux... Quand vous êtes entrés, j'ai cru vous entendre parler français. C'est pour ça que je vous ai apporté les menus.

- Mais non ! Nous sommes d'ici et il se trouve que nous sommes accompagnés d'amis qui sont français, eux.

-  OK... Autant pour moi... Je vais vous dire alors ce qu'il y a aujourd'hui.

A partir de ce moment-là, la serveuse se lança dans l'énonciation d'une longue litanie de plats aux sonorités mystérieuses. Je ne compris pas grand chose, mais je suis formel sur un point : c'est que pas un plat mentionné par la serveuse ne figurait au menu.

Dans le menu, tout est écrit. Est-ce le réel pour autant ? Non. Il s'agit juste d'une représentation conventionnelle de la réalité. Nous sommes dans le registre de la simulation. Car pour accéder au réel, il faut d'abord s'assurer que nous avons le bon casting. Alors, il sera possible d'oublier l'explicite. Le jeu pourra se déployer avec, comme ici, cachée dans les méandres des sonorités inattendues, un univers de second ordre, fait lui de saveurs exquises.

Et là vient le paradoxe. Je n'ai pas la moindre idée de ce que j'ai mangé, mais une chose est certaine. C'est que je me suis régalé et ce n'est rien de l'écrire !

 

23/02/2008

Les fraises de Nemi

Fraise_soloA l'époque où je me rendais régulièrement en Espagne pour raisons professionnelles, je plongeais mes interlocuteurs dans la plus totale perplexité lorsque je déclinais mon identité. Après avoir énoncé mon nom, je devais souvent faire face à un " ¿O qué? ", lourd de cette brutalité dont seuls les Espagnols sont capables quand ils parlent. Même en travestissant la prononciation de mon patronyme pour le rendre familier aux oreilles autochtones (vé-lio-tte), les résultats restaient incertains. Et puis un jour, alors que je m'étais éreinté pendant plusieurs minutes au téléphone avec une standardiste plus bouchée qu'à  l'ordinaire, je fus soudain surpris d'entendre un éclatant : "Ah... Bellot... como la bellota..." Au moment où j'entendis cette phrase, je n'avais pas la moindre idée de ce que pouvait bien être une "bellota". Pourtant, je savais que je venais de découvrir la parade ultime pour rendre mon nom enfin audible aux oreilles de Castille et de Navarre ! 

Je me renseignai sur le sens de la bellota. C'est tout simplement le fruit du chêne, le gland. En francais, se voir traité de "gland" est tout sauf glorieux. L'univers sémantique est trop influencé par la connotation sexuelle du mot. Le gland, en français, c'est un peu comme un con avec la paresse en plus. Autant vous le dire tout de go : me voir assimilé à un gland ne me réjouissait pas outre mesure. Pourtant, au fil de l'eau, je ne tardai pas à découvrir que le gland avait en Espagne une image des plus respectables. Ici, pas de connotation dépréciative. Le terme provient en ligne directe de l'arabe et en Espagne, le gland, c'est avant tout ce qui donne cette saveur si fondante au Jabugo, c'est-à-dire à ce qui se fait de mieux en matière de jambon dans un pays qui a fait de ce mets un véritable objet de vénération. Les Français, dans leur vision souvent avare, pusillanime et un rien méprisante de la vie, répugnent à donner de la confiture aux cochons ; les Espagnols eux ont trouvé beaucoup mieux, ils leur donnent des bellotas, des glands. Cela part d'une philosophie utilitariste de l'existence, que mon ami Guillaume sait rendre si parfaitement avec le proverbe picard : "Fais du bien à ton cochon, tu le retrouveras dans le saucisson."

La saveur du jabugo m'a été rappelée avec une puissante montée de salive en bouche en lisant le commentaire d'Anaik et surtout le merveilleux voyage culinaire du regretté André Pitte qu'elle m'a donné à découvrir, intitulé "Le voyage des papilles". Qu'elle en soit chaleureusement remerciée ici.

Soudain, je me suis revu, installé au zinc d'une cerveceria de la place Santa Ana à Madrid, alors que je me laissais aller à la douceur de la nuit qui tombait en picorant des tranches de Jabugo et un verre de Rioja bien en main. En parcourant la longue énumération des plaisirs gustatifs que pourrait éprouver un voyageur peu pressé parcourant les pourtours de la Méditerranée, je fis une expérience proprement hypnotique. Très vite, je me vis assailli par une avalanche de petits souvenirs, tous plus délicieux les uns que les autres. En vrac, je citerai le granité au citron un soir de grande chaleur en me baladant dans les rues désormais très in fashion de Trastevere, la langouste saisie sur la grille d'un barbecue sur le port de Sesimbra avant d'être violemment fendue par le mitan par un homme portant bigode (moustache) à la Brassens et arrosée d'un simple filet de beurre fondu, un tartufo affogato al caffè dans un quartier gris entre les barres HLM de Sesto San Giovanni, le sourire malicieux du marin grec apportant dans un restaurant de Microlimano une partie de sa pêche miraculeuse et me conseillant dans le choix d'une daurade, la poutargue d'Alghero en Sardaigne, le sentiment d'extase absolue en dégustant des fideos negros chez José (Cal Pep en catalan) près de Santa Maria del Mar à Barcelone, la chaleur d'un verre de cabernet-sauvignon de la Quinta da Bacalhoa quand il fait gris et froid sur Paris, un aïoli dans une guinguette de rien du tout avec des amis à Saint-Tropez après avoir traversé le golfe en bateau un jour de grand vent, une bagna cauda alla cuccina delle Langhe sur le corso Como à Milan, un verre de fino après m'être perdu dans les rues de la judaria de Séville ou encore la saveur inimitable des fraises à Nemi, dans l'arrière-pays romain, dégustées sans hâte dans la confusion d'images entremêlées où l'eau du cratère serait projetée dans les airs et le feu contenu dans des entrailles de la terre viendrait à se répandre avec douceur comme une dernière goutte de désir s'épanchant sur le corps de la femme aimée.

La Méditerranée serait-elle alors ce décor où, à l'abri de toute truculence, le bonheur se goûterait d'abord avec la bouche et où la vie ne serait plus que la recherche nonchalante d'une succession de plaisirs de langue ?

--

NB : Pour celles et ceux d'entre vous qui voudraient effectuer un voyage réjouissant pour les papilles, je ne saurai trop vous conseiller de vous plonger dans la lecture de L'Eau à la bouche de José Manuel Fajardo. Un véritable chef d'oeuvre ! A pedir de boca.

Pour reprendre le commentaire élogieux trouvé en me baladant sur la toile, un roman qui ouvre l'appétit de la lecture et se savoure du début à la fin (una novela que abre el apetito por la lectura y se saborea de principio a fin). Quant à la recette, je vous la laisse découvrir dans sa langue originelle :

INGREDIENTES:
París. Limas muy verdes. Una bailarina de cabaret rumana. Aguacates maduros. Un hombre marcado por el sabor de las ostras. Tequila bien frío. Pan con aceite. Recuerdos de una España que ya no existe y de un México lejano. Algunas lecturas inteligentes del Quijote o de Juan Rulfo. Emigrantes venidos de medio mundo. Sueños viejos y nuevos. Sensualidad.

ELABORACIÓN:
Mezclar los ingredientes con tiento y buen pulso, disfrutando del momento. Dejarse llevar. Chuparse los dedos (es placentero y erótico). Explorar nuevas sensaciones. Escuchar un bolero, aunque el libro tiene su propia canción.

RECOMENDADO:
Para quienes, a pesar de todo, aman la vida y no renuncian a buscar la felicidad.

22/12/2007

Madone, nomade...

100_0719_3Mercredi dernier, j'étais à Marseille.

J'aime Marseille. C'est même la ville de France que je préfère. Peut-être parce qu'elle me semble si peu française. Marseille m'a toujours fait rêver à des terres lointaines au-delà des mers. Et puis Marseille, c'est aussi ce splendide creuset des peuples de la Méditerranée, ce confluent où les filles ont des yeux de chat et des chevelures noir jais.

Mais si j'étais à Marseille mercredi dernier, c'était pour y fêter l'anniversaire de mon père. J'avais envie qu'il me parle de la Méditerranée justement, de l'Algérie où il est né, de son enfance là-bas.

Le temps était enchanteur, comme à chaque fois que le mistral a soufflé. La mer scintillait de mille reflets d'argent et le ciel avait l'éclat d'un baiser sans apprêt. Alors, comme le temps s'y prêtait, nous nous sommes rendus au bout de la corniche, à Callelongue, là où la route s'arrête au pied des calanques.

Callelongue_marseilleTapenade, salade de soupions... Le décor était planté comme dans un polar de Jean-Claude Izzo. Il n'y manquait que la poutargue et un verre de Lagavulin. Mais voilà, si j'adore les oeufs de mulet (découverts lors d'un séjour en Sardaigne), je dois confesser que je ne raffole pas de whisky. Alors, ce sera juste un verre de muscat de Beaumes de Venise.

Quand nous sommes sortis du restaurant, le soleil déclinait déjà sur la baie. Nous avons repris la corniche, direction centre ville, pour jouir encore de ce spectacle merveilleux.

Une petite balade sur la Canebière à chiner dans les librairies et nous voilà attablés à la brasserie des Danaïdes. Ce soir-là, à l'instigation de la Pensée de midi, il s'y donne une conférence sur le thème des "Mythologies méditerranéennes". Thierry Fabre a réuni autour de lui un réprésentant de chacun des 3 grands monothéismes dont la Méditerranée est le berceau : le dessinateur Jacques Ferrandez, l'humoriste, romancier et comédien Fellag et l'écrivain Maurice Attia.

Pour lancer le débat, Thierry Fabre s'adresse tour à tour aux trois invités et leur demande de partager leur vision sur ce que signifie être méditerranéen. La réponse de Maurice Attia me marque. Il y a trois points qui caractérisent l'appartenance à cet espace, affirme-t-il.

Le premier, c'est le rapport à la mère. Pour illustrer le propos, Attia raconte une histoire. Ce sont trois mères juives qui se retrouvent pour parler des mérites respectifs de leur fils. La première : "Mon fils m'aime tellement, que, chaque semaine, il m'invite dans l'un des plus grands restaurants de la ville". La deuxième de renchérir : "Le mien, c'est tous les jours qu'il m'envoie un bouquet de fleurs". Alors, la troisième prend la parole. Elle dit : "Tout ça, ce n'est rien. Jugez plutôt. Le mien, 2 fois par semaine, il paye quelqu'un pour parler de moi". Madone ou matrone, la mère méditerranéenne est abusive, excessive, possessive. Excessive, abusive, obsessive, elle est le point fixe de tout attachement, qu'il soit de raison ou de passion. Omniprésente, la mère est ici, pour reprendre le bon mot de Gad Elmaleh, "l'auteur de l'auteur", la matrice fondamentale et l'éternelle nourrice.

Le deuxième point de repère de l'espace méditerranéen, selon Maurice Attia, c'est la terrasse. Il confiera qu'à chaque fois qu'il aura eu besoin de calme, de goûter au sentiment d'absolu ou de plénitude, il sera allé le rechercher sur une hauteur, sur un promontoire, un mira d'oro. Qu'il s'agisse des hauteurs qui dominent la Casbah à Alger, de Notre-Dame de la Garde à Marseille, du cimetière marin de Sète, la terrasse constitue ce lieu magique de l'espace, où cicatriser les blessures du présent et laisser s'épanouir les desseins les plus audacieux. L'évidence du bonheur y apparaît dans l'éclat des lumières et la profusion des parfums. C'est l'ivresse de Camus dans les Noces, quand il se donne tout entier à la jouissance de l'être-là.   

Quant au troisième invariant de la Méditerranée, Maurice Attia l'associera à l'idée d'exil et de retour. Chaque année, alors qu'il vit désormais à Orléans, il dit avoir besoin de découvrir un lieu inconnu sur les rives de la Grande Bleue. C'est l'esprit du nomade qui, mêlé à une forme de nostalgie, conduit alors ses pas.

La madone pour dire l'attachement, le nomade pour dire la séparation et la terrasse, au-dessus, pour goûter au plaisir de vivre. J'aime ce triptyque.

Pourtant, il y avait quelque chose qui me chiffonnait dans cette représentation. Trop simple, trop idyllique. Il me manquait un élément, mais je ne savais comment le définir. La réponse m'est venue très récemment et de façon tout à fait inattendue en découvrant le film admirable d'Abdellatif Kechiche : la graine et le mulet. Les points clés évoqués par Maurice Attia sont là : les femmes y jouent un rôle clé. Il y a la mère, façon matrone ; il y a l'amante et sa fille - Hafsia Herzi - dont l'entregent permettra de faire des miracles. On devine, derrière les volets de la chambre de Monsieur Beiji - Habib Boufares - la colline qui domine Sète, la tombe de Paul Valéry, cette terrasse en pente douce qui vient mourir dans les flots. Le projet est fou : créer un restaurant flottant de couscous (la graine) au poisson (le mulet), en récupérant et réaménageant une vieille carcasse de bateau. Pourtant, on y croit pratiquement jusqu'à la fin. Tout le monde y met du sien, chacun selon ses talents et ses prédispositions. Car, dans la communauté, on sait bien qu'il faut que ça marche. C'est ça ou le retour au bled ; le chemin de l'exil à l'envers. Celui qui mène vers la dernière demeure. Alors, on se met à espérer, on veut y croire.

Mais rien n'y fera. Tout tournera vinaigre. Car, c'était sans compter sur l'intervention du mauvais oeil. Le voilà, l'élément qui me faisait défaut, l'empêcheur de tourner rond, le démolisseur d'illusions, l'aplatisseur de nos plus belles élévations. C'est le daïmôn ou daemon des Grecs.

Madone, nomade, daemon : trois anagrammes pour dire le destin méditerranéen. L'évidence du bonheur y côtoie la permanence du malheur. La trame est là, sans cesse enrichie de fils nouveaux. Nous croyons pouvoir la dévider du haut d'une terrasse plongeant sur l'azur. Illusion, pure illusion.

La veille de cette belle journée à Marseille où le juif, le musulman et le chrétien racontent à l'unisson le bonheur d'être baignés par la lumière de la Méditerranée, un attentat avait fait des dizaines de morts, de l'autre côté de la mer, à Alger.

 

29/09/2007

Le corps des chimères

Les_chimres_de_gaudiA chaque fois que je me rends à Rome, je me réserve un moment pour faire un tour au carrefour des 4 fontaines. Je me souviens encore de la première fois où j'y suis passé. C'était la nuit, il y a précisément 13 ans. J'étais assis à l'arrière d'une voiture. Nous étions passés vite. J'avais à peine eu le temps de me dire qu'il y avait quelque chose d'étrange, d'inhabituel à ce croisement. Je m'étais retourné. L'éclairage blafard de la nuit romaine ne me permettait pas de distinguer les contours des habitations alentour. Et puis nous nous engagions très rapidement vers le sud, en direction du Quirinal. Je pensais bien que ce sentiment d'étrangeté n'entretenait qu'un rapport lointain avec la présence des fontaines taillées dans le roc à chacun des 4 coins du croisement. Bien plus tard, quand je revins sur ce lieu, mais à pied et en plein jour cette fois, je compris ce qui avait été à l'origine de mon trouble passé. C'était la présence de cette vague de pierre que constitue la façade de San Carlino édifiée par Borromini. Tout le génie du baroque était là, étalé devant moi dans les volutes de cette façade. A travers une débauche d'ellipses, d'ovales, de formes concaves et convexes crochetées en alternance, le minéral s'éveillait à la vie ; la pierre ondoyait littéralement.

Depuis cette date, je ne manque jamais, à chacun de mes sauts de puce romains, de venir admirer la façade de San Carlino. Je laisse mon regard s'égarer dans le trémoussement de la pierre, je goûte au vertige de la plongée en apnée. Je résiste un peu, certes. Je tente quelques remontées vers la raison triomphante. Mais la tentation est trop forte de sombrer. Je me laisse alors submerger par l'épaisseur liquide du mouvement.

Lors de mon dernier passage à Rome, à la mi-septembre, j'eus aussi la chance de rentrer dans le sanctuaire de l'église Sant'Ivo alla Sapienza, du même Borromini. Saisissant de beauté ; là encore ce ne fut que pur ravissement des sens. Cette fois-ci, je fus ébloui par l'audace des projections géométriques, par l'harmonie étonnante des dialogues entre les cercles et les triangles, par la farandole des illusions, l'improbable équilibre né d'une structure que tout semble prédestiner à l'élévation.

En sortant de cette visite, encore tout à la griserie de ce que j'avais vu, je marchai en cercles concentriques autour de Sant'Ivo. Comme hypnotisé, mon regard cherchait sans cesse la lanterne en forme de flèche spiralée, avec ses flammes pétrifiées, ses piques en fer forgé. Une Pentecôte inversée, où le génie muet de l'homme s'élèverait en réponse au don des langues. Deux mouvements ignés en sens contraire pour renouer l'alliance avec le divin. Proprement hallucinant.

Lorsque progressivement je revins à un état de conscience normal, je me rendis compte que mon esprit avait établi une connexion inattendue avec un autre bâtiment, laïque celui-là, conçu et réalisé par un autre architecte de génie : la Casa Milà aussi dénommée "La Pedrera" d'Antoni Gaudi à Barcelone.

Borromini_gaudi_au_fatQu'en dites-vous ? La ressemblance est frappante, non ?

Je me suis alors souvenu de San Carlino. Et là encore, je n'ai pu m'empêcher de tracer une flèche d'une portée de plus de 300 ans et d'un millier de kilomètres à travers la Méditerranée pour relier la façade de l'église baroque à celle de la Pedrera.

Borromini_gaudi_faadesA déconseiller formellement à ceux qui seraient sujets au mal de pierre !

 

05/08/2007

Existe-t-il un érotisme caché de la trigonométrie ?

Paysage_despagneRassurez-vous. Je ne vous infligerai pas de nouveau le coup du triangle pubien rencontré au détour des plans de grandes villes européennes.

Aujourd'hui, je voudrais partager avec vous une histoire sur les hasards de la transmission.

Tout commence en Inde, il y a fort fort longtemps. Vous le savez. Les Indiens ont inventé des tas de choses, notamment dans le domaine des sciences et des mathématiques. C'est chez eux qu'est né le zéro, ce rien grâce à quoi le calcul moderne a pu être inventé, ce léger souffle - zéro, zéphyr et chiffre partagent une étymologie commune, s'fr - sans lequel l'arithmétique serait un songe creux.

Mais les Indiens ont aussi inventé nombre de concepts clés de la trigonométrie. Prenez le sinus par exemple. Selon l'histoire officielle - celle écrite par les vainqueurs - Il aurait été introduit en Inde au XIXème siècle par des mathématiciens de sa Gracieuse Majesté en remplacement de concepts locaux rudimentaires, jugés par les maîtres d'alors sans intérêt pour la science. Pourtant, je vous propose de remonter le cours du temps et de m'accompagner sur des chemins de traverse (sinueux ?) qui nous mènent à l'Inde au Vème siècle de notre ère.

Je vous conduis d'abord dans la maison d'un mathématicien répondant au nom d'Aryabhata. Je vous prends par la main pour vous amener à son bureau. Il est plongé dans des calculs savants. Regardez-le dessiner à sa table de travail. Il projette des angles sur des bords. Il est en train d'inventer (d'approfondir ?) le concept trigonométrique du sinus. Il lui donne un nom sanskrit - jya-ardha - ce qui signifie littéralement "moitié d'arc". Plus tard, il simplifiera le terme qui devienra jya, arc.

Changement de décor. Vous êtes maintenant dans la Bagdad des abbassides au VIIIème siècle de notre ère, sous le califat d'Al-Mansour (le vainqueur). Les Arabes s'émerveillent des découvertes mathématiques des Indiens. Ils se familiarisent notamment avec le jya. A partir de ce terme, ils effectuent une translittération pure et simple : cela donne le mot jiba qui ne veut rien dire de particulier et s'écrit jb du fait de l'élision des voyelles.

Le voyage continue. Vous êtes en Occident désormais au tournant du premier millénaire. Par l'entremise des marchands ou des hommes de science, à travers les universités des califats d'Andalousie ou sur les galères vénitiennes, vous voyez affluer des trésors que vous soupçonnez pétris d'intelligence. Vous entreprenez un déchiffrage patient de ce qui se glisse entre vos mains. Vous tombez sur le fameux jb. A quoi correspond-il ? Comment vocaliser ce terme ? Votre connaissance de l'arabe vous fait pencher pour jaib, la courbe, la pliure. Cest aussi un mot que vous avez souvent entendu dans la bouche des marins sur les ports de la Méditerranée, à Mers-allah ou aileurs, puisqu'il désigne la baie, la crique.

1145. Deux siècles se sont écoulé. Vous êtes toujours en Europe, aux marges de la chrétienté et de l'islam cette fois. A Tolède. La ville vient d'être reconquise aux Maures par Alphonse VI (le vaillant), il y a à peine 60 ans en 1085. La ville bruit de ses multiples influences : chrétienne, musulmane, juive. Les maîtres d'aujourd'hui sont sous le charme des trésors d'intelligence laissés ici par les occupants d'hier. Vous vous êtes liée d'amitié avec Gherardo da Cremona, venu lui d'Italie en qualité de traducteur. Ce dernier vous raconte les difficultés intrinsèques de son métier. Connaître l'arabe et le latin est une chose dit-il, encore faut-il aussi maîtriser les disciplines dont traitent les ouvrages savants laissés par les Maures.

La soirée est douce. Dans les ruelles qui descendent vers le Tage, un délicat parfum de fleur d'oranger vous submerge par intermittence. Vous êtes toute à votre aise en compagnie de cet homme dont vous appréciez le charme exquis. Gherardo vous raconte comment il est tombé sur ce terme étrange de trigonométrie noté jb et communément désigné par jaib. Il vous parle de l'arc trigonométrique ; il vous invite à en apprécier la délicatesse. De la main, il trace dans l'air une courbure (une arabesque ?) parfaite. Il met une application étrange dans le geste, comme s'il souhaitait qu'il ne s'arrêtât point. Un regard de lui, la surprise de découvrir une étincelle dans ses yeux et vous savez que le propos a quitté la sphère de la science. Il a glissé dans le registre de la séduction.

Vous montrez de la bienveillance. Gherardo se montre plus entreprenant. Sa main restée en suspension dans les airs s'est posée sur votre épaule. Elle descend désormais sur votre poitrine, caresse votre sein, tangente la pointe de votre téton, puis se rétracte pour enserrer puissamment votre sein durci de désir.

Gherardo rapproche son visage du vôtre. Vous attendez un baiser. Pourtant, avant d'accéder à vos lèvres offertes, il fait un détour vers votre oreille et vous glisse ces quelques mots :

- Le voilà le jaib. C'est la courbure parfaite de votre sein. Je le traduirai par seno en italien ou sinus en latin, et chaque fois que j'écrirai ce mot, je penserai à vous et à cet instant de grâce.

--

PS - Ce billet est largement (mais très librement) inspiré de la lecture de certain passage de An Introduction to the History of Mathematics de Howard Eves.

 

Abonnez-vous

  • Pour être informé(e) dès que le contenu de ce blog est mis à jour...

Recevez une notification automatique

juillet 2008

dim. lun. mar. mer. jeu. ven. sam.
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    

Clin d'oeil

Emotions

  • Aiguilles, bas, et vous voilà sans dessus-dessous
    Sous la plume de Dominique, érotisme et poésie riment si bien ensemble.
  • Blog de littérature, art, photographie et poésie érotique
    Le boudoir de mademoiselle K. Erotique : tout simplement & très joliment.
  • Currenti Calamo (Italiano)
    Plongez dans une vision solaire du monde. Albert Camus aurait aimé, je crois.
  • Elseneur
    Are we "such stuff as dreams are made on" ? Is "our little life just rounded with a sleep" ? Pour les naufragés des tempêtes de la vie, les amoureux de Shakespeare en particulier et de la poésie en général.
  • Eric Lafforgue | Photographie
    Tour du monde de la diversité humaine : visages des quatre coins de la planète. Saisissant de beauté !
  • Gilles Jobin et ses Jobineries
    C'est ici que vous pourrez découvrir, parmi nombre de joyeusetés de tout poil, combien il peut y avoir de beauté dans le dialogue entre un professeur de mathématiques et un jeune enfant (rubrique "mathématiqueries").
  • Illustrations troublantes
    Marjolaine Larrivé est illustratrice. Avec un style bien à elle et un redoutable coup de crayon, elle donne un éclairage inattendu aux contes de notre enfance. Frais, érotique et jubilatoire.
  • Invitation au voyage
    Le regard de Bertrand porté sur le monde à partir de la vallée du paradis au Chili, Valparaiso.
  • La chambre noire de Gaëna
    Un appareil photo, une robe rouge et un onirisme d'une beauté troublante
  • Le Miroir de la Chouette
    Espiègleries outre-Atlantiques de Marie-Danièle. Surréalite et poétique à souhait.
  • Les mots croisés
    L'univers de Gaëna, toujours aussi onirique et délicieux, mais cette fois en mots et en chansons.
  • Momina - Rêveries d'art
    Digressions très personnelles autour d'un tableau. Beau, tout simplement.
  • Moon River (English)
    Pour vous laisser surprendre : un pied sur la terre ferme, mais la tête dans les nuages
  • Plaisirs de bouche
    A la table d'Anaik, aussi appelée "le confit c'est pas gras"... Quand la gastronomie s'allie à une écriture fine, c'est le plaisir qui est décuplé. A déguster sans modération, l'oeil pétillant et la papille en émoi.
  • Terres de femmes
    Le monde d'Angèle Paoli : vu à partir de l'île de Beauté, le monde n'en est que plus merveilleux.

Diapo-Roma

Sur ma table de chevet

  • Mario Vargas Llosa: Tours et détours de la vilaine fille (ISBN 2-07-078083-X)
    Elle est l'archétype de la garce ; il est l'emblème du ballot. Pourtant, à eux deux, ils tissent une admirable histoire d'amour, sans la moindre mièvrerie ("huachaferia" en limésien, traduit en "cucuterie" dans le livre). (****)
  • W. Wilkie Collins: Quand la nuit tombe (ISBN 2-7529-0220-4)
    Anecdotes et expériences curieuses de la vie d'un artiste itinérant. 6 superbes nouvelles un rien empreintes de mystère écrites dans un style très pur par un contemporain de Charles Dickens. (***)
  • Javier Cercas: A la vitesse de la lumière (ISBN 2-7427-6276-0)
    Deux destins se croisent : un ancien du Vietnâm et un jeune maître-assistant espagnol partagent le même bureau au département de langues d'une université du mid-west. Le premier paraît terne. Pourtant, il a connu l'ivresse de la guerre façon Apocalyse Now. Le deuxième découvre la réussite à la sortie de son quatrième roman, avant de déchoir brutalement. A la croisée de leurs chemins, une rencontre improbable et un petit chef d'oeuvre. (****)
  • Andrea Camilleri: Le Roi Zosimo (ISBN 2-253-10911-8)

    Andrea Camilleri: Le Roi Zosimo (ISBN 2-253-10911-8)
    Avant de lire cet ouvrage truculent, baroque et un rien déjanté, je croyais que seule Barcelone en 1936 avait vécu un intermède d'an-archie. Agrigente aussi. C'était en 1718. (*****)

  • Nicole Krauss: L'histoire de l'amour (ISBN 2-07-077308-6)
    A New York, une jeune fille et un vieillard donnent un visage à une histoire d'amour, sur fond de diaspora. Entre eux : un prénom magique, Alma, et un livre prophétiquement appelé 'histoire de l'amour'. Superbe ! (*****)
  • Ryszard Kapuscinski: Mes Voyages avec Hérodote (ISBN 2-259-20252-7)
    Le grand reporter polonais nous fait découvrir la diversité du monde au travers de ses pérégrinations dans l'espace : Chine, Inde, Ethiopie, Algérie... Chemin faisant, il nous livre son expérience à la lueur du grand conflit Europe / Asie tel que relaté par Hérodote dans son "Enquête" monumentale. Voyage dans le temps et dans l'espace à la fois, avec moult mises en parallèle, anecdotes et digressions sur la diversité et la richesse du monde. Enthousiasmant ! (*****)
  • Michel Butor: La Modification (ISBN 2-7073-0312-7)
    L'ouvrage de référence du Nouveau Roman. Paris - Rome en train. Départ de Paris avec la ferme assurance de quitter femme & enfants pour refaire votre vie avec Cécile, votre maîtresse romaine ; arrivée à Roma Termini avec la certitude désespérée que rien ne changera. La modification : ce sont les tours & détours, les cheminements tortueux de votre esprit durant ce périple ferré, l'abandon final de votre projet d'origine. (***)
  • Erik Orsenna: Voyage aux pays du coton - Petit précis de mondialisation (ISBN 2-213-62527-1)
    Parcours aux 4 coins du monde (Mauritanie, Etats-Unis, Egypte, Ouzbekistan, Chine, France) autour d'une matière première -- le coton -- pour comprendre les mécaniques en oeuvre dans un processus "mondialisé" de longue date. Entre les tenants de la modification génétique (les brésiliens), les gardiens de la tradition (les égyptiens), les productivistes (ouzbeks), les protectionistes tournés vers le client(américains), les laissés-pour-compte (mauritaniens), les capitalistes anti-démocratiques (chinois), ce ne sont que fleurets mouchetés, trahisons & perfidies subtiles dans un climat d'interdépendance souriante. Une pérégrination admirablement racontée par Erik Orsenna. (*****)
  • Anne Nivat: Islamistes - Comment ils nous voient (ISBN 2-213-62862-9)
    Précieux : l'auteur se contente de relater ce qu'elle entend au fil de ses pérégrinations en Afghanistan, au Pakistan et en Iraq, de la bouche d'islamistes, c'est-à-dire de personnes obéissant aux préceptes du Coran. En s'éloignant délibérément du jugement et en accomplissant de la plus belle des manières son métier de grand reporter, Anne Nivat rend justice à la vérité. (****)

Filiations électives

Audience

  • Wikio - Top des blogs
Blog powered by TypePad
Membre depuis 10/2005